Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 22:17

 Les jours commençaient à raccourcir.Je fumai une cigarette sur ma terrasse quand je vis des lueurs en mouvement fendre l'obscurité. Elles s'approchaient lentement dans ma direction, surplombant de peu l'horizon que dessinait un champ de mais. j'eu le temps d'en dénombrer une centaine. Je fis alors rapidement le tour de la maison pour fermer les volets avant de rentrer. A l'intérieur, je verrouillai la porte à double tour, éteignis toutes les lampes et je me précipitai dans la cave d'où je remontai un marteau, des clous et des planches de bois avec lesquelles je bouchai tous les accès. Je consolidai les barricades en plaçant juste devant, les meubles les plus lourds, ceux que j'étai capable de déplacer seul.

Haletant, je surveillai leur progression en jetant un œil par le Juda. Il me restait encore un peu de temps. Je décrochai le fusil qui était exposé au dessus de la cheminée et je fouillai dans les tiroirs du buffet en chêne massif de la salle à manger, à la recherche de munitions. Jamais je n'aurais cru qu'un jour, je serais amené à me servir d'une arme à feu. Le dernier tiroir, je le retournai sur la table pour en vider le contenu et je mis la main sur des cartouches spéciales gros gibiers. Je chargeai le canon de deux bastos, j'étais prêt à me défendre.

Ils ne devaient plus être très loin car j'entendais désormais le son de leurs voix. Les noms d'oiseaux fusaient : " Salaud ! Traitre ! Collabo ! Juda ! " C'étaient essentiellement des voix masculines mais l'on distinguait aussi des voix plus fluettes, des voix de femmes et d'enfants qui s'étaient mêlés au cortège. Je reconnus même celle de la femme de l'aubergiste qui se lamentait : " Maintenant que ce sale mouchard, ce rat, maintenant qu'il a tout craché, ils vont venir nous piller et tout détruire. Il ne nous restera même pas des miettes. Tout ça à cause de lui ! Que vais-je pouvoir préparer à manger maintenant ?

_ Ouais, et si nous pouvons plus nous promener dehors à l'aube, c'est aussi parce que cette balance leur a tout dit aux boschs"., renchérit une voix d'un timbre plus grave, un timbre enrayé par le tabac comme l'était la voix du père Lochard.

Je recollai mon œil par le petit trou percé à ma porte, tous se tenaient devant mon perron. Ils restaient pour le moment à distance respectable, bien qu'ils eussent pris le soin d'apporter avec eux des armes en tous genres : Les agriculteurs brandissaient des fourches, les ouvriers menaçaient avec des clés à molette, les bûcherons fendaient l'air de leur hache, l'aubergiste et sa femme aiguisaient des couteaux à viande et les chasseurs tiraient en l'air avec des fusils similaires à celui que mon grand père m'avait légué sur son lit de mort.

Les discussions continuaient d'aller bon train entre les villageois et je regrettai à ce moment là de ne pas être né sourd pour ne pas avoir à entendre leur propos.

_ Nous n'avons qu'à le déterrer de sa tanière et lui raser la tête. On verra alors s'il fait toujours le fier une fois dépossédé de sa fourrure., suggérèrent les chasseurs.

Avec effroi, je ne pu m'empêcher d'écouter la proposition des agriculteurs qu'ils destinèrent à mon sort :

_ Nous, nous sommes plutôt d'avis que nous balançons nos torches sur cette vieille baraque et que nous le regardons brûler vif. C'est comme cela que l'on rend la terre plus fertile et ça fait crever la mauvaise herbe et le liseron !

Aussi, les bûcherons et les restaurateurs voulaient me mettre en pièce comme l'on scie un arbre ou comme l'on découpe un quartier de bœuf. Je ne sus pas à ce moment là comment je pouvais me sortir de cette impasse et je culpabilisai de les avoir trahis. Tous étaient autrefois mes amis et je regrette vraiment d'avoir été trop bavard ce jour là.Mon dieu ! Oui je regrette vraiment... J'ai vendu notre intérêt commun à tous les habitants du canton en indiquant où se trouvait notre trésor depuis si longtemps, jalousement gardé. Jamais je n'aurais dû parler à ces touristes allemands en uniforme ( sandales, chaussettes et jumelles pendues autour du cou ).

 

Jamais je n'aurais dû leur dire où se trouvaient dans la forêt de St-Michel, les coins à champignons !

Partager cet article

Repost 0
Published by berenger
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les carnets de Bér.
  • Les carnets de Bér.
  • : Cela pourra peute être vous paraitre un peu brouillon mais vous trouverez un peu de tout sur mon blog : des impressions de voyages, chroniques de concert, missives contre des organismes incompétants, à vous de voir ce qui vous interpelle le plus
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Liens