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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 16:20

       Il y a des rêves qui vous laissent un souvenir intarissable par leur bizarrerie, leur drôlerie ou  par leur caractère prémonitoire. D'autres restent à jamais gravés dans votre mémoire, par ce que pendant une chaude nuit d'été, vous vous êtes réveillé tout tremblant de peur, avec la chair de poule et l'envie d'appeler votre môman alors que vous avez trente ans et que cela fait un moment que vous avez coupé le cordon ombilicale.

                Aux environs de deux heures du matin, la température commençait enfin à rafraîchir dans mon 45 m2 de la rue d'Isly. La fenêtre grande ouverte, je constatai que le calme était  revenu dehors. Le ballet incessant des voitures s'était arrêté net, comme le cri des étudiants avinés qui semblaient être rentrés chez eux après qu'ils eurent fêtés l'obtention de leur diplôme. La télécommande de la télé dans une main, une bière dans l'autre, je parvenais désormais à me détendre un peu devant une émission crétine, que TF1 se complaisait toujours à diffuser en boucle. Pour être sur de passer une bonne nuit, je me décidai à cramer la dernière boulette de hasch que j'avais dans la poche. Je roulai mon joint méticuleusement, pinçant la langue entre mes lèvres, pour que sa forme devienne un cône parfait, sans faux-pli, puis j'allai chercher une autre bière dans le frigo. J'éclatai mon pétard devant des lofteurs qui manigançaient une stratégie infantile, un complot sans envergure à l'encontre d'un autre collocataire, qui pendant ce temps là boudait dans sa chambre. La combinaison du THC ,de la kro et la platitude du long monologue de Kevina cachée dans le confessionnal, eurent un effet soporifique sur ma personne sans équivoque. Mes paupières devinrent de plus en plus lourdes et mon esprit confus. Un voile s'abaissa devant mes yeux et je m'endormis. Je fus tiré de ma torpeur en sursautant, réveillé par une pub diffusée à un niveau sonore supérieure qui braillait : " Heu-reu-sement il y a findus ! ".

   _ Merde !, me dis-je en apercevant que j'avais renversé ma bière sur le canapé et troué la moquette, avec le mégot incandescent qui avait filé d'entre mes doigts pendant que je somnolai. Tans pis, je nettoierai demain.

       Le message  publicitaire était bien passé dans mon esprit puisque machinalement, comme un automate, je me levai en direction du frigo que j'ouvris. Puis je pris le dernier morceau de pizza que j'avais commandé à la Tramontana pour le diner. Je croquai un morceau dans la part d'oranaise froide en me dirigeant dans le salon pour éteindre la télé. Quand je me tins devant l'écran cathodique, celui-ci n'émettait plus. Plus aucun son ne sortait des enceintes de mon home-cinéma, mis à part un léger grésillement, à peine perceptible. Plus une seule image n'apparaissait derrière le verre épais de mon 36 cm, hormis une multitude de points blancs et de points noirs, comme lorsque votre antenne est débranchée, ce qui n'était visiblement pas le cas. Je pris la zapette qui elle aussi était tombée à terre pendant mon soubresaut, je changeai de chaîne, avec  le même résultat. J'enfournai le reste de la pizza entièrement dans ma bouche, me grattai la tête énergiquement en remplissant d'électricité statique mes cheveux en bataille qui tendaient vers le plafond, puis me parlant à moi-même  : " ça aussi on verra demain ". Je tendis le bras pour pousser l'interrupteur de la boîte à images. J'étais à deux doigts de l'éteindre quand un vent glacial entra dans la pièce et fit soulever les rideaux pendant que je frissonnai des pieds jusqu'en haut de ma colonne vertébrale. Avec le recul, je ne peut vous dire si à ce moment précis j'avais frissonné de froid comme j'en conclu sur l'instant, où si j'avais frissonné d'une angoisse naissante. Je refermai alors en priorité la fenêtre du salon puis celle de ma chambre puis je revins devant la télé qui grésillait toujours. Je me baissai, accroupi à son niveau, prêt à l'éteindre quand j'entendis comme un murmure provenant de la stéréo. Je faillit me tordre le cou, tellement j'avais tourné la tête vivement pour voir d'où provenait cette voix. Cela me semblait être une voix qui n'était ni humaine, ni artificielle comme le sont celles de nos GPS où de certains antivirus installés sur nos ordinateurs. C'était une voix qui parlait dans un langage que je ne connaissais pas, à laquelle mon oreille n' était pas entrainée.

     _ Mon pauvre vieux, voilà que ton esprit te joue des tours. En plus, tu te met à parler tout seul, il est vraiment tant que tu quittes cette ville !

 

                Cela faisait deux ans que je m'étais installé dans cette mégalopole en laissant derrière moi ma famille, mes amis, ma joie de vivre. Deux ans que j'alternais les petits boulots mal payés et les longues périodes de chômage dans laquelle j'étais, à l'heure où se déroulaient les événements que je suis en train de vous décrire. Deux ans sans aucune aventure amoureuse, deux ans à sortir seul dans les bars, à dormir dans les squares lorsque trop saoul j'étais incapable de rentrer par mes propres moyens.

                 Il y eut bien ma voisine de palier qui tenta de sympathiser avec moi. Elle m'invita un soir d'hiver à passer chez elle boire l'apéritif, pour me remercier de lui avoir prêté le jour où elle emménageait une visseuse électrique. L'outil lui facilita considérablement la tâche lorsqu'il fallut qu'elle monta seule, les meubles Ikea qu'elle venait d'acheter. Candice avait tout fait pour m'accueillir dans de bonnes dispositions. L'après-midi même, alors que je jouai à la playstation, j'entendis l'aspirateur s'activer de l'autre côté du Placoplatre  pendant plus d'une heure. Ensuite, avant que je n'augmente le volume de mon téléviseur, c'était le tintement de la vaisselle dans levier que je perçus puis l'odeur des cakes et des petits fours qui se faufilèrent sous ma porte. A 19 heures, je frappai à la sienne, les mains vides sans avoir pris la délicate précaution d'acheter une bouteille de vin ou un bouquet de fleur.

_ Une minute, une minute !, s'exclama t'elle sur un ton qui ne parvenait pas à masquer l'empressement et l'excitation qui la gagnait.

Il y eut un instant un brouhaha, accompagné de grands pas prècipités qui devaient faire danser le lustre du voisin de l'étage du dessous. Puis, la porte s'entrouvrit légèrement dans un premier temps,de façon à ce que je découvris la moitié du visage de mon hôtesse, coupé longitudinalement et que seule la mince brèche laissait entrevoir. Puis l'ouverture s'agrandit, la sculpturale blonde habillée en robe de soirée et maquillée comme si nous devions aller à l'opéra se tint alors devant moi et me tendit la joue.

_ Bonjour, fis-je la voix tremblotante sans esquisser le moindre geste.

_ Tu es ponctuel, c'est bien ! C'est une qualité que j'apprécie chez un garçon car je n'aime pas attendre. Entre donc, je t'en prie. Oh ! Mais tu as mis ton blouson pour venir jusqu'ici ! C'est mignon ça ! Tu craignais des intempéries dans le couloir ?

Sur l'instant, je me sentis rougir et sans un mot, je fis deux pas en avant et j'entrai dans l'appartement éclairé de la lumière tamisée des bougies et dans lequel de l'encens parfumé à la rose se consumait.

_ Donne-moi ta veste. Met-toi à l'aise. J'ai poussé les radiateurs à fond pour que tu n'ais pas froid. On ne peut pas dire que tu sois un bavard toi. On va mettre un peu de musique avec l'alcool, espérons que ça te décrispe un peu. Tu aimes Bjork ?

_ Oui beaucoup., a vrai dire, de l'artiste islandaise, je ne connaissais qu'une chanson à tout casser. Je n'écoutais à l'époque pas beaucoup de musique.

_ Cool, ça fait un point commun, me répondit-elle en clignant de l'œil. Qu'est-ce que tu veux boire ? Je fais très bien les cocktails, j'ai du champagne au frais, du rhum, un très bon whisky et aussi...

_ Une bière !, coupai-je sèchement.

_ Voilà un choix sobre et qui ne me ruinera pas. t'es sûr que tu veux pas autre chose ? C'est fête ce soir !

Je me trouvai bête et ne savais pas quoi choisir moi qui buvais de la Kro du soir au matin.

_ Et bien,  la même chose que toi.

_ Alors ce sera une surprise ! Assieds-toi je t'en conjure ! Dois-je tout te dire ?

Je pris le fauteuil qui était juste derrière-moi tandis que Candice s'empara des deux verres qui étaient posés sur la table-basse et prépara sur la plan de travail de sa kitchenette, une mixture dont elle cachait les ingrédients devant elle en me tournant le dos.

_ Au fait ? Je t'ai déjà dit que je travaille à l'aéroport de Lesquin ?

Voyant que j'avais la bouche cousue avec du fil d'or, elle faisait à la fois les questions et les réponses.

_ Oui, je te l'ai déjà dit. Et toi ? Tu bosses dans quoi ? En quoi es tu doué ? Dis-moi tout, je veut tout savoir !

_ Je fais un métier très très bien payé.

_ Ah oui ?  C'est quoi ?, demanda t'elle en posant sur la table, les verres décorés de sucre sur les bords et d'un petit parasol en bois d'allumette et en papier crépon.

_ Tous les mois, j'appel une boîte vocale pendant environ huit minutes et quelques jours plus tard, 800 euros me sont versés sur mon compte. Le calcul est simple à faire, je suis payé 100 euros la minute par.... les ASSEDICS ! Je compte même bientôt leur demander une prime d'ancienneté.

Ma blague ne suscita pas d'intérêt chez Candice. Pire, je perçus comme un soupçon de mépris sous son mascara. Elle s'était assise dans un fauteuil en face de moi, croisant ses interminables jambes avec élégance. Elle se déchaussa, enlevant le talon-haut de son pied qui était en suspend, puis en mettant son deuxième pied à nu elle justifia son geste.

_ Je n'en peut plus de ses talons qui me martyrisent les pieds. J'ai envie de me détendre enfin !

Je jetai un bref coup d'œil sur mes pompes et j'eus honte d'avoir pris les premières qui étaient à portée de main, en l'occurrence, ma veille paire de Air Max maculées de boue et percée au niveau du gros orteil gauche.

_ Bon, et si nous trinquions ?

Elle tendit son verre en se penchant verre moi, offrant à mon regard son décolleté qui baillait.

_ On se regarde dans les yeux, j'ai dit les yeux !

Je levai brusquement, d'une saccade la tête qui était restée bloquée plus bas.

_ Non, je plaisantai. Allé, tchin !

J'enlevai le petit parasol du verre dans lequel trempé encore un bâton de gingembre et je pris une grande rasade de rhum que je recrachai en hoquetant. Je répandis du liquide partout, sur mon t-shirt par les nasaux, mais aussi sur le sofa et sur la moquette en toussant.

_ Merde ! Je suis désolé., fis-je les yeux humides.

_ Ce n'est rien. C'est ma faute, je ne t'avais pas prévenu qu'il s'agissait d'une boisson d'homme, me toisa t'elle. Ne bouge pas, je vais chercher de quoi éponger ça.

Elle se leva, et se dirigea vers l'évier pour prendre une éponge. Pendant qu'elle me tournait le dos, je me levai à mon tour et je saisis ma veste.

_ Je crois que je ferai mieux d'y aller., balbutiai-je.

_ Mais non, c'est ridicule ! On a même pas entamé les petits fours.

_ Si si, ça ne sert à rien d'insister.

Je franchis la porte que je refermai derrière moi, me retrouvant sur le palier sans qu'elle eut le temps de répondre.

                Ce soir là, j'étais tellement déçu du déroulement des évènements que j'allai me coucher aussitôt rentré chez moi, il était à peine 21 heures.

Les jours qui suivirent, je restai cloitré dans mon appartement de peur de la croiser. Il était inévitable que je la revisse un jour et quand cela se produisit, elle me balança un " bonjour  Monsieur Lagaffe " tout sourire avec une expression douce et attendrie. Je ne pris même pas la peine de lui répondre. Ce fût la dernière fois qu'elle m'adressa la parole. Depuis, à chaque fois que nous nous retrouvâmes tous les deux dans le hall de l'immeuble, elle tournait la tête en me fuyant du regard et accélèrait le pas rageusement pour s'éloigner le plus rapidement possible de ma mire.

 

  J'entrai dans ma chambre et en me déshabillant, je renversai le cendrier qui était posé sur le sol, près de mon matelas sans sommier qui me servait de lit.

_ Et ça continu ! Voilà que tu vas dormir au milieu des cendres et des mégots qui puent le tabac froid !

Je frottai de la main le dessus de ma couette avant de me faufiler dans mon lit encore tiède de la veille où dormaient aussi des miettes de gâteaux que j'avais grignoté en lisant une bande dessinée. Je trouvai le sommeil rapidement et je fis un rêve étrange, un rêve que j'aurai dû prendre comme un avertissement sur ce qui se passerait ensuite :

                Je me tenais debout face à mes deux cousines dans une pièce qui semblait être une chambre d'hôpital. Les murs étaient peints en blanc, dans le fond se dressait un petit lavabo chromé et au centre, sur une table à roulette, reposait un corps recouvert d'un drap blanc. Je discutai avec les jumelles, tournant le dos au macchabé encore frais quand soudain, le bras du défunt inconnu se tendit en passant sous le tissu et me saisit le poigné.

                Je me redressai en sursaut et assis dans mon lit, je mis un instant avant de retrouver un peu de lucidité.

_ Tu vas déchirer ta carte de vidéoclub et cesser de regarder ces imbécilités de films d'horreur !,pensai-je.

J'avais déjà vu une scène semblable dans un Vendredi 13. Persuadés qu'ils avaient enfin terrassé Jason le mort-vivant, des flics emmenèrent le corps du meurtrier à la morgue d'un hôpital. A aucun moment ils n'avaient imaginé que le psychopathe reviendrait de l'au delà, interrompant en plein coït, dans un bain de sang,  une infirmière et un chirurgien se trouvant là au mauvais moment et qui se donnaient aux joies de l'adultère.

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              Je me rendormis rapidement sur cette réflexion et le cauchemar que je fis par la suite fût bien plus angoissant encore.

             J'avais les yeux fermés mais mes sens n'étaient pas tous au repos car j'entendis la pluie tomber et le vent se lever. ça soufflait fort dehors. Si fort, que le vent finit par s'engouffrer entre les quatre murs de ma piaule. Je pris des bourrasques en pleine face et je luttai dans mon sommeil de toutes mes forces pour ne pas être plaqué contre la cloison. J'eus beau essayé de me réveiller, je n'y parvins pas. Plus inquiétant encore, je sentis comme une présence. Quelque chose ou quelqu'un était entré, transporté par le souffle glacial qui tourbillonnait. Je compris que ce n'était pas le vent qui me paralysait mais cette chose malveillante qui s'attaquait à moi en m'interdisant de faire le moindre mouvement, le moindre geste. J'eus la ferme volonté de ne pas me laisser faire et de me battre. Je tentai d'ouvrir les yeux, de crier, de me débattre, de balancer mes poings dans le vide pour frapper cet ennemi invisible, mais rien de cela ne se produisit. Mon corps ne répondait pas aux ordres que commandait mon cerveau, c'était au dessus de ses forces.  Je luttai impuissant, pendant un bon quart d'heure avant que le calme ne revienne.

                 Quand je parvins enfin à sortir de ma léthargie je me levai et j'allumai les lumières. Je vérifiai si les fenêtres étaient bien fermées et elles l'étaient. Je regardai au travers du double vitrage, l'asphalte sur le boulevard était sec et le ciel était dégagé. La lune pleine qu'aucun nuage ne masquait, éclairait la rue mieux que les réverbères qu'un chien accompagné de son maitre arrosait dans un silence de cathédrale.

_ Bon sang ! Mais quel genre de champignon mettent-ils sur leurs pizzas !, protestai-je.

J'allai dans la salle de bain pour me rafraichir un peu car je dégoulinai de sueur. Je me passai un peu d'eau sur le visage et en relevant la tête, je vis mon reflet dans le miroir. J'étais littéralement vert de peur. Je me dis alors qu'un bon chocolat chaud me ferait le plus grand bien comme le préparait ma mère lorsque j'étais enfant et que je faisais un mauvais rêve. Sur la pointe des pieds, je palpai le haut d'une étagère pour saisir une tasse qui basculait dangereusement vers l'avant. Celle-ci finit par tomber, attirée vers le bas par l'apesanteur. J'eus le reflexe de la rattraper en plein vol, avant même qu'elle ne vint se fracasser sur le sol.

_ Vous n'êtes pas si maladroit qu'il n'y parait Monsieur LAGAFFE !, plaisantai-je pour me rassurer un petit peu.

Je remplis la tasse de lait que je fis chauffer deux minutes au micro-onde puis j'ajoutai du chocolat ainsi que du miel d'acacias car j'avais la gorge sèche et irritée.

  Les vertus sédatives du lait firent rapidement effet. Mon cœur cessa de battre la chamade. J'en profitai pour retourner me coucher et je tombai dans un sommeil profond que rien ni personne ne vint perturber à nouveau. Le lendemain, il était plus de midi quand je me réveillai. Bien que pendant mes longues périodes d'oisiveté, je me couchais régulièrement à des heures avancées de la nuit, je n'avais pas pour habitude de me lever si tard. Une fois sur mes deux jambes, je fis du café et j'allumai mon pc afin de faire une recherche sur le web sur ce qui m'était arrivé sur le coup de 3h30 du matin. Je souhaitai en avoir le cœur net. L'odeur du café éthiopien embauma mon séjour et je m'en délectai. Jamais je n'avais porté une telle attention à ses arômes qui m'envoutaient sur l'instant et je me dis que j'allai boire là, le meilleur café de toute ma courte existence.

Pour accompagner le petit noir qui était passé, j'allumai une Marlboro light.  Le goût acre de la fumée me sembla infecte et me brula la gorge. Je l'éteignis aussitôt tout en continuant mes investigations sur la toile. Je tombai sur le blog d'une personne qui traitait d'attaques nocturnes et de paralysie du sommeil. Des vidéos venaient illustrer les différents articles et je les consultai une à une :

                Certaines confortaient la thèse selon laquelle il existe des entités démoniaques capables de s'attaquer à vous pendant votre sommeil et prendre possession de votre corps et de votre esprit. La plupart des témoignages allant dans ce sens, racontaient la même histoire sordide à laquelle je me refuse de croire. Tous ou presque avaient vu le même spectre, qui prenait l'aspect d'une vieille femme tandis que la température de leur chambre se refroidissait brusquement.

                Les vidéos les plus cartésiennes, rassemblaient quand à elles, des interviews de neuropsychiatres qui expliquaient ces phénomènes tout autrement. Les apparitions n'étaient pas réelles. Elles étaient le fruit d'un délire que faisaient les pseudos possédés pendant des crises d'épilepsie nocturnes.

_ De l'épilepsie ? Impossible !, me dis-je. Si j'étais épileptique, avec les heures que je passais devant mes jeux vidéos, je me serais déjà retrouvé étendu sur la moquette en train de baver comme un chien enragé ou plutôt comme des escargots que l'on dégorge avec du gros sel.

J'en conclus que " ce n'était qu'un mauvais rêve, point à la ligne !" et je fermai ma session les paupières mi-closes, ébloui par les rayons du soleil qui transperçaient la vitre. Une bonne douche s'imposait car j'étais encore moite à cause des suées froides qui avaient dégringolé de mon front, du creux de mes reins. Sorti de sous la pluie d'eau chaude qui tombait du pommeau argenté, j'enfilai une serviette autour de la taille avant de me retrouver stupéfait devant le miroir de la salle de bain. Mon apparence avait changé. Mes yeux habituellement couleur noisette étaient d'un vert éclatant. Mes pupilles s'étaient allongées verticalement un peu comme le sont celles des reptiles, mon regard s'en trouvait métamorphosé. Je semblai aussi avoir maigri, ce qui n'était pas pour me déplaire. Mon petit ventre rond et mes poignées d'amour entretenues par la malbouffe et l'absorption régulière d'alcool avaient disparues au profit d'une magnifique plaquette de six carrés de chocolat qui avaenit la dureté du marbre. Tous mes sens étaient en effervescence. De l'autre côté de la mitoyenneté, j'entendis distinctement ma voisine en train de converser au téléphone avec sa mère.

_ Je t'en prie maman, ne commence pas ! Si, il y a bien mon voisin de palier, je le trouve mignon mais il semble que je le laisse indifférent. Hey ! C'est pas tes oignons !

Ses paroles étaient très claires aujourd'hui alors qu'autrefois, quand elle décrochait son portable, je ne percevais malgré-moi, qu'un léger murmure à peine audible.
Le blog de Candice.
Chers lecteurs,
je constate que vous êtes de plus en plus nombreux à lire ses pages et j'en suis toute heureuse même s'il n'est pas toujours évident de dévoiler sa vie en publique, bien que se soit de façon anonyme. Petite déjà, je tenais un journal intime que ma mère lisait en cachette lorsque j'étais partie à l'école. Une fois, alors que je rentrai à la maison plus tôt que prévu en raison de l'absence d'un prof, je la surpris en flagrant délit à fouiner, le nez dans mes affaires. Bien entendu, elle m'expliqua qu'elle était tombée dessus par hasard alors qu'elle voulait passer l'aspirateur sous le lit. Je ne sais pas si vos mamans sont aussi possessives, inquisitrices, castratrices que la mienne mais je finis toujours par me dire que si elle fait tout cela, c'est par ce qu'elle tient à moi.
Aujourd'hui encore, elle me prit la tête au téléphone comme tous les mercredis profitant que papa est parti jouer au golf, pour passer des coups de fil, sans préter attention aux longues minutes de communication qui s'écoulent. Comme à l'habitude, elle m'a demandé si enfin j'allais un jour lui présenter un petit-copain. J'ai l'impression d'être une sorte de " Bridget Jones", une handicapée sentimental quand elle m'accule avec ça ! La plupart des garçons que je rencontre ne m'intéressent pas. Souvent je les trouve trop prétentieux, trop surs d'eux ou trop bourrins excepté un que vous connaissez déjà par mon intermédiaire évidemment !
Bon, mon frigo et vide et je commence à avoir faim. Je file chez l'épicier et vous dit peut-être à tantôt ! Bizzz
      Je restai un bon moment à m'examiner devant la glace et à me demander : " comment cela était-il possible ? Comment avais-je pu subir autant de transformations en une nuit ? ". Même mon psychisme avait mué. Ma nouvelle apparence m'avait rendu plus confiant et je n'étais plus du tout celui que la société accable, le timide introverti qui se laisse marcher sur les pieds, le roi de la procrastination, celui qui est mal dans sa peau, le poivrot qui se prend un verre pour se donner du courage, le dépressif qui s'auto médicamente pour instant d'euphorie. Une faim nouvelle avait sommeillé et grandie en moi jusqu'à ce qu'elle se réveilla à la mi-journée en une immense fringale. Je voulais à nouveau croquer la vie à pleine dent. Je salivai à l'idée de satisfaire mes envies de chaire. La gorge sèche, la langue pâteuse tél un noceur à la gueule de bois, je désirai vider des tonneaux entiers de je ne sais quel liquide vital. Je souhaitai que l'on résolve toutes les énigmes que je me posai, même s'il me semblait dorénavant qu'il n'y eut pas une seule question que l'on eut pu formuler dans l'univers, sans que j'en connaissai d'avance la réponse. Il fallut que je sortisse du clapier dans lequel je m'étai terré depuis trop longtemps, il le fallut maintenant !
     Je posai sur mon nez aquilin la paire de Ray-ban que j'avais trouvé sur la banquette d'un TGV entre Lyon et Nîmes, puis je sortis prendre l'air. Dans la cage d'escalier, je me retrouvai devant celle qui me convoitait. Elle était accroupie, à ramasser des fruits qu'elle avait acheté chez le primeur du quartier et qui s'étaient échappés du sac en papier qu'elle portait. Elle ne m'avait visiblement pas entendu descendre les quelques marches menant jusqu'au premier palier car lorsqu'elle leva les yeux, elle fût si surprise de me voir dressé là devant elle, qu'elle se retrouva dans un brusque mouvement de recul, littéralement posée sur son postérieur. Sans dire un mot, avec un petit sourire narquois au coin des lèvres, je lui tendis la main pour l'aider à se relever.

_ Merci gentilhomme !, fit-elle encore tout émue. Vous m'avez foutu une de ces frousse ! Tout va bien ? Tu as les mains glacées.

Je ne répondis pas. Je me contentai de me baisser pour ramasser les quelques poires, quelques abricots et quelques prunes qui roulaient sur le sol.

_ Vos fruits sont gâtés, vous devriez les palper et les sentir avant de les acheter.

_ Je ne comprend pas !, s'étonna t'elle, quelque peu sonnée mais heureuse que je lui fasse à nouveau la conversation. Quand je les ai acheter, ils étaient beaux et fermes. Peut-être ce sont-ils abimés en tombant. Quelle belle journée nous avons là n'est-ce pas ?

_ Oui, surtout après la tempête que nous avons eu cette nuit.

_ La tempête ? Quelle tempête ?, me répondit-elle étonnée de ne rien avoir entendu.

_ Ce n'ai rien, passons. Ordonnai-je toujours en souriant. Passez une excellente après-midi ! Je repris ma route et refermai la porte du hall d'entrée en pensant : " Je m'occuperai d'elle plus tard..."

 

   Le blog de Candice.
   
Coucou amis blogueurs ! Me revoilou !
Déjà ?, devez-vous vous demander. En effet, je suis à peine revenue de chez momo avec mes fruits et légumes qui entre parenthèse me paraissent de moins en moins de bonne qualité, que je me retrouve devant mon écran à tapoter sur mon clavier. En fait, si je vous écris à nouveau c'est par ce que je viens de croiser mon charmant voisin. Je ramassai le contenu de mon panier qui était tombé à terre quand je fus surprise de le voir devant moi comme s'il était apparu, sorti de nulle part. Je fus si surprise que je me suis vautrée sur le cul. Comme j'ai du avoir l'air ridicule !
Quelque-chose a changé en lui. Il semble avoir tout à coup plus d'assurance. Sa sensibilité à fleur de peau ne transparait plus comme avant, cet aspect doux, fragile et sensuel qui m'attirait tant, envolé. Mais je continu toujours de le trouver craquant même s'il à l'air de ressembler un peu plus à ces gros matchos qui me débectent tellement. Je me demande ce qui a bien pu pousser un tél bouleversement chez lui. Peut-être a t-il trouvé l'amour et que ça l'a regonflé à bloc ? J'espère que non. Pourquoi ne s'est-il jamais intéressé à moi ? Je sais pourtant que je suis une fille attirante. Dans la rue, je sens les regards des hommes se poser sur moi. J'ai plutôt un joli minoi, une taille fine, des seins et des fesses bien fermes... Bon je sais, les felurs ne sont pas chères en ce moment. Il faudra tout de même que je tente de tirer ça au clair. Je reviendrai vers-vous des que j'aurai des news...
A bientôt ( je l'espère ! ).

      Par cette journée ensoleillée, à l'heure de la pause déjeuner, les terrasses des cafés étaient bondées. Les filles légèrement vêtues et soucieuses de pouvoir rentrer dans leur maillot de bain pour le rush de la deuxième quinzaine de juillet, mangeaient des salades composées, accompagnées d'un Perrier-citron. Les hommes qui avaient laissé leur veste de costume au bureau, dévoraient des sandwichs plein de mayonnaise, en les tenant du bout des doigts afin de ne pas tâcher leur chemise blanche et leur cravate en soie. Tous arrêtèrent de mastiquer et tournèrent la tête dans ma direction quand je passai devant eux.

                En m'approchant d'un square, j'entendis le gazouilli des oiseaux qui nichaient à la cime des arbres. J'ouïes aussi les cris et les rires des enfants qui jouaient à la balançoire et au tape-cul, sous la surveillance des mères qui assises sur un banc de pierre, papotaient entre elles. A l'instant même où je franchis le portail rouillé pour accéder dans le parc, les braillements infantiles et les mélodies ornithologiques cessèrent d'une traite. Cela me fis une drôle d'impression. Je pensai être d'un coup atteint de surdité, ce qui provoqua des vertiges. Le décor qui c'étaient subitement assombri, tournoyait autour de moi. Des feuilles mortes fraîchement flétries et des branches cassées, passaient dans leur rotation et repassaient devant l'axe que je formai. Dans un état de dissociation mentale, je me vis aussi me soulever et faire des tours de l'entonnoir d'une tornade, bien que mes pieds demeuraient immobiles. Dans mon hallucination; j'étais donc mon propre spectateur. Je me vis vêtu d'un costume impérial, danser la valse avec une jeune femme à la tête couronnée et au teint translucide qui ressemblait étrangement à Candice. Sans le moindre mouvement, ni le moindre effort, nous dessinâmes des cercles à l'intérieur du cylindre tourmenté en gravitant sur nous mêmes comme tourne la terre autour du soleil. Ces visions psychédéliques durèrent un moment, jusqu'à ce que les feuilles volantes retrouvèrent leur verdure avant de revenir se fixer sur les branches des arbres d'où elles étaient tombées, à la façon d'une cassette vidéo que l'on regarde en appuyant sur la touche " rewind " d'un magnétoscope.  Mon malaise ne fût pas pour autant terminé. Je me sentis mal, au point de vomir à mes pieds et d'éclabousser mes chaussures d' un liquide visqueux et verdâtre. Apeurées, les mères rappelèrent leurs enfants qu'elles saisirent par la main avant de déguerpir. Il me fallut quelques instants pour récupérer tout à fait. Je sortis un mouchoir de ma poche, et m'essuyai le contour de la bouche puis, je frottai mes pompes dans l'herbe haute afin d'en extraire les quelques taches de bile sirupeuse. Je bus à une fontaine, sous la gueule d'une étrange gargouille d'où sortait l'eau si rafraichissante et salvatrice. J'hésitai un moment entre rentrer chez moi ou faire ce que j'avais à faire. J'optai pour la deuxième solution car je me disais que j'avais déjà perdu assez de temps tout du long de ma vie, et qu'il me fallait dorénavant avancer.   Je commençai ma marche en avant en me rendant chez mon pire ennemi, celui que j'eus en commun avec beaucoup d'humains, mon banquier. Lorsque je rentrai dans l'agence, il se trouvait derrière le comptoir de l'accueil. L'employée à qui il avait pris le siège se tenait debout à ses côtés.

      _ Que puis-je faire pour vous Monsieur ?, me demanda t-il en me regardant par dessus ses lunettes qui tenaient au bout de son nez de la forme d'une fraise, et en continuant de pianoter sur son clavier.  

      Il transpirait à grosses gouttes malgré la climatisation qui tournait à plein régime. Son front perlait et sa chemise était trempée sous ses aisselles.  

      _ Alors ? Je vous écoute., s'impatienta t-il en remontant son pantalon qui tombait sous sa bedaine qu'il avait engraissé tout au long de sa carrière lors de diners d'affaires ou de simples déjeuners dans des restaurants luxueux, avec entrées, plats et desserts, le tout arrosé d'apéritifs, de vins et de digestifs " pour faire descendre " comme il se complaisait à le dire.

       _  Je voudrai que vous me prêtiez cinq mille euros.

       _ Nous allons voir si cela est possible, vous êtes monsieur ?

       _ Monsieur COJIN. Cela se prononce "Corine" mais il faut l'écrire C.O.J.I.N.

       _ Voyons, voyons., fit-il en scrutant son moniteur. Ah ! Monsieur Cojin, cela tombe bien, je souhaitai vous rencontrer. Je vais êtes franc. Pour un emprunt c'est niet ! Vous êtes à découvert comme vous l'avez toujours été depuis que vous avez ouvert un compte ici.

    _ Je veut que vous me prêtiez la somme de cinq milles euros est maintenant !, insistai-je en articulant lentement tout en le fixant droit dans ses quatre yeux.

Comme hypnotisé et à la fois blême de terreur, le conseiller financier se ravisa.

     _ Puisque vous le voulez, passez demain, tous les documents seront prêt pour une ouverture de crédit et nous pourrons vous virer cette somme sur votre compte mais par pitié, fichez-moi le camp !

   Satisfait de sa réponse, je souris à la jeune femme qui se tenait aux côtés de son supérieur et qui pressait contre elle de toutes ses forces, des dossiers classés dans des pochettes de diverses couleurs, rouge, verte et jaune. Elle esquissa un sourire pas rassuré pendant que je quittai la salle pas à pas, à reculons.  

   Qu'allai-je faire d'une telle somme ? Moi qui avait pour habitude de passer le mois avec à peine plus d'un dixième de ce que j'avais obtenu. Je décidai dans profiter et de dépenser sans compter. Je fis les boutiques et je me choisis des vêtements élégants et des chaussures qui allaient de paire avec mon nouveau physique de playboy. Je me rendis chez un coiffeur et me fis couper les cheveux sans rendez-vous malgré les conseils de Mlle " AUXMAINDARGENT ".

   _ Vous devriez attendre un peu vous savez ? Ce soir c'est pleine lune et lorsque l'on se coupe les cheveux les soirs de pleine lune, ils repoussent la nuit même de un centimètre.

   Ils repousseront bien plus que cela.

    Je rentrai dans mon petit meublé en fin d'après-midi tandis que le ciel s'assombrissait et que le tonnerre grondait au loin. J'essayai mes nouveaux apparats et regardai mon nouveau look dans un miroir. Autour de mon reflet, scintillait une lumière bleutée qui épousait le contour de mon buste à la manière d'une aura. Dans l'état d'esprit dans lequel je me trouvai à cet instant précis, je ne m'en étonnai guère. Soudain, j'entendis une porte claquer et un bruit de talon qui montait jusqu'à mon étage, c'était elle. En un éclair, je me retrouvai sur le palier. Candice ne m'avait pas entendu, elle me tournait le dos et fit  un tour de clé dans la serrure de sa porte d'entrée. Lorsque le loquet fût crocheté, je poussai la porte pour qu'elle s'ouvrit en grand, sans même la toucher. Surprise, elle fit volte-face avec une expression de terreur qui la défigurait.

   _ Ah, c'est donc toi, j'ai cru à un courant d'air., bredouilla t-elle.

    Son esprit semblait confus et avant même qu'elle ne chercha quoi dire, je m'avançai vers elle et l'embrassai à pleine bouche. Elle ne se débâtit en aucune façon.

 

    Pendant quelques mois après ce jour où tout avait basculé, Candice fût une compagne des plus douce et des plus aimante que l'on puisse trouver. Elle ne tenait jamais rigueur de mes nombreuses escapades nocturnes, trop préoccupée qu'elle était, par son état de santé qui se dégradait à vu d'œil. Parfois elle me disait qu'elle voulait que je lui tienne compagnie pendant ces affreux cauchemars qu'elle faisait incessamment. Des cauchemars similaires à celui que je fus dans la moiteur d'une nuit de juillet. Elle avait cessé de travailler car son état ne le permettait plus. Moi, je n'avais toujours pas repris une activité et bien que j'écoulai rapidement les cinq milles euros, gracieusement prêtés par ce pourceau de banquier, l'argent ne me manquerait plus jamais. Il me suffisait de faire les poches des corps raidis de mes nouveaux amis du monde de la nuit, qui pour quelques grammes de poudre blanche, auraient vendu leur âme au diable. Elle mourût avant même qu'elle eut le temps de souffler ses trente bougies, vidée de son flux vital et terrassée en à peine plus d'un trimestre. Je n'éprouvai pas le moindre chagrin quand un jour alors que je rentrai d'une de mes virée crépusculaire, je la retrouvai à l'aube, livide et inanimée. Je me contentai juste en la voyant, de m'endormir aux côtés de ce nouveau né du monde des ténèbres. Tous deux, nous serons à présent unis chaque fois que le jour se lèvera, blottis sous la protection du même linceul qui fût  témoin de nos ébats charnels d'antan.

 

 

Toile d'araignée.

Toile d'araignée.

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Published by berenger - dans belle frousse
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