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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 13:14

J'ai une fois par le passé travaillé pour le compte du père Buisson. De l'esclavagiste qui nous exploitait dans ses champs de betteraves vous vouliez connaître le nom, non ? Inutile de chercher dans l'annuaire, en tournant les pages frénétiquement de votre annulaire, il s'agit d'un nom fictif. Une couverture aussi bien que la Range Rover, décrite dans mon précédent billet, pourrait finalement être en réalité, une petite voiture rouge et jaune, comme celle que conduit Oui-oui.

C'était pendant les vacances de Noél. Un job de nuit grassement payé que seuls un couple de gens du voyage, l'idiot du village que l'on surnommait "la grenouille" et moi-même acceptèrent de réaliser. Le boulot consistait à vider, en quelques heures, un poulailler industriel de ses cinq mille pensionnaires. A une heure où la plupart des habitants du village bavaient sur leur oreiller à plumes d'oie, nous enfilâmes nos bottes à l'entrée d'un immense hangar de tôles, attendant que le camion qui avait du retard arriva. Avec anxiété, l'éleveur regardait sa montre toutes les minutes, parce-que du temps perdu, c'était de l'argent qui s'envolait. Les deux mains jointes le long de son nez tordu, la grenouille se mouchait avec un carré de tissu à carreaux pendant que le chef d'exploitation trépignait, tapait du pied comme Pan-Pan sur la glace. Enfin, le camion vint à destination. Le chauffeur coupa le contact, descendit de la cabine, enfila une paire de gants et avec un Manitou, déchargea de grands casiers à tiroirs. Il n'y avait pas de temps à perdre, nous dûmes nous mettre aussitôt au turbin avant que le jour se leva et que les gallinacés encore endormis se réveillèrent. Piétinant sur un sol mou, jonché de fientes, nous ramassâmes les poulets, âgés de trois mois, par les pâtes comme l'on cueille les champignons, trois dans chaque main avant de les arracher du sol et des les caser dans l'un des tiroir prévus à cet effet. C'était pas grave si les pâtes des poulets se brisaient dans nos mains, nous n'avions pas le temps de nous alarmer. D'ailleurs, c'était parfois quelques cadavres de bêtes que l'on ramassait pour les balancer dans une poubelle en plastique. Il faisait une chaleur moite. Nous évoluâmes au milieu d'une odeur pestilentielle que pas même quatre douches ne parvinrent à en venir à bout. ça piaillait à tout va, le bruit était abrutissant. Au bout de quelques heures de labeur, à l'aurore, alors qu'il ne restaient que quelques volailles, ces dernières firent de la résistances parce-qu'avec plus d'espace, elles courraient dans tous les sens en nous filant entre les doigts. Imaginez la scène ! Quatre ploucs en train d'essayer de choper des cocottes qui vous font tourner et retourner en rond... Ne manquait que le générique de fin de la série Benny Hill en fond sonore ! Le camion repartit, notre patron nous informa fièrement que nous pourrions retrouver ses animaux au frais en rayon, sous cellophane, au magasin le surlendemain.

Une fois mon pascal encaissé, je rentrai chez moi las, nauséabond, ecoeuré me disant que toute la condition animal était à repenser.Je ne mangeai pas de volaille ce noél là... Heureusement, un ami chasseur m'avait donner une gigue de sanglier, du gibier qui eut au moins quelques temps la chance de grandir et gambader en forêt.

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Published by berenger
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