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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 19:08

La veille, maman passa une bonne partie de la soirée à préparer des gâteaux et des tartes pour l'occasion. Une fois n'est pas coutumes, je n'eus point le droit de tremper mon doigt dans la casserole de chocolat fondu. Il fallait que tout soit parfait.

Papa était dans le salon et ajoutait quelques touches finales à ses œuvres qui serviraient de lots. Des tableaux recouverts de tissus noirs sur lesquels apparaissaient en relief, de vieilles voitures, des tractions, fabriquées avec des pièces de récupération, des clés, des serrures, des roues de poussettes, des ressorts, des punaises à têtes rondes, des lambeaux de cuir, collés les uns contre les autres.

Ce matin, quelques techniciens improvisés se dépatouillaient avec des câbles. Un animateur amateur faisait des tests micro. La sono jurait, l'ampli saturait et les baffles crachaient de la neige, des larsens aigus à nous crever les tympans.

Grand-mère avait fait sa mise en plis, et s'était munie de son appareil photo argentique comme à chaque grand évènement.

Marraine, qui se prenait pour Francis Ford Coppola avait chargé la batterie de son caméscope et avait la sacoche pleine de cassettes, pour plus de huit heures de bobines.

D'épais rideaux opaques étaient tirés sur le bâtiment de la république. Le couloir, dans lequel le trac grandissait, s'était mué en vestiaire, en loge éphémère.

Dans la cour, décorée de fanions, de pompons et de ballons multicolores, le public s'attroupait devant la scène, et prenait place sur des bancs et des chaises disposés en rangées.

Photographes et cameramen du dimanche restaient debout près à chasser le scoop, à obtenir le meilleur portrait, le plus beau plan de leur idole.

Les bénévoles avaient abandonné leur stand de pêche, de fléchettes et de chamboule-tout, fermés pendant la durée du spectacle.

Nous étions vêtus de collants noirs, pour les garçons empruntés à leurs mères ou à leurs sœurs, d'un sous-pull moulant qui grattaient et de bandes de papier-crépon, agraffés à nos costumes de fortune. Qu'étions-nous censés représenter ? Des arbres. Faire l'arbre, voici un exercice digne du cours Florent. Mais voilà, j'avais de l'embonpoint et je ressemblais dans cet accoutrement, à un porcelet ficelé comme un rôti.

Qui peut bien se réjouir d'entendre une chorale de voix de fausset chanter ? Près de trente ans plus tard, on me demande toujours comment se fait-il que je connaisse par cœur des trucs aussi ringard que du Demis Roussos, Julien Clerc, La Carmagnole ou Le Temps des Cerises...

La représentation de la troupe fût un véritable fiasco. Une petite fille pleura
au lieu de chanter, une autre s'évanouit, une troisième ne put se contenir et arrosa le plancher, un petit garçon vomit alors que deux autres petits camarades se battirent. Tout cela en plein show !

La kermesse de l'école de Neuve- Maison, est un moment que l'on aurait voulu tous oublier, s'il n'y avait pas eu toute cette technologie qui vole votre âme et immortalise votre image, au détriment du droit à l'oubli...

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Published by berenger
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