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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 14:19

Nous étions 3 ou 400 à investir dix mois dans l'année ces lieux désuets, faisant autant de dégâts dans cet établissement en décrépitude qu'une colonie de termites, dans le tronc d'un arbre mort.

Dans la cours, les buts n'avaient pas de filet, les pissenlits poussaient dans les brèches creusées dans le macadam par le temps, la pluie et le gel. Quelques carreaux manquaient aux fenêtres. La peinture sur leurs cadres en bois s'écaillait. Les portes et les murs des toilettes étaient recouverts de poèmes amoureux, de messages de rage, de désespoir et de haine, de dessins humoristiques, de caricatures de surveillants, démontrant que se cachaient parmi nous, de véritables âmes d'artistes en herbe. Le deuxième étage qui abritait autrefois un internat, nous était interdit d'accès. Pour y accéder, il y avait un grand escalier. Les marches craquaient des qu'elles étaient foulées par quelques paires de baskets Nike, Adidas ou Reebok Pump et du plâtre tombait du plafond sur nos chères têtes blondes. Le mobilier était usé. Sous nos bureaux, les vieux chewing-gum desséchés pullulaient comme une poussée d'acné sur le visage d'un pré-puberts. Quelques lattes manquaient sur le parquet, probablement envolées dans les sacs à dos de quelques petits plaisantins.

Certains enseignants représentés eux-mêmes les vestiges d'un époque révolue. Ceux qui étaient proche de la retraite avez vu passer des générations de potaches et ils cofondaient parfois, pendant l'appel ou lors des réunions parents-profs, les prénoms de leur élèves du trimestre en cours avec ceux des parents qu'ils ont eu une trentaine d'années plus tôt. Le numérique n'avait pas encore fait son entrée dans les classes, les feutres n'étaient pas démocratisés et les professeurs utilisaient toujours la craie jusqu'au dernier centimètre pour écrire de leurs mains poussiéreuses au tableau. A la fin de chaque heure de cour, un fayot était désigné pour effacer la leçon à l'aide d'un épais tampon avec un manche en bois.

La salle d'étude était vaste et souvent remplie d'élèves en retenue. L'espace raisonnait avec une fréquente régularité des cris autoritaires des pionnes. Si nous nous retrouvions en permanence le matin dans le créneau entre neuf et dix heures, il fallait jouer des coudes pour se faire nommer en binôme comme celui qui ira faire le tour des salles de classes, recenser les élèves demi-pensionnaires qui mangeront des épinards que notre cuisto avait concocté les matins même où les agents d'entretien avait tondu la pelouse du bahut. Nous ne possédions pas de cantine. Le midi, il fallait prendre le bus jusqu'à la ZAC d'Hirson pour déjeuner en compagnie des élèves de quatrième et de troisième qui étudiaient désormais dans cet annexe plus moderne avec son réfectoire. Pour nous préparer à un futur proche, on restait une après-midi par semaine dans les nouveaux locaux pour les travaux pratiques en technologie. Ces vendredis après le déjeuner, nous étions pendant les récréations les souffre-douleur des plus grands qui roulaient des mécaniques. Mais dès le lundi matin, nous regagnions nos quartiers dans ce vieux grenier allergène où nous avions nos habitudes.

La leçon de sciences-naturelles, aussi longue était-elle il fallait quand nous la recopions, qu'elle tienne sur une page au format A4 et pas une de plus. Nous ne sautions aucune ligne sur des feuilles à petits carreaux écrivant aussi dans la marge et de plus en plus petit au fur et à mesure que l'on s'approchait du bas de page. Et si l'on avait pas fini de retranscrire ce qui était au tableau au moment où la sonnerie retentissait, nous nous faisions sucrer la pause de dix heures.

Les contrôles de sciences physiques n'étaient qu'une simple formalité. Il suffisait de pomper le livre posé sur nos genoux, pendant que le savant fou, qui exerçait un dernier cycle au bout d'une longue carrière, dormait à poings fermés. Parfois, nous le réveillions en sursaut, en claquant d'un grand coup les deux paumes de nos mains sur le carrelage du labo, avant de replonger le nez sur un schéma du courant alternatif en essayant de contenir nos ricanements.

Le principale était craint de tous avec ses méthodes d'éducation à l'ancienne. Si l'on se retrouvait malencontreusement dans son bureau deux alternatives punitives s'offraient à nous. Soit nous avions à recopier x fois le règlement intérieur selon la gravité de nos faits, soit nous avions droit au châtiment de "la grande tarte dans la gueule". Un ami eut une fois cumulé les deux punitions successivement en l'espace de 24 heures. Le premier jour, il eût à recopier quatre fois le règlement intérieur pour je ne sais quelle bêtise commise, le lendemain, lorsqu'il remit les douze copies doubles à la plus haute autorité qui nous dirigeait, il se prit une gigantesque "tarte dans la gueule" car il était visible qu'il avait utilisé du papier carbone.

Le coach d'éducation physique et sportive fumait comme un sapeur. Pongiste de bon niveau au club hirsonnais, il était lui aussi adepte du " grande tarte dans la gueule". Les bigleux avaient un avantage sur nous quand il s'agissait d'en prendre une, car elle était toujours précédée d'un " toi, enlève tes lunettes"... Bam ! Ceux qui ne portaient pas de binocles, se mangeaient un mémorable coup droit d'une tarte à cinq doigts sans avertissement. Lorsque nous étions d'humeur trop chahuteuse, plutôt que de jouer au football ou au volley, nous avions droit à une séance de yoga, de relaxation et nous arrivions alors l'heure qui suivait en mathématique doux comme des agneaux.

Denver, c'est comme ça que nous appelions la matheuse à cause de son embonpoint et parce qu'elle portait toujours une blouse verte, ne faisait pas de crise de larmes ces jours là.

En français, il ne fallait point dire de gros mots. Enfin, moins qu'ailleurs je veux dire... L'homme lettré chargé de nous transmettre son savoir portait un nom à multiples particules et avait des manières tout à fait aristocratiques. Le contraste était saisissant. C'est un peu comme si vous embauchiez Ariel Wizman, bobo parisien de Canal +, à ramasser les pommes à cidre un automne pluvieux durant quinze jours perdu au milieu de nos pâtures...

C'était au début des années 90, l'annexe du collège Georges Cobast à Hirson, rue Camille Desmoulins, vivait ces dernières heures avant une fermeture programmée de longue date.

Collège Camille Desmoulins ( Hirson ).

Collège Camille Desmoulins ( Hirson ).

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Published by berenger - dans Ma Thiérache.
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