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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 18:00

   Malgré le gros rocher planté le long des pistes d’atterrissage rappellant « qu’ici, vous êtes sur une île volcanique », la première impression que donne Palerme, n’est pas celle attendue à la lecture d’un guide de voyage ou d’une carte postale.

Depuis l’aéroport, en bus ou en taxi la ville se découvre d’abord par la Via Dante Alighieri de style haussmannien et flambante neuve. Une belle avenue, des immeubles fraichement peints, forment l’antithèse de l’Italie comme on se l’imagine ou comme nous l’avons déjà parcourue…

Après quelques dizaines de kilomètres à rouler se dresse enfin sous les yeux des passagers un monument digne d’intérêt : Le Teatro Politeama Garibaldi où se rassemblent en fin d’après-midi, les jeunes palermitains pour y déguster une Gelata, ou s'installer sur un banc public pour parler de la pluie et du beau temps.

 

Le Teatro Politeama Garibaldi

Le Teatro Politeama Garibaldi

   Depuis le siége  de l'Orchestra Sinfonica Siciliana à la gare centrale, le chemin le plus court consiste à emprunter la Via Roma, une autre grande artère de la capitale sicilienne. La rue est jonchée de commerces en tous genres, de la boutique de fringues franchisée à la pasticceria locale en passant par une multitude de vendeurs de chaussures. Entre les magasins, il est possible d'admirer l'église (chiesa) San Dominico avec son incroyable façade baroque. 

   Toujours piazza Sandomenico, si une petite faim vous tiraille, évitez le Gran Cafe du même nom et passez votre chemin pour vous restaurer à un endroit un peu moins touristique. Là bas, vous serez pas loin de vivre la pire expérience culinaire de votre vie : escalope de poulet panée surgelée, carbonisée à l'extérieur, crue à l'intérieur, frites congelées proposées en antipasti et tarifs plus élevés que la moyenne, vous feront regretter de ne pas vous être contenté ailleurs, d'un panini sur le pouce.

   A l'heure de "lo Struscio" (la flâne) qui suit la "pinnica" (la sieste)  les trottoirs se remplissent d'une foule cosmopolite et grouillante, de vendeurs à la sauvette et sur la route, les voitures, vespas et APE (camionnette tricycle de marque Piaggio) entonnent en coeur un abrutissant concert de klaxonnes. Entre la gare centrale et le Corso Vittorio Emmanuele, la circulation est si dense et anarchique qu'il semble devoir se jeter valise à la main, sous les roues d'un de ces véhicules afin de traverser la chaussée. L'hôtel n'est cependant qu'à quelques centaines de pas seulement.

B&B Cassaro

B&B Cassaro

Idéalement situé dans le centre historique à cinq minutes de la Cathédrale, le B&B Cassaro et son hôte Giuseppe offrent aux voyageurs un accueil des plus chaleureux. Quel dommage que la barrière de la langue soit un frein à la communication. Un anglais scolaire, un peu rouillé permet d'échanger sur l'essentiel. La chambre est décorée dans un savant mélange de styles moderne et plus ancien, équipée d'une salle de bain privative, cabine de douche, d'un éventail d'échantillons de toilette, tv, coffre fort, penderie, puis évidemment...un lit confortable avec pour table de chevet, une cantine militaire. Les appliques sont dessinées sur le mur en trompe l'oeil au moyen d'un adhésif, derrière une simple ampoule. Astucieux !

Le petit déjeuner est servi à partir de 8 heures mais toute la journée dans la pièce commune, sont à disposition une bouilloire et du thé, des petits gâteaux, une bouteille de vin de type "Muscat" et sur les étagères, des livres en italien, en anglais, allemand, si le besoin se fait sentir de réviser ses cours de langue.

En attendant l'heure du repas, un rapide repérage des lieux s'impose. Il n'y a pas lieu d'aller bien loin pour découvrir une première merveille Piazza Pretoria, la Fontana della Vergogna.

La Fontana della Vergogna

La Fontana della Vergogna

La Fontana della Vergogna, est une magnifique fontaine circulaire autour de laquelle gravitent l'église S. Caterina, l'église S. Giuseppe dei Teatini et le palais du Sénat. Elle fût surnomée "fontaine de la honte" par les nones choquées devant l'impudeur de ses statues. Elles décidèrent un jour de leur casser le nez et aujourd'hui, il est facile de distinguer que ces parties du visage ont été recollées. L'obsurantisme en perpétuel croisade contre le savoir et la culture...Même en Sicile, les moeurs finissent par évoluer !

 

L'avantage à Il Pipino Rosso c'est d'avoir un menu en français ! Traduction faite sur des petites fiches bristoles cachées dans les pages de classiques de la littérature hexagonale. Originale ! L'autre bizarrerie, se sont les pâtes aux sardines "pasta con le sarde" au goût anisé et prononcé du fenouil, mais ce n'est rien comparé au dessert phare de l'insularité : le Cannoli cuisiné à partir de ricotta, de sucre et de saindoux...

Il pipino rosso

Il pipino rosso

   Domenica.

   En général, il n'y a pas de buffet salé pour le petit déjeuner en italie. Il est plutôt proposé une viennoiserie dont les italiens sont friands, accompagnée d'un jus d'orange et d'un ristretto. En sortant de l'ascenseur, le gardien de l'immeuble détourne le regard de son poste de télévision où sont diffusées des images du calcio et chante un "buooongiornoooooo" d'opéra.

   Le météo est à la bruine en ce début de matinée mais le parapluie à la main est plus une précaution qu'une réelle nécéssité. Voter une loi en faveur de l'ouverture des commerces et des sites touristiques le dimanche, serait perçu ici comme une abomination. Alors que pratiquement tout est fermé, le jour saint est le moment idéal pour se promener au marché au puce Piazza Marina. Quelques objets attirent l'oeil devant les barrières du jardin Garibaldi, un vieil accordéon, un nécessaire de toilette en nacre et même une pièce commémorative en la mémoire de Mussolini... Le bien entretenu Giardino Garibaldi avec ses fascinants magnolias et leurs racines aériennes, offrent aux familles et aux poussettes un écrin de fraîcheur pendant les heures les plus chaudes de l'été. Les cactus et les pins canariens font partie de ce décor bucolique.

   En attendant que les nuages bloqués par les collines environnantes se dissipent, pourquoi ne pas boire un americano (café allongé) sur le port, regarder l'eau ruisseler sur la baie vitrée de l'autre côté du bar, alors que pêcheurs à la ligne et promeneurs à vélo, se hâtent entre les gouttes ?

Palerme

Dès les premières éclaircies, marcheurs et joggeurs investissent l'esplanade du Foro Italico. Les amateurs du ballon rond s'affrontent en équipe sur la pelouse de la Terrazza a Mare. Celui-ci tient plus du terrain vague que d'un espace entretenu. Le long de la digue, les rochers servent de cachettes à une colonie de chats errants.

La pluie n'est plus qu'un lointain souvenir et les températures printanières me font tomber la veste. En remontant la Via Lincoln, les portes grandes ouvertes de la Villa Giulia invitent le chaland à s'y attarder. En février, les allées sont tapissées d'oranges trop mures tombées de leur arbre. Un paisible endroit au milieu de statues et de fontaines, sauf pour le poisson rouge en dehors de la marre se faisant avaler goulument par un canard.

Certains restaurants proposent des pizzas uniquement le soir. Des pâtes à la ricotta, une bière Moretti contentent le badaud qui sur la terrasse, observe des tranches de vie.

Villa Giulia Via Lincoln Palerme

Villa Giulia Via Lincoln Palerme

   Les rues désertées les après-midi doménicales constituent le principal argument de vente des possesseurs d'APE et de calèches postés sur la via Maqueda et qui proposent un tour de la ville à bord de leur monture, pour environ 40 euros les deux heures.

   La via Maqueda traverse le centre historique d'Est en Ouest, elle longe la Piazza Verdi et le théatre Massimo. Très fréquentée des véhicules la journée, elle devient piétonne le soir. Le terrain de jeux idéal des artistes de rue, jongleurs et musiciens amateurs créant autour d'eux une émulation.

   Les pizzas ne coûtent presque rien à Palerme à partir de 4 € à la Pizzeria Bellinni et sa terrasse attenant à une place au calme, aux pieds de La Martorana, église de type grec orthodoxe chapeautée d'une coupole. Beaucoup de places sont gardées par des chiens sans maître, ni foyer. Pourtant, ils n'ont pas l'air affamés, probablement nourris par la main des restaurateurs pour qu'ils continuent de tenir à distance, les voraces pigeons. Celui rencontré ici, dort paisiblement au pied d'un lampadaire. En ce jour de Saint-Valentin, prononcé "santo valentin" un menu spécial à 60 € euros est proposé pour les couples. A l'intérieur, une longue table est réservée pour les conjointes du personnel. Après quelques verres de prosecco, elles iront entonner la chansonnette au karaoké.

 

Piazza Bellinni

Piazza Bellinni

Lunedi.

Giuseppe a préparé deux gateaux ce matin. A la question "is it homemaid ?" il affirme que oui. Celui à pâte sablée aux abricots a un goût délicieux de tarte au citron.

Aujourd'hui, il enfin possible de visiter la cathédrale de Palerme. Le musée du diocèse lui, reste fermé. Ancienne mosquée belle de nuit comme de jour, le faste des façades extérieures de la cathédrale, avec ses patines datant de plusieurs ères de restaurations ou extensions, contraste avec son intérieur plutôt austère. Le plus par ciel bleu, moyennant un petit supplément, c'est l'accès sur les toits de la cathédrale où il est possible d'admirer les monuments de Palerme et les montagnes avoisinantes.

cathédrale de Palerme

cathédrale de Palerme

   Un peu plus loin, en direction de la Porta Nueva, un arc de triomphe érigé pour la venue de Charles Quint en1535,  face au Palais des Normands, se dessinent les allées d'un autre jardin public : La Villa Bonnano, qui abrite les vestiges d'une villa romaine dont certains pavements ont été remarquablement conservés. La visite est gratuite !

   Les catacombes capucines, ne sont pas vraiment le genre d’endroit où emmener sa petite amie. Creusées à la fin du XVIème siècle par des moines parce qu’il n’y avait plus de place au cimetière du monastère, les catacombes furent ensuite investies par les sépultures des familles aisées de Palerme. Etre momifié pour la postérité, était une marque de reconnaissance sociale. Tout du long des couloirs des catacombes, se sont plus de 8 000 momies disposées, allongées ou debout , en costume d’époque, classées en famille ou par catégories socio-professionnelles. Les professeurs dorment avec les professeurs, les médecins avec les médecins et ainsi de suite... Les photos et vidéos sont interdites et si un moine capucin vous prend la main dans le sac, vous l'entenderez hurler en italien à travers son micro.

    Midi et tant de kilomètres parcourus, 9 déjà selon l'application Runastik. Peu écoeuré des précédentes et sinistres visions, l'heure est venue de goûter les fameux arancini exposées un peu partout, là où on sert à manger. De la taille d'une orange, une arancina est une boule de riz panée farcie de ragù (viande de boeuf), de sauce tomate et de petits poids, traditionnellement préparée avec les restes de rissotto de la veille. Elle est la plupart du temps vendue à moins de deux euros et peut substituer un repas complet.

    Au bar Pasticerria via de cappuccini, les toilettes sont à l'étage. Il faut demander la clé au serveur pour pouvoir y accéder, mais n'oubliez pas de la rendre et ne l'emporter pas avec vous dans vos bagages à votre retour... Le nom et l'adresse de l'établissement, je ne m'en souviens plus. Impossible donc, de la renvoyer par la poste.

Arancina

Arancina

 Marcher sans but,

 Choisir son intinéraire au hasard,

 Laisser le plan de la ville, le guide du Petit Futé dans le sac à dos et lever la tête

 Oublier sa montre et se perdre volontairement hors des sentiers battus,

 Ne serait-il pas le peilleur moyen de découvrir Palerme ?

   Les régles du jeu sont simples : Prendre des chemins jamais empruntés, choisir les rues les plus sombres et les plus étroites, celles qui semblent mener nulle part et faire demi-tour lorsqu'il s'agit d'une impasse. Un coup à droite, un coup à gauche, à gauche encore, après avoir traversé un labyrinthe de facades décrépies et de balcons fleuris peut-être arriverez-vous alors sur l'un des 4 principaux marchés de Palerme comme celui du Ballaro autour de l'église du Carmine ou celui de la Vuchirria.

   Peu de touristes fréquentent le marché du Ballaro, le plus grand de Palerme. Les premiers stands sont colorés de fruits et légumes divers, arrivés à maturité et aux formes parfois insolites. Viennent ensuite les stands de poissons où il n'est pas rare de trouver exposés de gigantesques espadons parfois complets avec leur rostre. Après les viandes, les fromages et les épices s'en suit du bric-à-brac et du broc en stock, de la vaisselle, de l'électronique, des DVD piratés et un peu de tout et de rien. Plus l'on s'enfonce dans le Ballaro  et plus le marché prend des allures de souk, les ruelles se resserrant, la lumière devenant plus diffuse et les odeurs  plus persistantes jusqu'à en sortir Via Maqueda par une porte similaire à celles à l'entrée des médinas.

Marché Ballaro

Marché Ballaro

L'autre marché qui vous fera voyager hors des frontières européennes où dans le temps au Xéme siècle à l'époque de la Sicile musulmane : La Vucciria.

Le marché de la Vucciria (boucherie) ​à quelques pas au Nord de la Via Roma mais en dehors du tumulte des véhicules, est peut-être le marché le plus typique et le plus bigarré de Palerme. Les autochtones le dénonceront peut-être comme devenu une attraction touristique mais le dépaysement est total. Au milieu des immeubles délabrés et des murs tagués à l'effigie de Marlon Brondo dans la peu de Don Corleon, les enfants jouent au foot dans la rue, les ados tournent et retournent en scooter tandis que les plus âgés squattent les terrasses des restaurants ou les marches d'une église. Le quartier paraît si misérable que l'on s'attend à la venue d'un parrain local accueilli comme le messi par les bambinis à qui il distribuerait des liasses de billets.

Al Pacino

Al Pacino

   Monreale, est une petite ville culminant à 300 mètres au dessus du niveau de la mer et donnant une vue imprenable sur la ville de Palerme et son atmosphère chargée en gaz d'échappement, que je prenais pour de la brume en arrivant ici le matin.

    Les touristes se repérent d'autant plus facilement qu'ils arrivent par bus entiers garés en contrebas sur le parkin à l'entrée de la ville. Au beau milieu du passage les menant au centre-ville et à la cathédrale, la reproduction d'un cheval tirant un char décoré, en costume de parade traditionnel aguiche le voyageur affamé aux portes de l'Enoteca Trattoria Monreale. Sur le menu, on distingue tout de suite la clientèle ciblée en découvrant que le service n'est pas compris dans les tarifs. La cuisine et cependant correcte, sans plus, optez plutôt pour des antipasti, des bruschetta  qui semblent préparés avec un peu plus de minutie que certains plats tout juste sortis du congélateur.

 

   L'intérieur de la cathédrale de Monreale est richement décorée bien plus que celle de Palerme avec ses représentations byzantine du Christ et des scènes de la Genèse tout en dorure. Des ornements qui me font penser à ceux du baptistère de Florence. Dans l'une des chapelles de la cathédrale, c'est le style baroque qui prédomine. Le petit plus, même si je ne comprends pas grand chose au sicilien, c'est de bénéficier d'une visite guidée et commentée par un vieux Monsieur qui visiblement prend plaisir à dévoiler les trésors de ce lieu de culte, à tous les visiteurs qui croisent son regard.

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