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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 21:55

~~Un nouvel élève est arrivé ce matin. Il a été présenté à toute la classe, puis il s’est assis à côté de moi, là où il y avait une place de libre. Il semble pas du tout intimidé, depuis qu’il s’est installé à ma droite, il n’arrête pas un instant de parler.

Ça oui, on peut dire que le nouveau a du bagou. D’ailleurs lui, appelle ça de la « tchatche ». Ce mot m’était complétement étranger jusqu’à présent… Selon ses propos, il serait capable d’endormir n’importe qui avec son flow de paroles. Une sorte d’hypnotiseur quoi ! Son débit et rapide mais il n’a pas l’accent Thiérachien qui nous caractérise tous ici, au collège Georges Cobast.

Il me dit qu’il vient de Panam. J’ai déjà entendu ce nom dans une chanson d’Edith Piaf, mais aucune idée de là où ça se trouve. Remplacez Panam par Eldorado, Panplune, Katmandou, je serai pas plus avancé. Devant mon air incrédule, il m’apprend que Panam c’est Paris. Ah ! Sait- il au moins ce que nous disons des franciliens ici ? « Parigots tête de veau, parisien tête de chien ! » Comment peut-on passer à une vie dans la capitale, à une autre perdu au milieu du bocage ? A Hirson aussi nous avons nos Champs Elysée, mais à la place d'une longue avenue bondée de commerces et de boutiques de luxe, vous y trouverez juste un pâté de maisons délabrées.

Toute l'heure de cours, nous la passons à bavarder, ou plutôt, je la passe à l'écouter, pris dans un long monologue. Il me raconte que ses parents l'ont déposé en "ture-voi" devant les grilles du collège ce matin, puisqu'aucune ligne de bus, ni de métro ne traverse la ville aux hérissons. Une "ture-voi" ? C'est quoi ça ? L'explication m'est donnée : il s'agit de verlan, autrement dit de "l'envers". C'est assez simple, il suffit d'inverser les syllabes de chaque mot. Décidemment, on parle pas le même langage ! Dans notre coin, pour désigner une bagnole, on emploie le terme de "carrette".

Son cahier est grand ouvert sur son bureau. Aucune leçon n'est retranscrite dessus. Au lieu de cela, d'étranges inscriptions, des mots formés avec de grosses lettres au marqueur, qui se chevauchent, se mélangent même. J'ai déjà vu ce type de calligraphie, peinte sur les murs de la Gare du Nord. J'étais allé une fois par le passé à Paris, lors d'un voyage en sixième pour aller visiter Le Louvre. A douze ans, on vous envoie au Louvre dont vous vous foutez éperdument, à seize, on vous emmène au cinéma voir un Disney... Je parviens à déchiffrer l'un de ses tags. Il est noté " SEGREGATION RACIALE". En plus, il emploie des mots savants le Momo ! Monsieur Cherubin , notre professeur d'histoire qui se la jouait "Cercle des poètes disparus" et devant qui toutes les midinettes étaient en émois, nous avait averti : la notion de race ne s'applique pas aux humains. Elle doit uniquement être employée pour les animaux, chiens; chats... dans le but de faire le distinguo entre un berger allemand et un lévrier Afghan. La notion de race chez l'homme, n'est qu'une pure invention d'un fou furieux frustré et paranoiaque. Chez l'homme, on parlera plutôt de type : type eurasien, type caucasien...

L'heure du déjeuner arrivée, nous passons au réfectoire et nous nous attablons avec nos plateaux, par petits groupes de quatre. Mohammed ne touche même pas à son assiette, l'air dégouté. Purée, jambon, on a pourtant connu pire comme menu... Quelle tronche va t-il faire lorsqu'on lui servira des épinards ? Mon assiette terminée, je pique la sienne et la dévore entièrement. Je crois que je me suis fait un copain pour le midi à la cantine.

Avant la reprise des cours à quatorze heures, il nous reste suffisamment de temps pour entamer une partie de foot. Le ballon nous avait été confisqué parce que la dernière fois, nous avions cassé un carreau mais c'est pas grave, nous en avons fabriqué un avec quelques copies doubles, et un rouleau de ruban adhésif entier. A la constitution des équipes qui se joue à "plouf-plouf", nous proposons au titi parisien de se joindre à nous, celui-ci refuse. Courir dans une pâture à onze derrière un ballon, se n'est pas sa tasse de thé à la menthe. Selon ses dire, Lens est un club qui ne vaut rien, ses tribunes seraient remplies exclusivement de chômeurs et d'alcooliques et de toute façon, pour lui, seul le PSG des Weah, Ginola, Valdo... comptent. Et puis le banlieusard préfère les sports urbains comme le streetball, du basket à trois contre trois dont les parties se disputent sous un seul et même panier.

En même temps, jouer en jean, ce n'est pas très commode. Nous, nous portons tous nos survêts Adidas à la mode en ce moment avec des sweats de marques de sportwear. Mohaz doit être le seul mec vêtu d'un jean, d'un pull classique avec la chaîne en argent qui brille par dessus.

Cette année là, nous apprîmes de notre nouveau camarade, beaucoup de choses qui nous étaient jusqu'alors inconnues, la culture des banlieues, le hip-hop, le smurf, le break-beat, les petites combines... En échange de quoi nous fîmes de lui, le plus Thièrachien des "scar-la".

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Published by berenger
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