Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 19:04

Dans les années 80, nous étions déjà à la semaine de cinq jours. Le mercredi, on avait pas école. La matinée, je la passais alors à regarder des dessins animés à la tv comme Chapi Chapo, Albator ou encore Jeanne et Serge... L'après-midi, je faisais du vélo dans le lotissement en cul de sac de la rue de Cosmes, sous le regard attentif de "l'œil de Moscou", la mère Crotin, grand-mère solitaire, qui plantait sa chaise devant son pas de porte et espionnait tout ce qui se passait dans la rue et parfois même à l'intérieur des habitations.

Le vendredi matin, nous nous rendions en bus à la piscine d'Hirson pour apprendre à nager. Le samedi, on allait aussi en classe à 8 heures, avant d'être libérés à 11h30 pour le weekend, jusqu'au lundi. J'aimais bien le repas du samedi midi. La plupart du temps, au menu c'était steak-frites ( ou sa variante knackis-frites ) arrosés de ketchup et avec une baguette de pain, je pouvais même me confectionner mon sandwich américain maison. Enfin, l'après-midi, était le moment où mes parents se rendaient au Mamouth, faire les courses.

Je n'aurais raté ce rendez-vous hebdomadaire pour rien au monde. C'était le moment où le congélateur se remplissait de Mister Frizz et le placard de toutes sortes de cochonneries : Des Smacks pour le petit-déjeuner " C'est si bon, bon, bon qu'on fait des bonds", des Balistos, des princes à la vanille, etc, mais aussi et surtout, c'était l'occasion d'étoffer ma collection de Majorettes. Une flotte de petites voitures déjà bien grande mais beaucoup avaient été accidentées, poussées contre les murs dont les plaintes portaient les séquelles.

Hirson est une petite ville où tout le monde se connait ou presque. Il n'était donc pas rare, dans les rayons du supermarché, de voir les consommateurs garer leur caddie en double-file pour tailler le bout de gras, au fil des rencontres. Ainsi, il arrivait souvent que nous croisions dans les allées du magasin, M. Lienard, à l'époque professeur de judo de mon père. Auréolé d'une ceinture noire cinquième dan, consécutive à la pratique de plus d'un demi-siècle de cet art martial, l' homme, avec sa barbe mal taillée, ses épaules larges sculptées par la musculation, était pas le genre de type à qui vous alliez chercher des noises. Pourtant, assis au fond du chariot de fer, au milieu des provisions, je ne paraissais guère impressionné, le désignant du doigt et m'exclamant : " Cocotte ! Cocotte ! ", sous les yeux incrédules du maitre judoka et de son disciple.

_ Voyons petit Bér, ce n'est pas une cocotte, tu reconnais monsieur Liénard ?, Ainsi mon père tentait de me raisonner et de ne pas perdre la face.

_ Si, si, cocotte ! Cocotte !

Le géant, qui aurait pu tuer un ours à main nu, fronça les sourcils, comme un signe que mon père allait passer un mauvais quart d'heure sur les tatamis au prochain entraînement. Puis, il prit congés.

_ Au revoir cocotte !, Fis-je, tandis que mon père me poussait dans la direction contraire, d'un pas précipité.

La semaine qui suivit, mon père rentra du dojo, la clavicule en compote, m'accusant comme seul responsable de son malheur.

_ C'est de ta faute, petit Bér, si tu ne l'avais pas appelé "cocotte" devant tout le monde...

Alors, je sortis du placard, un 33 tours que ma marraine m'avait acheté pour mes trois ans. Sur la pochette, un dénommé Carlos, un gros barbu ressemblant étrangement à un certain professeur de judo chantait " Cocotte en papier".

Partager cet article

Repost 0
Published by berenger
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les carnets de Bér.
  • Les carnets de Bér.
  • : Cela pourra peute être vous paraitre un peu brouillon mais vous trouverez un peu de tout sur mon blog : des impressions de voyages, chroniques de concert, missives contre des organismes incompétants, à vous de voir ce qui vous interpelle le plus
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Liens