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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 17:50

Avant d'enfiler mes vêtements neufs, j'essayai tant bien que mal de terminer mon bol de céréales. ça avait du mal à passer ce matin là. J'avais mal aux tripes. C'était une rentrée pas tout à fait comme les précédentes. Par ce frais et beau matin de septembre je rentrai en sixième au collège. Notre instituteur de l'école primaire de Neuve-Maison nous avait prévenu avant que nous partions pour les grandes vacances. " Ici, cette année en CM2, vous étiez peut-être les plus grands, mais si l'on vous mettez au milieu d'une équipe de basketteurs, vous sembleriez tout petits. L'année prochaine lorsque vous irez au collège, ce sera un peu comme si vous vous retrouveriez entourés de basketteurs." Je passai mon lourd sac à dos sur les épaules prêt à descendre à pied jusqu'à l'arrêt de bus, en guise d'encouragements mon père me tint ce discours : " Mon garçon, tu n'es plus un enfant maintenant. Tâche de travailler, de ne pas faire d'ânerie et surveille tes fréquentations".

Les élèves de sixième et de cinquième descendirent du bus. Tous les néo-arrivants, jusqu'à ce jour longtemps biberonnés, se regroupèrent serrés au milieu de la cour, comme un troupeau de moutons cernés par une meute de loups. La sonnerie retentît. Nous nous agglutinâmes derechef devant l'entrée du grand bâtiment en briques rouges. Tour à tour les professeurs principaux vinrent chercher leur classe en accordant la primauté aux plus anciens. Les noms, prénoms, les patronymes défilaient par groupe de trente avant de disparaître dans un long couloir juché de portes numérotées. Ainsi les groupes se formaient, nominés par ordre alphabétique. L'on vit partir l'une après l'autre, les classes de cinquième A, puis les cinquièmes B, ainsi de suite jusqu'à la cinquième F. Vint ensuite le moment où les classes de sixième devaient se former. Je pris le temps de greloter avant d'entendre mon nom cité sur la liste des sixièmes E. A mon grand soulagement, mon petit voisin était dans la même classe que moi.

Nous entrâmes dans une salle avec un vieux plancher grinçant et nous nous installâmes à nos bureaux. Les places les plus convoitées étaient évidemment celles du fond. Notre professeur principal qui était aussi notre professeur d'histoire-géographie commença l'appel. Presque tous étaient montés sur ressorts et levaient la main avant même que leur noms ne soient finis d'être cités. Tous sauf quand vint le nom de Jeff Youl.

_ Jeff Youl ? J-E-F-F Y-O-U-L ?

_ Pardon, présent Madame !

_ Et bien, vous dormiez monsieur Youl ?

_ C'est que ce weekend, je suis sorti à La Chaumière madame.

_ La Chaumière ?

A nos âges, peu d'entre nous savaient qu'il s'agissait d'une boîte de nuit située à la Neuville Aux Joutes dans les Ardennes. A sentir l'odeur qu'il dégageait nul doute qu'il portait la même chemise ce lundi matin, que celle qu'il portait le vendredi soir sur le dancefloor. Youl avait seize ans et comme nous il faisait sa rentrée en sixième.

Malgré son âge, Youl n'était pas très grand. Comme il faisait partie de la communauté des gens du voyage, il était respecté de tous et personne n'osait lui chercher des noises. Son phrasé était typique, ponctuant ses phrases de " mange tes morts, ma couille ou encore de, gadjo ". Lorsqu'il menaçait quelqu'un, ce n'était pas avec un " voir t'as gueule à la récré " mais plutôt avec quelque chose comme " sur la tombe de ton grand-père, je vais te trancher la carotide à coup de serpette " En bon fan de Bruce Lee il éprouvait un malin plaisir à mettre des trempes à beaucoup de gadjos, n'hésitant pas à se frotter à des plus grands, et des plus lourds que lui, maitrisant ses poings et ses pieds comme personne. Avec moi, jamais il ne se montra menaçant. Il me prit même en sympathie et pendant les récréations, nous nous entraînâmes dans des simulacres de combats, sans porter les coups, à la façon d'un randori au judo.

Un jour comme un autre au bureau, pendant que mon patron était parti faire sa tournée, je cherchai un dossier sinistre dans l'armoire là où ils étaient classés. Dans l'une des chemises, je tombai sur une coupure de presse qui suscita ma curiosité. L'article provenait peut-être du "Courrier La Thiérache", peut-être de "l'Union- l'Ardennais" ou de "l'Asine Nouvelle", je me souviens plus très bien. Il était question d'un sordide fait divers qui s'était déroulé à Hirson. Un drame sous fond de misère sociale, de drogue et d'alcool comme il s'en joue trop souvent dans la région. Il s'agissait de l'histoire d'un couple qui recevait régulièrement la visite de deux autres types pour des séances de beuveries sans limite. Les deux types qui étaient fréquemment invités, eux- même héroïnomanes, savaient que le mari était un alcoolique notoire. Ils profitaient alors de chaque occasion pour saouler le mari, jusqu'à ce que celui-ci s'endorme le nez dans le potage avant de partir au lit avec l'épouse qui avait la cuisse légère. Les circonstances qui s'en suivirent m'apparaissent à ce jour un peu vagues. Sans-doute le mari s'était-il un jour rebellé, probablement il eut une violente dispute mais ce dont je me remémore très bien dans cet article c'est qu'un certain Jeff YOUL avait écopé d'une longue peine de prison, parce qu'il avait tué un homme à coup de pique à brochette !

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Published by berenger
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