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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 17:17

J'étais triste, écoeuré quand ma mère brisait la nuque d'un lapin d'élevage, avant de le pendre la tête en bas et de le saigner en lui arrachant un œil, à l'aide d'un couteau. Une petite entaille sur chaque patte arrière, et la peau était retournée, déroulée comme l'on retire une chaussette, jusqu'à ce que la pauvre bête se retrouvait "sans pyjama".

Je faillis m'évanouir, le cœur retourné le jour où il fallut que je tinsses le cou d'un canard avant qu'on le lui tranchât. Quelle vision d'horreur que de regarder le barbarie, sans tête, courir tout du long de la cour !

Pendant les repas, lorsque mes compagnons de jeux, sortaient du four plumés, dépecés, vidés et tout fumants, je perdais l'appétit. Je mangeais que les petits pois et les carottes, laissant de côté les navets, et surtout la viande froide et morte.

R.I.P Panpan, tu étais d'une intelligence rare, tu étais vraiment unique comme lapin...

Petit, si l'on me demandait quel métier je ferai plus tard, je répondais que je voulais être vétérinaire. Je ne ratais pas une diffusion de l'émission " Les Animaux du Monde" avec le toucan qui chantait pendant le générique en faisant du toboggan sur le cou d'une girafe ...

Pourtant, quand il s'agissait d'aller traquer le gibier avec mon grand-père, à l'époque trésorier de la société de chasse de Wimy, je n'avais plus aucun état d'âme. Les mercredi après-midi, on se préparait en enfilant une tenue kaki, nos bottes de caoutchouc et un capieau en feutre sur la tête pour ne pas avoir froid. Puis, on emmenait les jumelles, le fusil et Samy, l'épagneul breton, pour aller nous promener le long de la voix ferrée à Ecreveaux du Haut. C'était toujours moi qui portait l'arme en bandoulière lorsque nous marchions sur les traverses, tandis que le plus fidèle ami du chasseur fouinait partout, la truffe à ras du sol, sur les talus, à travers les ronces et dans les fossés. Parfois, le chien qui avait le dos si large que l'on aurait pu jouer aux cartes dessus, marquait l'arrêt, devant une proie et dans quelques rares cas, passait à l'offensive comme la fois où la gueule en sang, il s'acharna à mordiller un hérisson qui s'était recroquevillé sur lui-même, dans un reflex de défense. Les cibles étaient rares, les garennes est les lièvres souvent atteints de la myxomatose. Tremblants, les yeux rouges, ils n'avaient même pas la force de fuir, les moments où nous croisions leur chemin. Et puis, il y avait tous ces animaux protégés que l'on avait pas le droit de tirer comme les buses communes qui planaient au dessus des pâtures en formant des cercles, à la recherche de petits rongeurs à attraper entre leurs serres en piqué. Nous eûmes une fois la chance d'apercevoir une chouette effraie en plein jour, fait rarissime. Une autre fois, c'est un renard qui sortit des broussailles et décampa avant même que j'eus le temps d'appuyer sur la détente. Mon grand-père avait l'habitude de ramener les queues des renards et de les revendre à la fédération de chasse pour environ vingt cinq francs l'unité. Peut-être en faisaient-ils des porte-clés comme ceux qui étaient offerts en échange d'un plein d'essence dans une station Esso ? Je fis chou-blanc également quand j'eus dans ma ligne de mire un chevreuil qui finit par s'évanouir dans la nature. Perdrix, faisans, pigeons, hérons, belettes, rats musqués, blaireaux... j'étais capable de reconnaître toutes ces espèces qui vivaient dans le bocage thiérachien, mais je craignais d'en rencontrer qu'une seule : le sanglier. Un animal féroce lorsqu'il se sent en danger. Une bête sauvage, rapide, robuste pouvant dépasser les cents kilos et avec de grandes dents pointues. J'avais maintes fois, aux cours de diners familiaux, entendu parler d'une bataille épique entre un grand mâle blessé et un petit bonhomme coiffé d'un chapeau de feutre. Pour ne pas avoir tué le mammifère omnivore, dès la première salve, mon grand père du affronter le monstre, proche cousin non-domestiqué du porc, mano à mano. La bête avait chargé mon grand-père qui eut juste le temps de mettre le fusil entre lui et la puissante mâchoire du monstre. Le canon du fusil s'était tordu pendant le combat formant après l'attaque un "U". Un jour, ce qui devait arriver arriva et nous rencontrâmes à la sortie d'un bosquet d'aubépines l'ignoble animal. Pas téméraire, le chien avait battu en retraite et se tenait derrière nous. Il s'agissait d'une laie avec ses petits marcassins. Il n'y a rien de plus dangereux qu'une laie cherchant à protéger ses petits. Nous restâmes calmes, immobiles, silencieux. Sans faire de geste brusque, je me saisis du fusil et le mis en joue. Mes mains tremblaient, je fermai un oeil, pris une profonde inspiration, appuyai sur la gâchette et le coup partit. Le projectile fût stoppé net dans son élan, le bouchon retenu par une ficelle s'arrêta brusquement lorsque cette dernière se tendit. La meute nous regarda du coin de l'oeil, incrédule et repartit dans les bois paisiblement. Me promener avec mon grand-père, avec un fusil à bouchon, à la main, étaient les seules parties de chasse auxquelles je participais.

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Published by berenger
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commentaires

trafic organique 12/11/2014 03:31

On en veut plus avec autant d\'humour. Merci.

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