Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 19:59

Qui n'a jamais jamais effleuré l'idée de tout plaquer pour mettre les voiles sur une île paradisiaque ?

  Qui n'a jamais désiré à un moment de sa vie, ne plus avoir à porter de blouson quelque soit la saison, sortir en boîte de nuit vêtu d'un short et d'un simple t-shirt ou encore réveillonner dans cette même tenue, assis à une terrasse en bord de mer ?
  Pendant que certains rêvent leur vie, d'autres vivent leur rêve....
 ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
   C'est la première fois que je prenais l'avion. Avant de m'asseoir à mon siège, je vérifiai où se trouvaient les toilettes de chaque côté de l'airbus A340 au cas où il y aurait une urgence. Je dépliai également le petit sac en papier qui se trouvait dans le filet fixé au dos du siège devant moi et je vérifiai sa contenance au cas ou il aurait été déjà ( presque ) trop tard. L'avion avait décollé depuis une heure et déjà nous nous retrouvâmes pris dans des trous d'air. Mon estomac s'en retrouvait sans dessus dessous. Litlle Georges qui se trouvait à ma droite, s'amusa beaucoup à me voir verdir comme un fruit dont on aurait inversé le processus de maturation. Il me taquinait  en riant aux éclats et en m'assénant des petits coups de coude dans les côtes. A chaque fois que l'articulation de son bras pressait sur moi, j'avais envie de rendre. Les 2 814 km qui séparent à vol d'oiseau Paris de la plus grande des îles Canaries risques de me sembler interminablement longs à parcourir pensai-je.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
   Nous atterrîmes à l'aéroport Sofia Reina en début d'après-midi. Le voyage c'était finalement bien passé puisque j'eus réussi à dormir un peu. Nous récupérâmes nos bagages et nous nous dirigeâmes au comptoir de l'agence avis pour prendre une voiture, réservée au préalable. C'est à bord d'une citroèn saxo qui apparemment était passée entre beaucoup de mains que nous parcourons l'île de long en large. Je pris le volant, et c'est en suivant les indications que papy m'avait laissé au téléphone que nous nous dirigeâmes en direction d'Adeje, carreaux grands ouverts. Sur l'autoroute, nous aperçûmes de chaque côté de la chaussée le paysage qui alternait entre complexe hôteliers et rocailles arides ornées avec parcimonie de cactus. Nous sortîmes de la voie rapide à Adeje pour une petite route sinueuse longeant le bord de mer jusque Puerto Santiago. Nous repérâmes vite l'hôtel Villigia Park et la galerie ou se trouvait le restaurant de mes parents. Nous prîmes une petite rue derrière l'hôtel et j'entamai un créneau en pleine côte. N'étant pas habitué à conduire un véhicule essence, je calai lors de ma manoeuvre. Une autochtone en sandalette qui passait par là s'esclaffa en me voyant peiner à garer la voiture. Elle n'avait pas terminé de s'en amuser qu'elle glissa sur des dalles mouillées et se retrouva sur le dos, les quatre fers en l'air. Little Georges et moi passâmes la tête par le carreau de la voiture et nous nous efforçâmes de rigoler bruyamment.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
   Nous laissâmes les bagages dans le coffre de la voiture et nous nous dirigeâmes vers le restaurant qui se trouvait dans une galerie marchande à ciel ouvert. Me voyant arriver, Jeff s'écria : "  Tiens, voilà les touristes ! Alors comment ça va mon grand ?
     _  Très bien merci mais quelle chaleur il fait ici.
     _  Ah ! C'est sur que ça doit vous changer du Nord de la France où il y fait toujours mauvais ! Vous devez avoir soif, je vous offre quelque chose à boire ?
     _  Ben, pour moi ce sera un verre d'eau pour l'instant.
     _ Idem pour moi, répondit little Georges.
     _ Tenez ! Quand vous vous serez désaltérés, Laurent vous montrera l'appartement où vous allez séjourner, dit Jeff en désignant d'un geste de la tête un homme de la trentaine qui portait des lunettes et avait les cheveux rasés , l'appartement appartient à Stéfano, le mec qui tiens la presse au coin de la galerie.
     _ Merci Jeff, t'as organisé ça comme un chef, fis-jeavant de m'adresser au dénommé Laurent , salut Laurent, moi c'est Bérenger et mon ami, tu peux l'appeler little Georges, tout le monde l'appel comme- ça. Tu es français ?
     _ Enchanté les mecs. Oui je suis originaire de Lyon. Les minguettes ça vous dit quelque chose ?
     _ Oui, c'est dans la banlieue sud de Lyon je crois ? Luis Fernandez a grandi là bas c'est ça ?
     _ C'est exactement ça, me répondit-il, si vous avez fini vos verres, je vais vous conduire à votre appartement, vous pourrez vous y rafraîchir. Où sont vos bagages ? Dans la voiture ?
    _ Oui, elle est garée juste en bas de la galerie, répondit Little Georges.
    _ Alors allons-y, je vais vous donner un coup de main pour les porter.
    _ On se donne rendez-vous ici pour l'apéro ?,me demanda Jeff. Papy vous a préparé une sangria pour ce soir.
    _ Et bien je vois que l'on est bien accueilli ici, me dit Little Georges.
    _ Et si vous aimez la sangria, vous verrez que celles préparées par papy sont particulièrement corsée, nous avertit Laurent en chemin.  Voilà, nous y sommes, votre appartement se trouve au deuxième étage. J'habite juste là à côté, si vous avez besoin de quelque chose, un tire-bouchon ou je ne sais quoi, vous n'aurez qu'à me siffler.
    _ Et bien c'est cool Laurent. A l'occasion, passes boire l'apéro."
 Laurent accepta mon invitation et prit congé.
Le temps de prendre une douche et de faire un rapide tour du patté de maison, l'heure était venue de retourner au restaurant goûter à la sangria de papy. Lorsque nous arrivâmes, papy nous serra la main depuis le bar qu'il occupait à la place de Jeff et m'man sortit de la cuisine et me prit dans ses bras et m'embrassa bruyamment sur les deux joues:
    _ Bonjour ma douce, vous avez fait bon voyage ?
Little Georges se mordit les joues en entendant ma mère m'appeler "ma douce". Ce soir là, nous bûmest deux pichets de sangria à la terrasse du restaurant avec Jeff qui avait fini son service. Après l'apéritif nous mangeâmes une énorme sole grillée qui dépassait des deux bords de l'assiette. Avant d'aller nous coucher m'man nous dit que nous étions invités à manger une paélla le lendemain midi à leur appartement.
 _ Ta mère fait toujours une paella le dimanche quand nous avons la visite de la famille, m'informa papy d'un air désabusé.
  _ ça tombe bien, j'adore la paella ! A demain ! 
 ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Bueno la paella de Maman ! 
  Le dimanche, je mangeai la meilleure paella de toute ma vie. Depuis le balcon où nous déjeunâmes, on avait une vue imprenable sur la mer et le petit port de Puerto Santiago.   
    _ Le matin quand je me lève, je prends les jumelles que j'ai offertes à papy et je regarde si l'on voit des dauphins. Parfois on peut d'ici les apercevoir nager et jouer au large, me dit m'man.
 Je saisis les jumelles et scrutai l'horizon.
    _ Quelle est l'île qui se trouve en face de nous ? demandai-je.
    _ C'est la Goméra. me répondit papy, on ne la voit pas bien car aujourd'hui il y a beaucoup de brume. Si vous souhaitez voir les dauphins, vous pouvez faire une excursion à bord du Flipper Uno. Le bateau part depuis Los Gigantes. C'est là où il y a les grandes falaises que l'on peut apercevoir à votre droite. Vous pouvez y aller d'ici à pied, c'est pas très loin.
    _  On prendra la voiture, rétorqua Little Georges qui n'avait visiblement pas envie de transpirer, le sourire au coin des lèvres.
 Pendant toute la durée du repas, m'man nous fit l'inventaire des différentes activités qui s'offraient à nous : " Il y a la visite du volcan, et vous pouvez passer une journée à l'aqualud, c'est un parc d'attraction avec des jeux d'eau, il y a aussi le cactus park, l'Oro park, la baie de Masca, bla bla bla ,bla bla bla.
    _ Merci pour ces précieux conseils m'man mais là ça fait beaucoup d'informations à ingurgiter d'un coup. De toute façon j'ai acheté un guide, on le consultera pour organiser nos journées et on compte bien en profiter.
   _ En tout cas, ce soir nous vous invitons au restaurant. Puisque l'on ferme le dimanche à midi, tous les dimanches on se fait un petit resto, pas vrai papy ? "
 Tout en questionnant papy, m'man lui caressait amoureusement le ventre rebondit qui tendait la toile de sa chemise à carreaux. En guise de réponse, papy grommela quelque chose d'incompréhensible.
   _  Où irions nous ? Chez l'argentin ?, lui demanda t-elle.
 S'en suivit un nouveau grommellement, suivi d'un : " Fais comme tu veux, d'ailleurs ça ne serait pas plutôt autour des jeunes de nous inviter ?
   _ Rooooooo ! Tu es rosse papy ! Tu sais bien qu'ils n'ont pas beaucoup d'argent !"
Nous passâmes la soirée dans un restaurant argentin et nous allâmes aussitôt le repas terminé nous coucher, fatigués de notre journée que nous avons passé à boire et à manger.
  -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------  Nous avions difficilement trouvé le sommeil la veille. La température extérieure affichée 26° à minuit. Le matin, nous nous levâmes de bonne heure, réveillés par la population locale qui parlait fort dans la rue. Nous descendîmes au restaurant prendre un petit déjeuner anglais, composé d'haricots rouge, de pain toasté, d'oeufs sur le plat, de bacon et d'un grand verre de jus d'oranges fraîchement pressées.  Nous décidâmes en cette journée ensoleillée d'aller voir les dauphins à bord du Flipper Uno. Nous achetâmes deux tickets pour une croisière de trois heures. Après une heure d'attente passée à la terrasse d'un café sur le port, nous embarquâmes à bord. Nombreux étaient les touristes qui avaient eu la même idée que nous. Nous fûmes serrés comme des sardines sur le bateau qui quitta à son rythme de croisière le port de Los Gigantes. Nous eûmes pas encore perdu de vue le port où nous partîmes quelques minutes plus tôt que certains se mirent à se sentir mal et à nourrir les poissons volants qui sautaient de chaque côté du bateau. Le capitaine prit un micro et s'adressa à tous les passagers dans un premier temps en espagnol, puis en anglais et enfin en français : " Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs bonjour et soyez la bienvenue à bord du Flipper Uno. Nous vous informons que le bar est ouvert et que les boissons sont à volonté.
 _ Tu entends ça Little Georges ? Je cours nous prendre une bière ?
 _  Ben ouais, il serait dommage de ne pas en profiter !"
  Avec l'accord de mon acolyte, je me rendis au bar et balbutiai dans un espagnole qui était encore hésitant : " Ola ! Dos Cervesas por favor ! Gracia." Le barmaid me remit deux canettes métalliques de 33 cl de Heineken. Je lui tournai le dos pour reprendre la place où nous étions assis qu'une nouvelle annonce au micro retentit :  " Mesdames, Mesdemoiselles et messieurs, dans quelques instants, notre personnel de bord viendra vous servir un succulent repas."
En entendant ces mots, Little Georges m'asséna un petit coup de coude dans les côtes en désignant de la tête un touriste allemand qui n'avait visiblement pas le pied marin et qui depuis le début de l'excursion, se prenait la tête dans les mains :  " Tu crois que l'on pourra piquer sa part ?
_  Je ne sais pas. En tout cas je file chercher une autre bière pour agrémenter notre repas !"
On nous servit dans des assiettes en plastiques une paella qui souffrait de la comparaison avec celle mangée la veille. En dessert, nous eûmes droit à une banane qui provenait sûrement des bananeraies aperçu aux bords des routes quelques jours plus tôt. Pour le digestif, un moussaillon fit le tour du bateau une gourde en peau de bête à la main. Lorsque nous nous trouvâmes devant lui, il suffisait d'ouvrir la bouche en grand, alors ce dernier pressa sur la gourde et nous remplit la bouche de jon-miel des molaires jusqu'aux commissures des lèvres. Le temps d'une petite digestion et le capitaine parla à nouveau au micro : " Mesdames et Mesdemoiselles et Messieurs, j'espère que vous vous êtes régalez. Nous vous informons qu'une bouteille de champagne sera offerte à la première personne qui verra un dauphin."
L'idée qu'une bouteille de champagne nous soit offerte nous mis sur le qui-vive et nous scrutâmes la mer dans l'espoir dans apercevoir un. Quelques instants plus tard, nous entendîmes une anglaise à la peau couleur rouge- écrevisse, qui s'exhaltait : " Dolphins ! Doplphins ! "  
Le bateau mis le cap à tribord en direction du doigt tendu par cette dernière et coupa les moteurs à cent mètre d'un banc de dauphins.                                                                          
 dauphins 2Nous étions assurés d'en apercevoir. La veille, lorsque j'observai la mer avec les jumelles de papy, je pus apercevoir des fermes aquatiques. Ne sachant pas ce que c'était, je demanda à papy de quoi il s'agissait.
 _ Les canariens font ici des élevages de dorades pour nourrir Flipper et ses amis, afin que ceux-ci ne s'éloignent pas trop des côtes, m'expliqua t-il.
 En face de nous, un autre bateau bondé de touristes avait aussi jeté l'encre. Nous regardâmes admiratifs le ballet aquatique des cétacés un moment puis une fois qu'ils avaient disparu de notre champ de vision, le bateau repartit à la recherche cette fois si de baleines. Nous naviguâmes une bonne heure environ quand le navire flottant s'arrêta à nouveau. Depuis le pont, nous vîmes plusieurs masses sombres dont les contours étaient floutés par les ondulations de micro- vagues. Ils s'agissaient de baleines à bosse. Malheureusement, elles resteront discrètement tapies au fond de l'eau pendant toute la durée de nos observations. Nous finîmesbaleines à bosse notre excursion par une baignade prêt de la baie de Masca. Sur le chemin du retour, des membres de l'équipage nourrissaient des mouettes en tendant un bout de pain que les volatiles venaient subtiliser des mains humaines tendues vers le ciel. De retour à Puerto Santiago, nous passâmes boire un verre et raconter notre journée à Jeff qui était de service au El normandy ainsi qu'à des clients français qui tendaient l'oreille, curieux de savoir comment c'était déroulée notre journée. Jeff nous proposa de passer à son appartement le soir même et de manger avec lui un poulet frît à l'ail. Nous acceptâmes l'invitation et nous allâmes prendre une douche et nous badigeonner de biafine pour apaiser nos coups de soleil contractés la journée. En chemin, nous croisâmes le rhonais qui me tendit une enveloppe.
_  Qu'est-ce que c'est ?, lui demandai-je.
 _ C'est un petit échantillon de ma production personelle, Me répondit-il.
J'avais déjà pu apercevoir sur certains balcons voisins du notre que les cannabiculteurs en herbe étaient nombreux ici. Le soir même, nous mangeâmes avec Jeff un poulet piqué à l'ail et passé à la friteuse tout en organisant la journée du lendemain.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
  La nuit du lundi à mardi, je ne dormis pas mieux que la veille. Mes coups de soleil au contact de mes draps trop rêches me génèrent dans ma quête de sommeil. C'est donc aux aurores que je me levai le mardi. Little Georges qui m'entendit prendre ma douche se leva aussi et c'est à l'ouverture que nous nous rendîmes au " El Normandy". Quand nous arrivâmes pour le petit-déjeuner, papy déroulait les rideaux métalliques du restaurant à l'aide d'une viceuse sur laquelle était bricolé un bras rotatif à l'aide d'un tube en fer  qui se terminait d'un crochet. 
 _ En voilà une judicieuse invention !, lui fis-je.
 Papy répondit à ma remarque en marmonnant entre ses dents : "  Ces vauriens de la galerie veulent tous me l'emprunter pour ouvrir leur magasin.
  _ Il faut vite aller déposer un brevet, vous finirez riche d'avoir découvert une invention pareille !", plaisanta Little Georges.
Papy nous servit un leche/leche, une boisson chaude composée d'un tiers de café, d'un tiers de lait concentré et d'un dernier tiers de mousse de lait, puis il nous demanda :  " Qu'avez-vous prévu de faire aujourd'hui ? "
Je lui expliquai notre programme :  " Nous allons visiter le Teide. On compte monter jusqu'au sommet par le versant Nord et redescendre par le versant Sud et revenir jusqu'ici en longeant les côtes.
_ Alors vous allez en avoir pour un moment. Faites un détour par Villa Flor et mangez-y le midi. Evitez les restaurants à touristes qui se trouvent au sommet du volcan", nous conseilla t-il.
   Aux environs de neuf heures, je pris le volant de la voiture de location et nous entamâmes l'ascension du volcan. Nous nous retrouvâmes vite à traverser les nuages que l'on prenait au début pour de la brume. Mes oreilles se bouchèrent et se débouchèrent comme elles l'avaient fait quelques jours plus tôt dans l'avion. A notre droite, l'on pouvait encore apercevoir l'océan et l'île de la Gomera que les rayons du soleil rendaient de couleur argentée.
La GomeraLe midi, nous arrêtâmes à Villa Flor et nous mangeâmes un succulent lapin à la canarienne ( conejo frito en salmojero ), accompagné des sauces rouges ( mojo rojo ) et vertes ( verde ) et de pommes de terre nouvelles cuites à l'eau de mer. Une fois que nous étions repus nous reprîmes la route en altitude tout en admirant le paysage lunaire modelé par de successives coulées de lave. La route était de plus en plus sinueuse et je passai que très rarement la cinquième vitesse. Le fond de l'air se faisait de plus en plus frais, ce qui n'empêcha pas que notre peau continuait de rougir au soleil. Nous stoppâmes la  voiture devant les grilles d'un centre météorologique que l'on ne pouvait visiter sans avoir obtenu une autorisation spéciale au préalable. Enfin, nous arrivâmes au pied du funiculaire, ultime étape pour atteindre le sommet du volcan qui était encore recouvert de neige.El Teide  Nous regardâmes le prix qu'il fallait débourser pour monter tout là haut et nous estimâmes que douze euros pour grimper de quelques mètres, c'était trop cher. Nous remontâmes en voiture et je commençai à descendre le volcan par l'autre versant. Je me perdis en route pendant que Little Georges dormait tranquillement, la bouche grande ouverte. Un fois que je retrouvai mon chemin, il me fallut conduire un long moment à vitesse très réduite le long des falaises qui bordées la mer et c'est à dix-neuf heures que nous regagnâmes Puerto Santiago complètement épuisés. Nous passâmes par le El Normandy et nous commandâmes depuis notre tabouret, accoudés au bar une bière.
 _ Grande or pequeno ?, me demanda Jeff
 _ Dois-je vraiment te le préciser Jeff ?
 _ D'accord me hermano ! Dos grande cervesas, c'est parti ! ça vous dit de passer à l'appartement ce soir ? Je vous ferai à manger .
Je le regardai avec étonnement :
 _ Tu fais à manger toi maintenant ?
  _ Oui, je vais vous préparer ma spécialité : un camembert frit avec de la confiture de fruit rouge.
  _ Et ça se mange ça ?, répondit Little Georges avec une expression de dégoût.
 M'man qui entendit notre conversation notre conversation depuis la cuisine du restaurant s'écria : "  Oui ça se mange et même que c'est délicieux ! "
Pour la deuxième soirée consécutive, nous mangeâmes chez Jeff. Après le repas, j'ouvris son frigo pour prendre une Doradaet j'aperçus une immense boîte de vingt-quatre oeufs. Je la sortis et la posai sur la table de la terrasse. Du deuxième étage nous commençâmes tous les trois à bombarder les passants, toutes lumières éteintes pour que nous ne fûmes pas repérés. Au bout d'un moment, une voiture de la guardia civil s'arrêta au pied de l'immeuble et braqua un projecteur sur la façade.
 _ Planquez-vous !, chuchota Little Georges.
Nous nous mîmes à plat- ventre sur le balcon. Le faisceau lumineux passa juste au dessus de nous pendant que nous pressions notre main sur la bouche pour que nos ricanements ne se fassent pas entendre. La voiture de police une fois repartit, nous rentrâmes dans le salon et nous discutâmes un moment dans la pénombre avant de rentrer nous coucher, le sourire au coin des lèvres.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
  Le mercredi, Jeffétait en repos. Nous le prîmes avec nous le matin après lui avoir sommé de repasser chez lui prendre un maillot de bain. Comme nous étions encore à l'époque de grands enfants, nous décidâmes de passer une journée récréative à L'Aqualud près de LosChristianos. Nous arrivâmes à dix heures pour l'ouverture du parc.
aqualudA l'entrée, une personne nous déposait un perroquet sur l'épaule tandis qu'un photographe nous tirait le portrait avec le volatile. Quand vint le tour de Little Georges, je l'entendit râler : " Saloperie de bestiole ! Il a chié sur mon t-shirt tout neuf ! C'est la première fois que je le porte ! "
 Une fois que nous nous fûmes changés dans les vestiaires nous nous ruâmes, pieds nus sur les pavés brûlants, en direction des différents toboggans qui portaient des noms tél que " Twister, tornado, Poséidon, etc." Aux environs de midi, je me blessai aux gros orteil droit. Je me rendis à l'infirmerie où l'on me fit un pansement. Les parties de glissades à hurler  "banzai" à l'intérieur de gros cylindres en plastiques étaient donc terminées pour moi. Je regardais donc Little Georges et mon frère cadet s'amusaient comme des fous depuis un transat. A 16 heures, nous nous réunîmes tous les trois pour aller assister à un show de dauphins qui se tenait dans une piscine entourée de gradins. Nous sortîmes du parc d'attraction à 18 heures et nous reprîmes la route pour Puerto Santiago.
 Nous passâmes prendre l'apéritif au restaurant. Papy nous servit des "pimientos de padron" en amuse-bouche. Les "pimientos de padron" sont des petits poivrons frîts dans l'huile avec du gros sel et servis la plupart du temps en tapas. Jeffnous expliquait que le mercredi soir, les bières étaient à un euro au Graneiro, une boîte de nuit qui se trouvait un peu plus bas, en face de la Playade Arena. Nous décidâmes d'y aller le soir même quand Little Georges s'arrêta de parler subitement. Son visage se mit à rougir et des larmes perlaient ses joues.
 _ Que se passe t-il ?, m'inquietai-je.
Jeff qui avait apparemment compris ce qu'il se passait rigola à gorge déployée.
 _ Il se passe que ton ami et le dindon de la farce ! Little Georges est tombé sur le piment qui était dissimulé parmi les poivrons.
Papy qui regardait la scène depuis le bar riait aussi, laissant apparaître des dents impeccablement blanches et rangées comme le sont celles des personnes qui portent un dentier. Little Georges reprit un peu ses esprits et sortit de son mutisme piquant :
 _ La vache, ça démonte !, se plaigna t-il en attrapant sa chope de bière.
M'man qui avait tout entendu depuis la cuisine vint déposer à notre table une corbeille dans laquelle elle avait entreposé des bouts de pain.
 _  Alors petit Georges ? Papy a encore fait des siennes ?, s'étonna t-elle faussement.  Mange du pain pour faire passer !
 _ Merci, je me suis bien fait avoir ! ça mérite bien qu'il m'offre un verre pour se faire pardonner.
 _  Papy ! Offre-donc une bière à petit Georges, ordonna la patronne.
   La nuit tombée, nous allâmes au graneiro. Jeff nous présenta Khalid, un sans-papier marocain qui était venu jusqu'ici dans l'un des nombreux boat-peoples qui s'échouent régulièrement sur les plages de l'archipel. Nous discutâmes tous les quatre accoudés au bar en nous hurlant dans les oreilles car le reggaeton que passait le DJ couvrait nos voix. Le soleil commençait à se lever quand nous quittâmes la discothèque. En chemin, nous vîmes le boulanger du village passer avec son fourgon et s'arrêter devant certaines maisons pour accrocher à la cliche des portes d'entrée, des petits sacs qui contenaient croissants et  pains au chocolat. Litlle Georges dont l'estomac gargouillait s'exclama : "  Le petit déjeuner et prêt, il suffit de nous servir ! "
Nous dérobâmes trois petits sacs en papier et nous nous rendîmes à l'appartement de Jeff, préparer un café. Nous déjeunâmes depuis le balcon où l'on aperçûmes que des mamies prenaient un bain de mer et faisaient un peu d'exercice, entre les petites embarcations des pêcheurs locaux qui étaient amarrées au port de Puerto Santiago.
Port de Puerto Santiago
 _ Et si nous allions les rejoindre ?,  demanda Little Georges avec malice.
 _ Oui ça pourrait être amusant, fis-je. On descend jusque sur le sable, de là,on se déshabille et l'on se jette dans l'eau à poil. Qu'en dis-tu Jeff ?
 Nous espérâmes que Jeff se joigne à nous mais il se dégonfla : "Vous êtes complétement félés de la cafetière !  Allez-y sans moi, je reste vous regarder d'ici. "
C'est donc à deux et en sprintant que nous descendîmes la cage d'escalier de l'immeuble depuis le troisième étage. Nous arrivâmes sur la plage de sable noir, nous nous déshabillâmes intégralement, nous déposâmes nos vêtements dans une petite barque échouée sur le sable et nous courûmes jusqu'à la mer dans le plus simple appareil en criant : "  Wouhou les cailles ! Nous voici Mitch Buckanon et son acolyte ! "
En nous voyant arriver, les têtes blanches prirent peur  et appelèrent les secours : "  Guardia civil ! Guardia civil ! "  
  _ Il vaudrait mieux que l'on traine pas trop ici Micth !, me souffla Little Georges.
  _  Oui, il parait que les flics ont la matraque leste dans ce pays, approuvai-je.
Nous fîmes quelques brasses pour regagner la terre ferme. Nous nous rhabillâmes en vitesse et nous rejoignâmes Jeff qui pouffait de rire sur le balcon. L'après-midi même, je passai au restaurant dire bonjour à ma mère qui s'afférait à préparer des hamburgers, chose qu'elle detestait cuisiner.
_  Ola ké tal mama ? 
M'man sortit de la cuisine, enleva sa toque et fit mine de rouspéter :  " Alors vous-vous êtes bien amusez ce matin à traumatiser nos retraitées anglaises ? "
Je soupçonnai mon frangin d'avoir tout rapporté.
_  Jeff t'as raconté nos exploits, c'est ça ?
_ Non, notre voisine de quatre-vingt ans qui vient déjeuner tous les jours ici à l'ouverture du restaurant vous a vu de chez elle. Elle observait l'horizon avec ses jumelles et m'a dit avoir reconnu mon ainé et un autre "petit cul blanc " se baigner nus et qu'elle avait profité du spectacle.
_ En voilà au moins une à qui ça a plu de voir deux Apollons dans la tenue d'Adam !, me vantai-je.
_  Oui sans doute mais qu'est ce que j'ai eu honte quand elle m'a dit ça ! Je me suis sentir rougir comme une pivoine !, me dit-elle en reprenant une couleur rosâtre.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
    Le jeudi, Little Georges et moi même, nous retournâmes à Los Gigantes faire du jet-ski. Pour la somme de soixante-dix euros, nous êumes le droit de chevaucher chacun l'un de ces angins une heure. Nous fîmes la course au pied des falaises autour d'un circuit balisé par des bouées en rebondissant sur nos sièges dès que l'eau faisait des ondulations.
 Nous terminâmes de meubler l'après-midi à nous baigner dans une piscine d'eau de mer dans une crique fermée. La profondeur du bassin oscillait selon les marées, il se remplissait ou se désamplissait d'en dessous les rochers qui  nous séparaient de l'océan. Nous étions équipés d'un masque et d'un tuba pour mieux observer les poissons qui barbotaient avec nous. Sur les rochers, des crabes rouges bullaient au soleil. J'essayai de grimper sur un rocher qui formait un îlot au milieu de la piscine quand je senti une vive douleur à la plante de mon pied. Je me fit piquer par je ne sais qu'elle bestiole aquatique. Je me rendis alors à l'infirmerie pour la deuxième fois durant mon séjour. J'expliquai tant bien que mal à l'infirmière ce qui mettais arrivé : "  I'm hurt in my foot. Something on the water had bitten me ! "
L'infirmière me répondit en espagnol et je ne compris rien d'autre que le mot " ensalada ".
 _ Qué ? No quiero comer !, me risquai-je à lui répondre dans sa langue maternelle.
Elle me sortit une bouteille de vinaigre et me la montra.
 _ Ah si ! Ediendo ! 
Elle en versa sur ma blessure comme l'on soigne une piqure d'abeille ce qui suffit pour soulager l'inflamation.
  Le soir même, nous nous rendîmes à Las Americas où la ville semblait être la plus animée de l'île. Nous déambulâmes dans la rue où les noctambules semblaient tous se retrouver pour y faire la fête jusqu'au petit matin. A droite comme à gauche de la chaussée, l'on trouvait pléthore de bars, de restaurants et de discothèques qui illuminaient la ville de leurs sky tracers. Devant chacune de ces enseignes était plantaient des rabateurs qui nous posaient invariablement la même question :  " Français ? English ? Deutsch ? "
Nous fîmes comme si nous ne les entendîmes pas pour ne pas avoir à écouter leur argumentaire et se laisser entrainer à rentrer dans un établissement dans lequel on ne désirait pas aller. Nous croisâmes plusieurs troupeaux de jeunes anglais complétement avinés qui beuglaient des chants patriotiques, bras dessus- bras dessous en titubant alors qu'il n'était pas encore une heure du matin. Je surpris l'un d'entre-eux dormir sur une table, torse-nu et allongé sur le ventre pendant qu'il se faisait tatouer le dos. " S'en rappellera t-il demain ? " Pensai-je. Après les rabateurs, c'était au tour de prostituées d'origines africaines de nous accoster pour nous proposer l'amour tarifé. Nous commencâmes à trouver cet endroit glauque et nous envisageâmes de rentrer quand nous nous arrêtâmes devant le stand d'une vendeuse ambulante. Sur son présentoir, étaient exposés divers modèles de feuilles à rouler, des pipes à eau et même des petites pailles en métal argenté. A la vue des pailles, je me mis à provoquer la vendeuse :  " Qué es ? Es para sniffar la cocaina ?, lui demandai-je en montrant du doigt l'un des tubes à application nasale.
_  No sé ! ",  me mentit-elle d'un air embarassé.
Nous ne finîmes pas la soirée en boîte ce soir là, comme nous avions prévu de le faire. Ecoeurés par l'endroit nous rentrâmes à une heure pas très avancée dans la nuit, sans même avoir bu un seul verre. 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
  Voilà bientôt une semaine que nous atterîmes à l'aéroport Sofia Reina. Les vacances touchaient à leur fin pour Little Georges. En ce qui me concerne, je me laissai convaincre par M'man de rester ici et d'essayer d'y trouver un travail. Je n'avais plus d'engagement contractuel puisque je n'avais pas donné suite à la proposition de mon ancien employeur de renouveler mon C.D.D pour une durée de vingt mois. Les primes de fin de contrat et l'argent des congés payés firent en sorte que je pensais avoir du temps devant moi pour trouver un petit boulot. Ce jour là, j'allai donc dans une agence de voyage dans l'espoir de me faire rembourser  mon billet de retour, en vain. J'allai également rendre visite à l'agence de location pour prolonger la bail de ma voiture de trois semaines.
  Nous visitâmes également avec Little Georges le Cactus Park ainsi qu'un parc animalier du côté de LosChristianos. Nous nous perdîmes en chemin. Nous cherchâmes notre route quand je m'arrêtai dans un village à hauteur d'un arrêt de bus pour demander ma direction à une jeune femme qui attendait son "guagua".
 _ Ola signorita ! Donde esta el cactus park ?,  demandai-je poliment à la jeune femme qui portait une fine moustache duveteuse. Celle-ci nous aida à nous orienter, je compris qu'il fallait un moment tourner sur la droite ( a la derecha ), puis à gauche ( a la izquierda ). Renseignements pris, je la remerciai et lui posai une dernière question.
_ Moucho Gracias segnorita ! Et tu pourrais te raser la moustache ?
 Little Georges s'écroula de rire tandis que je refermai ma vitre tout en appuyant à fond sur la pédale de l'accélérateur.
  Le soir, j'accompagnai Litlle Georges qui était à la quête de souvenir à ramener en France. Celui-ci acheta une bouteille de Jon-miel et un caméscope JVC à un prix défiant toutes concurrence dans l'une des nombreuses boutiques de hi-fi, viédo, photo, toutes tenues par des indhous.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 Sabado veut dire jour du Sabah en espagnol. Ce fut aussi le jour où Little Georges devait rentrer en France. Je pris le petit déjeuner au restaurant pendant que mon ami bouclait ses valises. Je discutais avec Laurent le lyonnais qui voulait m'accompagner et surtout dévorer un Double Wooper au Burger King qui se trouvait dans le hall d'aéroport. Little Georges arriva valises à la main, offrit un bouquet de fleur à ma mère et serra une poignée de main à papy qui peinait à cacher derrière ses airs d'ours mal léché, la peine qu'il avait à le voir partir. Nous montâmes ensuite tous les trois en voiture en nous allâmes à l'aéroport. Sur place, nous bûmes un verre en attendant que les guichets d'enregistrement s'ouvraient, tandis que Laurent se goinfrait avec son burger. Ensuite Little Georges enregistra ses bagages avant de nous saluer et de partir en direction de l'aérogare. S'en était fini des vacances pour lui, pas tout à fait pour moi. Je voyais poindre la fin d'une vie ancienne et ennuyeuse pour une vie nouvelle sous le soleil en bord de mer dans laquelle les dauphins jouent à faire des saltos et se rendent parfois visibles depuis nos terrasses fleuries et parfumées par le chanvre....   Nous n'étions donc plus que deux sur le chemin du retour. Dans la voiture, ça sentait le graillon à plein nez. Laurent entamait un deuxième sandwich qu'il avait pris à emporter.

_ Mmmm, ça fait du bien, il y a un moment que j'en avais envie ! ,postillonna t-il la bouche pleine.

En début de soirée, je pris l'apéritif chez Jeff où l'on pouvait assister tous les soirs à de magnifiques couchers de soleil.Couché de soleil sur la playa de arena Jeff désirait sortir puisque le lendemain, il ne travaillait pas.

_ Tu m'accompagnes au karaoké ce soir grand ?

_ Oh tu sais moi les karaokés, déjà que je n'ose pas chanter sous la douche de peur d'effrayer mes voisins.

_ Non, le karaoké, c'est le nom d'une boîte de nuit. Je ne te ferai pas chanter, rassures-toi.

_ Et bien dans ce cas, c'est d'accord !

Nous allâmes donc à la boîte qui s'appelait le karaoké. On y passait encore et toujours du reggaeton mais aussi un peu de salsa pour souffler un peu. Il devait être une heure du matin quand nous arrivâmes et il n'y avait pas foule. Les canariens devaient encore être à table à cette heure. Nous nous accoudâmes au bar.

_ Tu prends un Yega Master avec moi ?, me proposa t-il.

_ Un quoi ? Je ne connais pas !

_ Un Yega Master, c'est un alcool à base de plantes. Tu bois ça, ensuite tu n'as plus de risque d'être malade le lendemain.

_ Alors va pour un Yega Master alors !

Jeff offrit la première tournée. Je sortis mon porte-monnaie pour régler la deuxième et comme l'on ne voyait toujours personne arriver, nous décidâmes de faire une partie de billard qui se trouvait au fond de la salle. Après quelques parties acharnées, je retournai au bar commander deux Heinekens et je fis connaissance avec un quadragénaire belge qui tenait un restaurant appelé " L'Isla Bonita ". Celui-ci m'expliqua qu'il avait le mal du pays, qu'il allait bientôt retourner vivre du côté de Bruxelle et il cherchait apparemment de la compagnie pour ne pas avoir à picoler tout seul. Je lui présentai mon petit frère et c'est à tous les deux qu'il offrit un verre de wisky. Quand je voulu à mon tour payer " una otra ronda ", le belge refusa d'un bloc.

_ Laisse donc ! C'est pour moi ! , bégaya t-il car il commençait à être salement amoché.

Jeff et moi, nous bûmes jusqu'à l'aube sans a avoir a débourser le moindre centime. Je parlai à une américaine qui était assise à un tabouret au bar à ma gauche depuis un moment et je m'étonnai qu'elle comprenait tout ce que je disai. Un moment, je lui expliquai que je devai m'absenter quelques temps. Je sortis de la boîte pour me rendre aux toilettes qui étaient sur le palier. Au contact de l'air frais, ma tête se mit à tourner et ma vision se troublait. Je vacillai difficilement jusqu'à la cuvette de là où je rendis à m'en arracher les tripes. Jeff me rejoignit sur le palier :

_ ça va grand ?, s'inquietait-il.

_ Je crois que je suis cuit et tes histoires sur le Yega Master, c'est du pipo, je viens de dégobiller., répondis-je en m'essuyant la bouche du revers de la main.

Je descendis les marches qui menaient de la boîte à la rue, avec difficulté. Arrivé sur le trottoir, je m'écroulai sur le dos dans un baque de fleur en brique écrasant sous mon poid un joli bouquet d'oiseaux de paradis. Dans un moment de lucidité, je sortis mon porte-feuille de ma poche arrière et le tendis a mon petit frère agé de quatre ans de moins que moi.

_ Tiens ! Prends-le Jeff ! Qu'on ne me le vole pas, moi je reste dormir ici, j'y suis bien.

_ Non pas question que je te laisse ici ! Tu finirai par te faire ramasser par la guardiacivil. Attends-moi ici, j'appel un taxi.

_ De toute façon, je ne peut plus bouger !, plaisantai-je dans mon éthylisme profond.

Jeff appela un taxi qui nous emmena chez lui où je dormis sur la terrasse dans un lit de fortune.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

En cette matinée dominicale, je fus réveillé par des pétards et des feux d'artifice que les guanches faisaient claquer sur la plage. J'ouvris péniblement les yeux et j'assistai à une scène peu commune : Le chat de Jeff poursuivait partout dans l'appartement le chinchilla qui c'était échappé de sa cage. A un moment donné, le chinchilla fit volte-face et se mit à son tour dans la peau du prédateur et poursuivit le chat qui endossait désormais le rôle de la proie.

Je me levai, jetai un oeil dans la chambre, Jeff dormait par dessus c'est draps la bouche grande ouverte, la tête en dessous d'un ventilateur qui tournoyait sur son axe fixé au plafond. Je pris une douche froide et je descendis jusqu'au restaurant. En chemin, je m'arrêtai à la presse qui était dans la galerie pour y acheter le journal "l'équipe", celui de la veille puisque il venait fraîchement d'arriver depuis la France en avion. A l'intérieur, Stéfano regardait un grand prix de formule 1 et espérait comme tous les espagnols, que Fernando Alonzo le remporta.

Au restaurant, je pris place sur un tabouret et je dépliai mon journal.

_ Qu'est ce que je te sert ?, me demanda Papy.

_ Agua con gas y lemon por favor !

Laurent arriva à l'heure de l'apéritif au bar accompagné de son frère Céd.

_ Bonjour Bérenger, on dirait que tu as fait fort hier, tu as des petits yeux. Je me trompe ?

_ Et bien je ne comprends pas trop. J'ai bu quatre ou cinq whiskys tout au plus et pourtant j'ai un mal de crâne à me fracasser la tête contre les murs !

_ Et bien ce n'est pas étonnant que tu ais mal à la tête. Tu as vu les doses que mettent les canariens quand ils te servent ? En buvant cinq verres remplis à ras bord, tu t'es enquillé l'équivalent d'une bouteille !

M'man qui comme à son habitude avais tout entendu de notre conversation depuis la cuisine, profita d'une accalmie au niveau des commandes et sortit me faire la bise :

_ Alors on a bobo à la cabesa ?, me toisa t-elle en tapotant sa propre tête avec la paume de la main.

_ Ce qu'il faut dans ces cas là, c'est guérir le mal par le mal, me conseilla Laurent, papy ! Sers-donc un ricard à Bérenger, c'est pour moi ! "

_ A vrai dire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Mon objection ne fût pas entendue par papy qui me servit un grand verre de ricard épais comme du lait. Je le bu tant bien que mal. Je terminai juste mon verre quand Jeff nous rejoignit.

_ Salut grand ! Alors ça va mieux qu'hier ?

_ Ben tu vois Jeff, je soigne le mal par le mal.

A cet instant, m'man refit une seconde apparition au bar pour embrasser le plus jeune de ses fils et eut l'idée de m'assassiner publiquement : " Ecoutez-moi bien les jeunes, puisque nous sommes dimanche et qu'en plus aujourd'hui c'est jour de carnaval à Los Gigantes, je vous offre une tournée à tous les quatre carnaval

_ Et moi ? J'ai pas droit à un verre ? se plaignit papy.

_ Mais si, et tu m'en servira un aussi pour la peine !

_ Il y a un carnaval à Los Gigantes ? , m'étonnai-je.

_ Oui. Ton frère et moi, nous allons même y participer, m'informa Céd. "

 

C'est à nouveau complètement cuit que j'assistai au défilé de chars au bord de la route. Entre un escadron fictif des forces d'unité spéciale et des couples qui dansaient la salsa en costume traditionnel, j'aperçus Jeff et Ced défiler isolés du cortège en boitant sur des talons hauts, se prenant les pieds dans leur robe avec le maquillage qui fondait sous la chaleur et barbouillait leur visage.

_ Ola guapas ! , les interpellai-je en faisant signe de la main.

Ils vénèrent à ma rencontre pour que je puissai admirer de plus prêt leur nouvelle poitrine.

_ C'est à s'y méprendre, les complimentai-je, surtout toi Céd qui est assez fin et avec tes cheveux longs.

_ T'es un chou, me remercia t-il en faisant la moue.

_ Au fait, combien vous a coûté l'opération pour les faux nichons ?

_ Deux paires de chaussettes, me répondit Jeff.

_ Ah quand même ! Je pense que maintenant que je vous ai vu, je vais aller faire une sieste à la plage. On se voit dans la soirée ?

_ Pas de problème grand. Il y a l'enterrement de la sardine ce soir, il faut que tu assistes à ça ! Je t'appelle dès que l'on a terminé !

 

Le restaurant était fermé et mon petit frère défilait, je profitai alors de cet instant de répit pour me rendre à la plage, là où les mamy faisaient leur gymnastique aquatique tous les matins. La chaleur était accablante et il était impossible de mâcher pieds nus sur le sable noir avant d'atteindre le bord de l'eau, sans risquer de se brûler sévèrement à la voûte plantaire. Je transpirait beaucoup, le whisky suintait à travers les pores de ma peau. Comme les insulaires à la recherche d'un peu de fraîcheur, je me roulai sur le sable humide et fis une sieste au bord de l'eau, la peau mouchetée de cendres volcaniques qui me protégeaient des rayons du soleil.

Lorsque je fus sorti de ma torpeur, je jetait un oeil sur les immeubles qui faisaient face à la mer. Je distinguai l'appartement de papy et m'man. Je reconnu sur la terrasse papy qui m'observait, les jumelles vissées sur les orbites. Probablement qu'il s'amusait beaucoup à me voir cuver de la sorte. Ma gorge était sèche et j'avais la langue pâteuse. Je décidai donc de me lever et à l'aide de mon talon, j'écrivis en grosse lettre sur le sable le mot " bière" de façon à ce qu'il soit visible depuis les résidences au dessus de moi. Quand je terminai d'écrire mon message de détresse, je levai les yeux vers papy qui comprit mon S.O.S et me fit signe de monter.

 

Le soir même nous nous rendîmes Jeff, Laurent et moi à l'entérrement de la sardine. Hommes et femmes du petit village de pêcheur qu'était Los Gigantes, se déguisèrent en veuves éplorées et suivirent pendant une longue procession une sardine fabriquées en papier mâché que l'on allait bruler sur le port. Quand les premières flammes commençaient à lécher lel écailles en carton du poisson, tous sortirent des mouchoirs et émirent des beuglements exagérés. Les hommes s'enlassèrent en comprimant leur fausse poitrine, l'une contre l'autre et se consolèrent comme ils le purent en ce moment difficilement festif. La scène dura toute la durée de la crémation. Quand il ne restait plus que des cendres, tous repartirent chez eux comme des âmes perdues, d'un pas funeste, la tête baissée en regardant leurs pieds sur lesquels tombait leur longue robe noire.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le weekend fut éprouvant et je ressentis en ce début de semaine le besoin de me reposer.

Je pris d'abord mon petit- déjeuner au restaurant, comme à l'habitude quand un chien vint me lècher les mollets. Le roquet était attaché avec sa laisse à ma table.

_ Qu'est-ce que ce cabot fait ici ?,demandai-je

_ Il a passé la nuit à la maison, ses propriétaires l'ont oublié hier, me répondit m'man d'un ton tout à fait naturel.

_ Ils ont oublié leur chien ?

_ Oui, un couple d'anglais sont venus manger en terrasse, ils ont commencé à s'engueuler, la femme est partie alors son mec l'a poursuivi en oubliant le chien.

M'man était déjà prête à l'adopter : " On lui a mis un tapis au pied du lit, il n'a pas bougé de la nuit. Tu as été sage mon toutou hein ? "

Le reste de la matinée, je la passai à me prélasser au bord de la piscine de l'hôtel Villigia Park. Il suffisait que je dise à la réception que ma mère tenait le restaurant dans la galerie pour que j'eusse librement accès aux deux piscines, au sauna et au appareils de musculation de l'hôtel.

L'après-midi, j'allai au Valdes centre de Los Christianos afin d'acquérir un numéro NIE, en quelques sortes un numéro d'immatriculation à la sécurité sociale qui vous ouvre les portes pour entrer dans le marché du travail. Il était 14 heures et je me trouvai devant les portes du Valdes centre sur lesquelles était accrochée une pancarte où il était mentionné " cerrado ". Comme beaucoup d'autres établissements, le centre était fermé pendant les heures les plus chaudes de la journée, entre 14h et 17h. Je n'insistai pas et je rentrai aussitôt à Puerto Santiago sans mon sésame pour la recherche d'un emploi.

Je pris en fin d'après-midi l'apéritif au bar du restaurant. Le chien n'était plus là, sa maîtresse était passée dans l'espoir de le retrouver et elle avait passé un gros " ouf " de soulagement quand elle l'avait vu.

M'man me donna une adresse à Los Christianos qu'un vendeur de la gallerielui avait donné. Il s'agissait d'un emploi dans le time-share. Je me résolus de m'y rendre dès le lendemain.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le lendemain après-midi, je me rendis donc à Los Christianos à l'adresse que l'on m'avait indiqué. Je rentrai dans un local dont les portes étaient grandes ouvertes. Je me présentai à celui qui semblait être le boss.

_ Bonjour, je m'appel Bérenger. Je viens de la part de Hamed de Puerto Santiago. Il m'a dit qu'il y aurait peut être du boulot pour moi ici.

_ Bonjour Bérenger, moi c'est Franck. Assiez-toi, je t'en pris. Je vais t'expliquer comment nous fonctionnons.

Je m'asseyai face à lui, tournant le dos à une quinzaine de personnes affairéesà passer des coups de fil. Le boulot n'était rien d'autre qu'une vaste escroquerie qui consistait à plumer des propriétaires de time-share. Tout le personnel avait un nom d'emprunt à consonance rassurante pour amadouer les interlocuteurs qui se trouvaient à l'autre bout du téléphone. Ainsi, toutes les filles portaient le pseudonyme de Sophie Garant tandis que les gars étaient eux rebaptisés sous le patronyme de Jean-Pierre Courtois. A l'aide d'un listing, nous devions appeler des personnes en France qui possédaient des vacances en temps partagé. Nous nous faisions passer pour un groupe hôtelier désireux de racheter leur bien dans le cadre de notre soit disant expansion. Si les prospects se montraient coopératifs, nous leur faisions une évaluation aléatoire de leur bien après leur avoir posé quelques questions. Si le pigeon était alors décidé à vendre, nous l'invitions à se rendre à Ténèrife pour conclure la vente. Nous n'étions payés qu'à la commission, autant vous le dire tout de suite, je n'ai pas touché un radis de cette courte expérience dans l'immobilier. Nous étions commissionnés sur le billet d'avion que nous nous chargions de réserver avec l'hôtel, faisant passer cela comme un service que nous rendions au prospect. Ceux qui venaient à Ténèrifeétaient pour la plupart des personnes qui pensaient avoir été arnaquées et qui ne voulaient plus entendre parler de leur semaine de time-share. Une fois sur place, les pauvres se faisaient avoir une seconde fois : Non seulement, on leur rachetait la ou les semaines convoitées à la moitié du prix que nous leur avions annoncé au téléphone mais en plus, durant toute la durée de leur séjour, une équipe de vendeur aux dents longues ne leur laissaient aucun répit afin de proposer d'autre time shareà des prix beaucoup plus élevés. Si une vente se concluait, alors celui qui l'avait convaincu de venir ici à Arnakland, touchait une deuxième commission.

Une fois que Franck m'avait informé des ficelles du métier, je passai le reste de l'après-midi à faire de la double écoute avec un des employé avant de regagner Puerto-Santiago.

 

 

 

( à suivre )

Partager cet article

Repost 0
Published by berengerlapin.over-blog.com - dans voyage
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les carnets de Bér.
  • Les carnets de Bér.
  • : Cela pourra peute être vous paraitre un peu brouillon mais vous trouverez un peu de tout sur mon blog : des impressions de voyages, chroniques de concert, missives contre des organismes incompétants, à vous de voir ce qui vous interpelle le plus
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Liens