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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:30

            Durant les vacances d'été, les distractions ne couraient pas les rues de Neuneu pour les pré-ados que nous étions.
                Il y avait bien le café du père Charette à l'intérieur duquel nous pouvions passer des après-midi entières à jouer au baby-foot avec seulement deux francs en poche, parce que les buts étaient bouchés par nos mouchoirs en tissu. Le flipper, recouvert d'une épaisse couche de poussière, lorsque Ginette ne l'avait pas nettoyé avec le même chiffon qui lui servait aussi à essuyer les verres, nous le connaissions par cœur. Il fallait une coupure de courant voir une secousse sismique provocant un " tilt " de la machine pour   abandonner une partie entamée.
                En dehors de cela, nous pouvions disposer du terrain d'entrainement de l'équipe locale de football pour jouer au ballon. Celui où se déroulaient les matchs officiels nous était interdit d'accès depuis que mes camarades avaient eu un soir l'étincelante idée d'allumer un feu de camp sur la ligne de touche.
                Les plus chanceux se déplaçaient à mobylette. Les autres, admiraient les transformations faites par les propriétaires de MBK Magnum, Peugeot 103 SPX, exhibées  devant l'arrêt de bus comme lors d'une concentration : " Alors tu vois, ici j'ai mis une casquette de phare, là une barre de renfort, j'ai aussi ajouté des chromes, scié le garde-boue...
                _ Et elle est kitée ?
                _ Oui, j'ai installé un kit 50 ( sous entendu 50 cm3 ). Je peux maintenant piquer une pointe jusqu'à 80 kilomètres / heure. Compteur mobylette ! "     
                 L'été, quand les températures le permettaient, nous pouvions également nous baigner dans l'Oise aux lieu dit de la croix Guy Ferchaud dans le bois des usages et effectuer des plongeons acrobatiques du haut d'un arbre situé au dessus d'un trou d'eau. Lorsque nous rentrions de baignade, nos parents nous envoyaient aussitôt prendre une douche parce  que nous sentions la vase et aussi de crainte que nous attrapions des boutons.
                J'ai passé beaucoup de temps au bord de cette rivière parce que je pêchais aussi toutes sortes de poissons d'eau douce : perches, gardons, verrons, goujons, rotangles, grémilles, meuniers...  C'est au cours d'une partie de pêche qu'un ami, remarquable pêcheur à la bourriche pleine, et moi même qui n'avais pas eu une seule touche de la journée, que nous fîmes une fantastique découverte : Nous marchions le long de la berge nos cannes à la main quand nous découvrîmes au fond de l'eau une masse sombre d'environ deux mètres de long et dont les contours étaient déformés par les ondulations provoquées par le courant. Poussés par la curiosité, nous enlevâmes nos chaussures, retroussâmes nos pantalons jusqu'aux genoux et nous nous aventurâmes dans l'eau fraîche et peu profonde pour voir de quoi il s'agissait.  Nous avions de l'eau jusqu'à mi cuisse quand Fred la crevette nous interrompit dans notre progression :
                _ Et s'il s'agissait d'un sciure ? On devrait peut être pas trop s'approcher, des fois qu'il nous bouffe un pied...
                  Je n'étais pourtant pas le plus téméraire mais je ne crus pas à l'hypothèse qu'un monstre d'eau douce puisse vivre ici. Je cassai cependant la branche d'un arbre pour m'en servir afin de sonder le fond et toucher la masse sombre à tatillon, m'assurant ainsi qu'elle ne bouge pas au contact du bout de bâton.
                _ Tu peux approcher Fredo, il ne s'agit pas d'un animal, on dirait plutôt un bout de bois sculpté. Aide-moi à l'extirper de toute cette vase.
                Nous prîmes chacun un côté de l'O.T.N.I ( Objet Tapi Non Identifié ) puis nous comptâmes jusque trois, rassemblant nos efforts pour remonter cette masse à la surface.
                _ Génial ! Un canoë !
                Fred fût le premier à  mettre un nom sur  le mystérieux objet.
                _ Mais que fait-il là ?, demandai-je. Vite ramenons-le sur la berge et vidons-le de toute cette flotte !
                _ Ce doit-être probablement des mecs du Thiérache Sport Nature qui l'ont abandonné ici. Pas étonnant regarde, il est percé à l'avant !
                _ Ah, c'est ballot, il faudrait colmater la brèche avec je ne sais quoi pour que nous puissions nous en servir.
                Après concertation, nous cachâmes notre embarcation dans les buissons et décidâmes de revenir le lendemain pour réparer le rafiau. La nuit qui suivit, je ramai pour m'endormir, impatient que j'étais d'être au lendemain et mettre les voiles.
                 Le lendemain matin, je fis le tour du lotissement où j'habitais afin de recruter des jeunes mousses qui constitueraient notre équipage, le canoë comportait six places. Notre voisine Aliénor, la fille du gendarme et son petit ami Maxime, étaient tous deux partants pour prendre le large avec nous. Mieux que ça, les deux nouvelles recrues s'investirent complètement dans leur mission et Maxime ramena l'après-midi deux pagaies poussièreuses de son garage. Tous les quatre, nous retapâmes le navire en colmatant le trou avec de vieux chiffons et nous le remîmes à l'eau en le baptisant avec une bouteille de soda. Nous prîmes place à bord de façon à ce que chacun qui se trouvait à une extrémité du bateau faisait face à l'une des deux personnes assises au milieu, dos à dos. Nous mîmes le cap en direction d'Ohis. Peu aidé par le courant, il fallut que je pagaie tout comme Fredo qui se trouvait lui aussi à une extrémité du bateau. Parfois, nous nous  approchions dangereusement de la rive et les branches d'arbres menaçaient de nous percuter.
                _ Baissez la tête !, avertis-je en bon capitaine.
                _ Cap, à tribord !, ordonna Fredo nommé pour l'occasion second capitaine.
                C'est en changeant ma rame de côté par un brusque mouvement circulaire que Maxime se la prie en pleine figure.
                _ Désolé Maxime, ça va ?
                _ Ben ça pourrait aller mieux., zozota t-il en crachant du sang qui giclait de ses lèvres.
                La première journée nous progressâmes si bien que le lendemain, il fallut prendre nos vélos pour nous rendre là où nous avions fait escale la veille. Le surlendemain, il fallût compter sur un parent compréhensif pour qu'il nous emmene en voiture jusqu'à un autre port imaginaire.
                Peut-être que nous aurions pu arriver jusqu'à l'affluent de la Seine à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines si un violent orage n'avait pas englouti notre navire à la fin Août, signe d'un prémisse de l'été qui déclinait. Notre croisière s'étant ainsi terminée par un naufrage, annonçant qu'il était désormais temps de troquer nos marinières, nos bananas à têtes de morts et nos pagaies, pour une nouvelle tenue d'écolier, une paire de lunettes rondes et  un double décimètre. Nos envies d'évasion, coulèrent sous le poids de nos cartables. Nous tanguions devant nos exercices, au son de la voix stridente et sévère de l'institutrice que l'on refusait d'entendre comme si elle provenait de l'organe d'une sirène. Nous jetâmes l'encre sur papier en sabordant la présentation. Tel fut notre bagne jusqu'à l'été suivant...

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Published by berenger
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