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         Ce jour là, nous étions allés à Sedan, Binôme, son cousin que l'on surnommait « mardi gras »et moi-même, supporter l'équipe du Racing Club de Lens qui jouait contre les sangliers ardennais en championnat de France de ligue un que l'on appelait encore à l'époque la division un.

         Dans la voiture, à l'aller, nous buvions des canettes de bières que l'on sortait au fur et à mesure d'un pack de vingt-quatre acheté avant notre départ au magasin Auchan d'Hirson. Binôme qui conduisait sa Fiat Tipo, ne remplissait qu'à moitié le rôle de Bob, puisqu'il avalait autant que nous. Nous arrivâmes aux abords du stade une bonne heure avant le coup d'envoi et nous nous arrêtâmes dans un café jouxtant l'enceinte pour commander une peinte d'un demi-litre servie dans un gobelet en plastique. Depuis la terrasse, on assistait à des rixes opposants des supporters lensois appartenant visiblement à des groupuscules d'extrême-droite, à des sedannais qui vivaient dans les tours voisines. En attendant que les gaz lacrymogènes déversés par les tigers soient dissipés, nous recommandâmes une autre mousse avant de prendre place dans les tribunes que nous n'avions pas quitté avant la mi-temps. Pendant la pause, nous sommes allés soulager notre vessie et comme nous avions beaucoup chanté et que nos gorges étaient sèches, nous avons fait un arrêt à la buvette qui se trouvait sur le chemin, entre les gradins et les toilettes. Ne me demandez pas quel était le score au coup de sifflet final, je ne m 'en souviens plus. Ce dont je me rappelle, c'est que nous nous sommes précipités à ce que j'appelais la « Ferraille Invendable A Turin » afin d'éviter les bouchons sur le retour, et que nous avons terminé le pack de bières entamé en début d'après-midi.

 

    Arrivés à Hirson, nous avons déposé mardi-gras chez lui avant de passer chez les parents de Binôme où j'étais invité à manger. Pour se mettre en appétit, nous avons bu deux ricards en guise d'apéritif qui précédaient quelques verres de vin pendant le repas. Nous commencions, notre chauffard de l'après-midi et moi même à nous griser sous l'effet de l'alcool.

_  On va tout de même pas s'arrêter en si bon chemin ?, me dit Vince de son vrai nom.

_  On pourrait aller boire un verre au Pigeon Blanc et après, que dis-tu d'une petite virée à la chaumière ?

_ Écoute, moi ça me va !, répondis-je.

Le temps que Vince prenne une douche et se prépare, je bus une autre bibine avec Menatte, le père de mon copain de soulerie. Quand ce dernier sortit de la salle de bain, il me dit : « Tu sais Bérenger, je suis content que tu m'accompagnes faire une virée ce soir, mais je me disais en me coiffant que si tu avais refusé de sortir, je n'étais pas seul puisque je suis avec mon compère- loriot ! »

 Vince avait attrapé une infection à l'oeil droit la veille, ce qui n'entamait nullement son morale, ni son sens de l'humour.

_  Mais où vas tu chercher tout ça ?, m'esclaffais-je.

_  On est un génie où on ne l'est pas !, me répondit-il avec une note d' auto-dérision.

_  Bon, t'es toute belle ? On peut y aller ? Le pigeon blanc ferme dans une heure !, lui-fis-je remarquer en tapotant sur ma montre avec mon index droit.

_ T'as raison Pélos ! En revanche on prend ta voiture pour y aller ? 

Je n'étais pas très chaud pour conduire puisque déjà bien imbibé mais comme Vince c'était déjà sacrifié cette après-midi pour nous conduire au match, je pouvais à mon tour prendre le volant. C'est donc à bord de ma Supercinq five que nous nous rendîmes au pigeon blanc.

 

    Nous avions à peine franchi la porte du bistrot que l'on se précipitât au bar et tout en tapant du poing sur le zinc, j'interpellai le barman :

_  Tavernier ! Deux Grimms que je pisse à foison ! Merci Carpette, tu peux me la noter ? Je n'ai pas de liquide sur moi ! »

Une vingtaine de minutes plus tard, Vince me dit :

_   Dépêches-toi de finir ton godet, on s'en remet une avant d'y aller ! 

Carpette ( on l'appelait Carpette car il n'était pas très épais ) qui se tenait en face de nous de l'autre côté du comptoir et qui écoutait notre conversation d'alcoloo protesta :

_   Non les mecs. Je suis désolé. Je ferme dans cinq minutes où dans le cas contraire les flics vont se rameuter.

_ Bah, cinq minutes, c'est largement suffisant !, lui rétorquai-je.

_  Et puis tu sais Pascal, on ferait pas des bons chiens de chasse , on a pas de rappel ! , enchaina Vincent, d'ailleurs si j'avais été un chien, j'aurais voulu être un Setter irlandais, élevé à la Guiness.

_  Bon ok, mais vous-vous magnez hein ?, dit le gérant du bar en s'énervant faussement. Vince qui était visiblement en grande forme ce soir là, lui répondit :

_  Si au lieu de pinailler, tu avais remplie nos chopes, elles seraient déjà vides ! 

_ Ouais et on serrait en train de t'en recommander une autre !, lui fis-je remarquer avec une perspicacité déconcertante.

Nous entamâmes notre deuxième verre de Grimbergen quand la cloche sonna. Ca signifié que le rideau métallique devant la porte d'entrée du troquet allait se baisser. A la sortie du bar Vince me suggéra de repasser chez lui afin d'aller se réapprovisionner en « munitions ».

_ Ok, lui fis-je, mais ensuite il faudra repasser par le centre-ville pour que je puisse retirer de la monnaie. 

 

     Nous repassâmes donc chez Vince et après être passer dans sa cave, nous repartîmes en voiture à la recherche d'un distributeur de billet dans le centre-ville. Nous traversâmes une rue en sens unique quand des gendarmes postés en bord de route, fa-mas* et lampes-torche à la main, nous firent signe de nous garer sur la bas- côté.

 _   Merde, on est mal ! Cache les canettes qu'il y a sur le tableau de bord, marmonnai-je entre mes dents pour ne pas attirer l'attention.

La voiture était remplie de bières, disposées sur le tableau de bord de la voiture et dans la boîte à gant. Le véhicule devait empester de note haleine avinée.

 _ Non, ce n'est pas la peine, réfuta Binôme, si je les caches maintenant dans la précipitation, ils vont s'apercevoir de quelque chose.

A la demande d'un des officier qui braquait sa torche sur moi, je baissa mon carreau, et coupa le moteur.

 _ Gendarmerie nationale, brigade d'Hirson, bonjour !, puis en s'adressant à moi : «  Pouvez-vous me présenter les papiers du véhicule et votre permis de conduire s'il vous plait ? 

 _ Mais bien sur. ", obtempérai-je.

. Le gendarme pris mes papiers et alla les examiner auprès de ses collègues qui se tenaient en réunion près d'une fourgonnette équipée d'un ordinateur de bord sur lequel un des militaire tapotait des informations qu'on lui dictait.

 _ Planques les binouses, insistai-je pendant qu'ils avaient tous le dos tourné.

  _ Non, ils n'ont rien grillé, inutile d'attirer leur attention. 

 A ce moment là, l'hirondelle qui nous avait demandé de nous arrêter, sortit de son nid, se dirigea en direction de la cacahuète qui me faisait office de véhicule et me rendit les papiers.

 _ Vous pouvez- y aller messieurs et passez une bonne soirée ! 

Je démarra en un tour de clé et soulagé, je dis à Binôme :

  _ Ouf ! On a eu chaud, ils devaient certainement rechercher quelqu'un dont on leur a donné le signalement. Pour la peine je paie mon coup d'entrée, dès que nous arrivons en boîte ! 

 _ ça c'est une bonne idée Pélo !, s'enthousiasma Binôme.

 

    Je tenu parole quand nous arrivâmes devant le bar de la chaumière je lui demanda ce qu'il voulait boire.

  _ Une Chimay bleue / fraise et avec une paille mon bon Bérenger !

  _ Avec une paille ? Mais tu vas finir la tête dans le caniveau avec ça !, pensai-je à haute voix.

  _ Mais non, t'inquiètes. D'ailleurs tu vas prendre la même chose que moi ! 

_ Bah, pourquoi pas après-tout, même si ça nous fera pas revenir Mike Brant, je te suis.

_ Ah ! Je te reconnais bien là mon ami !, me complimenta t-il avant de passer commande à une des serveuse vêtue en tenue d'infirmière, avec la finesse qui le caractérisait :

 _ Hé biloute ! Deux Chimay bleue avec du sirop de fraise et une paille s'il te plait ! 

 

    Nous bûmes encore deux où trois trappistes jusqu'à l'aube et à la fermeture de l'établissement, j'étais complétement cramoisi.

  _ ça te dirais de conduire à ma place ?, balbutiai-je en lui tendant les clés, tu as l'air moins bourré que moi !  

  _ Vas-y, files les-moi, je me sens tout à fait capable de conduire.

 Je pris alors la place du mort et nous sortîmes du parking de la boîte en empruntant une petite allée bordée de hêtres. Au loin, nous vîmes un véhicule filer à toute vitesse sur une route perpendiculaire, poursuivie par une voiture de gendarmerie. Au bout de l'allée, nous étions à cinquante mètres d'un carrefour quand nous nous rendîmes compte que d'autres bidasses étaient postés là et nous firent signe de nous arrêter.

 _ Cette- fois-ci, on est bon, me dis-je, désolé de t'avoir laissé les clés de ma bagnole Binôme, t'es prêt pour une nuit d'hôtel tout frais payés ? 

 Il n'eut pas le temps de répondre que nous arrivâmes à hauteur d'un jeune officier. Vince baissa son carreau et tenta désespérément d'entamer la conversation :

 _ Bonjour Monsieur l'agent. J'ai vu que vos collègues tentaient d'intercepter un protagoniste qui ne voulait pas s'arrêter au contrôle ? 

Je me mordis les joues pour ne pas éclater de rire car le mot « protagoniste » n'était pas un terme qui faisait couramment parti du langage fleuri de mon pote.

  _ En effet monsieur mais ça c'est une autre histoire, en ce qui vous concerne, acceptez-vous de vous soumettre à un contrôle d'alcoolémie ? 

 La question paraissait incongrue car il n'y avait pas d'autre alternative que d'accepter de s'y soumettre.

 _ Oui monsieur. 

Le jeune homme en képi lui tendit un ballon tout en demandant :

 _ Vous-avez bu monsieur ?

_ Un verre à la fois.. Enfin je voulais dire juste un verre où deux.

_ Bien, veuillez souffler la dedans Monsieur. 

 Binôme fit mine d'avoir le souffle d'un asthmatique et souffla tout doucement dans le ballon, espérant ainsi fausser les résultats du test. Le jeune gendarme qui était bizarrement seul à nous contrôler s'énerva un peu :

  _ Plus fort Monsieur ! Vous ne soufflez pas là, vous sucez ! 

Encore une fois, je me mordis les joues pour ne pas pouffer tandis que Vince, touché dans sa virilité de thiérachien rétorqua.

 _ Mais je ne suce pas moi !

_ Alors dépêchez- vous de souffler un bon coup là dedans où je vous emmène pour une prise de sang. 

Sous la menace, Vince s'exécuta, lui tendit le ballon et en rassemblant toute la lucidité qui était en lui, tenta de renouer le dialogue.

 _ Pas trop dur le boulot a cette heure ? En plus il fait froid hein ? 

Le jeune officier ne répondit pas et se contenta d'examiner l'éthylotest en le gardant dans le creux de sa main, puis il dit alors quelque chose qui devait donner à peu près ceci :

  _ Allé, c'est bon, cassez-vous ! ».

 

    Nous nous fîmes par prier et nous repartîmes aussitôt en saluant gracieusement l'agent assermenté. Nous n'avons jamais su si ce jour là, le ballon avait était défectueux ou si le jeune gendarme nous avait fait une fleur en nous laissant filer, n'ayant pas de supérieur hiérarchique derrière lui et supposant de façon arbitarie que nous étions «  à peu près » lucide.

Ce que nous savons, c'est que ce jour là, nous avons échappé à deux fois à une suspension de permis, ça nous en sommes aussi sûrs que deux et deux font 22.

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