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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 12:38

  Cela faisait maintenant près d'un an que le président Moubarak avait été chassé de la tête de l'Egypte par le peuple qu'il gouvernait et une certaine stabilité était revenue dans le pays des pharaons. Petit à petit, les touristes réinvestissaient les lieux. Certains profitaient des superbes spots de plongée qu'offrait la mer rouge, d'autres préféraient buller au bord de la piscine des luxueux hôtels de Sharm El Sheikh. Pour ma part, c'est au moyen d'une croisière sur le Nil que je décidai de visiter le pays.

 

         Le Steam Ship Soudan avait quitté Louxor pour Assouan depuis trois jours. Trois jours que nous naviguions en admirant depuis le pont, la végétation luxuriante nourrie par les eaux fertiles du fleuve sacré. La veille, nous avions eu droit à la divine escorte de quelques crocodiles qui à la vue du bateau,  étaient sortis de l'ombre des palmiers dattiers et nous avaient suivi le corps immergé, les yeux hors de l'eau, espérant peut -être, que quelqu'un tombât par dessus-bord.

         Le lendemain matin, quelques minutes avant que le bateau ne fît escale à Edfu,  j'étais dans ma cabine et je préparai mon sac à dos que je remplissais de bonbons, de stylos, de briquets et autres objets publicitaires. Une voix se fit entendre au micro. D'abord en  anglais puis en allemand, la jeune femme qui s'occupait des excursions, pria les personnes qui avaient réservé la visite du Temple d'Horus à descendre les premiers puis, d'attendre bien sagement sur le quai. Je fus le premier à débarquer. Dès que j'eus posé le pied sur le sol, une foule de mômes se ruèrent vers moi et me réclamèrent des cadeaux. Je distribuai des poignées de sucreries, de crayons que j'avais enfoui dans mon sac et satisfaits, les garnements retournèrent en courant, jouer à martyriser une chèvre qu'ils avaient pris pour cible en jetant des cailloux. Une vieille femme qui avait les habits en lambeaux, un foulard sur la tête s'approcha de moi en courbant l'échine et me parla dans la langue arabe que je ne comprenais pas. A la fin de son monologue, elle me tendit une amulette qu'elle me supplia de prendre.

         _ C'est une croix de Ankh., m'informa un accompagnateur qui avait suivi toute la scène. Elle est symbole d'éternité. Cette femme te l'offre car tu as su te montrer généreux avec les orphelins. Porte là autour de ton cou et son pouvoir magique te sera bénéfique dans la vie, comme après la mort.

         Bien que je ne portai aucun crédit aux croyances ésotériques de la vieille femme, je pris l'objet et pour la remercier, je me prosternai devenant pour le coup presque aussi arcbouté qu'elle, qui croulait sous le poids des années.

         Le soir, je dînai sur le bateau en compagnie d'un couple d'anglais avec qui j'avais sympathisé pendant notre escapade matinale. Je n'avais pas encore bu mon thé qui terminait le repas, que je ne me sentis pas très bien. Mon ventre gargouillait comme un siphon de lavabo que l'on vidait par ce que j'avais mangé ( et ça, je ne l'appris que trop tard ), de la salade que les commis de cuisine avaient lavé dans les eaux troubles et souillées d'excréments d'animaux du Nil. Je pris congé en m'excusant auprès de mes nouveaux amis et d'un pas pressé je traversai le couloir qui menait jusqu'à ma cabine. A mi-chemin, je croisai la demoiselle des excursions qui avec son nez aquilin, ses lèvres fines, de grands yeux noirs, ses cheveux qui l'étaient tout autant, coiffés et tirés dans un long  carré, avait la beauté de Cléopâtre.

            _ C'est une bien jolie chose que vous portez là!, me fit-elle en désignant du bout de l'index l'amulette.

            _ Oui, une vieille femme me l'a donné à Edfu.

         _ Alors vous devriez toujours la porter !, fit-elle en souriant. Écoutez Monsieur Kaninchen, je suis une de vos plus grande fan. J'ai lu toutes vos publications, même s'il n'est pas facile de les trouver ici. Heureusement, ma soeur me les ramène à chaque fois qu'elle se rend en occident.

         _ Et bien tout ceci est très flatteur, merci., balbutiai-je en rougissant, ému par tant de charme et de grâce.

         _ Mais ce n'est pas pour cela que je vous ai interpellé Monsieur Kaninchen. Je sais tout ce que l'on peut savoir sur vous et je sais que vous êtes une personne avide de sensations fortes. C'est pourquoi j'ai quelque chose a vous proposer.

         _ Qu'est-ce donc ?

         _ La plus étrange et la plus mystérieuse des excursions. Nul part ailleurs, on vous proposera une telle aventure et c'est tout abasourdi que vous en reviendrez.

         _ Et que dois-je faire pour y participer ?

         Elle fouilla quelques instants dans la poche de son pantalon et me tendit une pièce de dix piastres.

         _ Tenez ! Mettez cette pièce dans votre bouche avant de vous endormir comme s'il s'agissait d'un médicament sublingual et on viendra cette nuit vous chercher.

         _ Vous viendrez me chercher ?

         _ Pas moi, je ne m'incluais pas dans le  "on". Quelqu'un viendra.

         Cette dernière phrase mit fin à tous mes espoirs de la retrouver dans ma cabine et la déception devait se matérialiser sur mon visage. Alors, je pris la pièce avant de saluer mon interlocutrice en promettant de lui faire un résumé le lendemain de ma sortie nocturne.

        

         Assis sur ma couchette, je contemplai la pièce de monnaie que je tournai et retournai dans le creux de la main, un coup côté pile, un coup côté face.

        _ Mais pourquoi diable dois-je me la mettre sous la langue ?, me demandai-je. En voilà une idée bizarre !

        J'écoutai néanmoins les conseils de la jolie demoiselle des excursions et je mis le petit disque de bronze dans ma bouche avant de m'allonger. Pendant un bon moment, le goût métallique qui envahit mon palais, m'empêcha de trouver le sommeil mais je m'efforçai de ne pas y penser. Il était près de minuit quand je parvins enfin à m'endormir.  Cette nuit là, bien que mes yeux étaient clos et que je ne pouvais lutter pour les ouvrir, j'avais parfaitement conscience d'être sur un bateau qui avançait mais j'avais l'étrange sensation que petit à petit, la cale s'enfonçait dans les profondeurs. " Faisions-nous naufrage ? " je n'entendais ni sirène, ni cri. Tout semblait parfaitement calme malgré la dangereuse descente qu'entamait le navire vers les abysses. J'évitai de justesse un cauchemar dans le quel je serais probablement mort par noyade grâce à quelques gouttes d'eau qui me réveillèrent en tombant sur mon front. Un peu groggy, je me redressai et je cherchai en fixant le plafond d'où pouvait provenir cette fuite. L'obscurité était d'une telle opacité que je ne pus distinguer quoi que ce soit au dessus de ma tête ou à travers le hublot. Je décidai de descendre de la planche de bois qui me servait de lit à la recherche de l'interrupteur de la lampe de chevet. Je lançai mon pied dans le vide mais celui-ci au lieu d'atteindre le sol, entra en contact avec de l'eau fraîche. Je sursautai de surprise quand mon pied fût mouillé, ce qui fit tanguer mon lit de fortune. Je restai immobile un moment afin de stabiliser l'objet flottant sur lequel je me trouvai tout en essayant de me concentrer.

           _ Où suis-je ? Est-ce l'excursion dont m'avait parlé Béroukhia qui a commencé avant même que je ne m'en rende compte ?

           Mes yeux commencèrent à s'habituer à l'obscurité et je discernai maintenant les parois rocheuses qui m'entouraient et d'où l'eau s'écoulait au dessus de moi. J'étais dans une grotte. mes mains palpèrent tout autour ce qui était à ma portée et l'information qui remonta à mon cerveau me fit comprendre que je me trouvai dans une barque. Celle-ci semblait être tirée de l'avant par une longue corde sans fin. Droit devant-moi, une barrière s'approchait. Elle traversait le cours d'eau, faisant obstacle à ma progression un peu à la manière d'un poste de douane. D'ailleurs sur la berge, se dressait un étrange gardien qui devait surveiller les allés et venues d'un côté et de l'autre du poste de contrôle.

           _ Halte là !, ordonna celui armé d'une lance qui à ma grande stupeur n'avait plus de peau sur les os. Si vous souhaitez vous rendre au royaume des défunts, il vous faut une chose essentielle.

            _ Le royaume des défunts ? Mais je ne suis pas mort !

            _ Hé bien voyons ! Ils disent toujours ça quand il faut s'acquitter du droit de passage., se parla t-il à lui même. Puis, s'adressant à moi ; Quoi qu'il en soit, il est impossible de faire demi-tour que vous soyez en vie ou non. Si vous l'êtes vraiment, vous devez continuer votre chemin dans ce sens, jusqu'à ce que vous ayez fait un tour complet comme Ra, notre dieu qui chaque matin, renaît après avoir bouclé la boucle que constitue ce parcours. Ouvrez-donc la bouche que je vous prélève de votre du. Plus grand !

            Je m'exécutai et le squelette enfonça ses doigts décharnés, d'un blanc éclatant dans ma gorge jusque j'eus des hauts de coeur  puis, il en retira les dix piastres que j'avais du avaler pendant que je dormais.

            _ Voilà qui fera l'affaire. Je vous souhaite un bon voyage M. Kaninchen., dit-il en actionnant un levier qui fit lever la barrière.

            _ Mais comment connaissez-vous mon nom ?

            _ Nul n'a besoin de se présenter devant moi cher Monsieur. Accrochez-vous car vous allez sérieusement être secoué. Au revoir !

            Ces derniers mots furent à peine audibles tant la barque avait pris de la vitesse en s'éloignant du péage. J'étais maintenant dans des rapides et à genoux. Je tentai tant bien que mal de garder l'équilibre pour ne pas chavirer.  Tout près, un bruit assourdissant se faisait entendre. C'était celui d'une chute d'eau et bien que je cherchai comment y échapper, l'issue était inéluctable maintenant que j'étais à deux doigts de dégringoler en bas, dans les tourbillons. Je fis une chute vertigineuse qui dura plusieurs minutes mais juste avant de m'écraser en contre bas, je fus happé par un immense crocodile qui jaillit hors de l'eau. Comme soufflé par une terrible vague, je fus balancé à droite, à gauche, tout du long du conduit digestif du gigantesque animal. Quand je me stabilisai enfin, je semblai à nouveau être à l'intérieur d'une caverne sur une berge où l'on avait dressé un autel. Je m'approchai de la lueur des bougies qui scintillaient et une longue procession d'hommes et de femmes â tête de faucon, de scarabée, de chacal... vinrent à ma rencontre. J'étais en caleçon en train d'essorer mes habits quand l'une de ces divinités s'adressa à moi.

         _ Avez-vous fait bon voyage Monsieur Kaninchen ?

         _ Et bien la dernière partie fût un peu mouvementée, merci de vous en souciez.

         _ Mais ça ne peut-être rien en comparaison à ce qui peut vous attendre pour la suite.

         _ Vraiment ? Et que me réserve la suite ?

         _ Tout dépendra de ce que dit la balance., Répondit celui qui semblait être Osiris, désignant du doigt l'autel où se trouvait une petite balance de Roberval.

          _ Ce que dit la balance ? Je ne comprends pas.

          _ C'est bien simple, nous allons vous arracher le cœur et le déposer sur l'un des plateaux de cet instrument de mesure. Sur l'autre, nous déposerons une plume. Si votre cœur est plus léger que la plume, cela signifie qu'il est pur, alors vous irez au paradis. Sinon...

          _ Sinon quoi ? Il est hors de question que vous me mutiliez, je ne me laisserai pas faire !

          _ Vous devez vous plier au règle Monsieur Kanichen, vous n'avez pas le choix ! Gardes, attrapez-le !

          Des ombre surgirent dans mon dos, me saisirent les bras et les jambes et m'empêchèrent de bouger.

          _ Lâchez-moi, lâchez-moi, vous êtes complètements fous !

          Osiris s'approchait à petits pas de moi et lorsqu'il se tint à un mètre, il enfonça sa main dans ma poitrine qui se déchira comme du papier.

          _ Non ! Cessez ! Je vous en prie cessez.

          Toute l'assistance se félicitait de voir mon palpitant extrait de mon corps et battre dans la main d'Osiris. Ils manifestèrent leur joie en émettant des ronronnements et des miaulements.

          _ Miaou, Miaou !, firent-ils tous en cœur.

 

          Quand je me réveillai enfin pour de bon, la première chose que je vis en ouvrant les yeux fût un magnifique chat serval qui debout sur mon torse, me chatouillait le nez avec ses grandes moustaches. Il disparût complètement se volatilisant dans l'air quand il s'aperçut que j'avais repris conscience. Encore bouleversé par l'affreux cauchemar que je venais de faire, je me mis à la recherche du félin dans ma cabine. Je soulevai mon sac voir s'il était dessous, il ne l'était pas. J'ouvris les placards pour voir s'il se trouvait allongé sur mon linge, il ne l'était pas non-plus. Je m'habillai en vitesse et je partis à la recherche de ce coquin de matou sur le pont, dans le restaurant, je fouillai même les canots de sauvetage sans résultat. Quand je passai devant le bureau des excursions, Béroukhia m'interpella.

           _ Bonjour Monsieur Kanichen. Vous avez-passé une bonne nuit ?

           _ Ne m'en parlez-pas, j'ai fait un affreux cauchemar. Auriez- vous vu un chat ? Il se trouvait dans ma cabine à mon réveil et il à pris la poudre d'escampette. Je me demande où il peut bien être.

           _ Il doit probablement être repartit là où il est venu vous chercher, au royaume des morts dont il est le gardien. Vous aviez plutôt l'air de vous y plaire là bas, heureusement qu'il a pu facilement vous repérer grâce à la croix de Ankh que vous portez car vous n'étiez visiblement pas décidé à revenir. Ne vous avais-je pas dit que vous feriez là la plus étrange et la plus fantastique des excursions ?   Sphinx

           

 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 23:50

   Cela faisait plusieurs heures que je roulai à tout allure mais je dus lever le pied de l'accélérateur car je venais de quitter l'A13 pour de la nationale. Sur la banquette arrière, les enfants dormaient à point fermé, comme ma compagne côté passager, la joue écrasée contre la vitre.  Longtemps, je fus tenu en éveil par une émission rock et ses rifts cinglants que crachait mon autoradio réglé sur une FM locale. J'en changeai la fréquence une fois que j'eus passé le péage car depuis la N176, la station n'émettait plus. Je tombai sur un programme jazz qui amenait avec ses quelques notes, calme et sérénité dans l'habitacle. A l'extérieur, il faisait nuit noire. La lune avait beau briller de mille feux, son reflet fût stoppée tout là haut par la cime des pins qui longeaient les bas côtés. Même les phares de l'auto, eux aussi peinaient à percer l'obscurité. Il me fallut une concentration de chaque instant pour que je puisse continuer à avancer dans ces conditions. la lune

   Aux alentours de Saint-Pol de Léon, je vis un panneau qui indiquait une aire de repos à une dizaine de kilomètres.

   _ Les enfants ! Réveillez-vous, nous allons faire une halte.

   _ On est bientôt arrivé, papa ?, me demanda ma fille, l'aînée de la fratrie.

   _ Non, pas encore mais j'ai besoin de faire une petite pause alors si vous avez envie de pipi, c'est le moment.

   _ Moi, j'ai pas envie de descendre !, bougonna le cadet qui malgré ses sept ans et le fait qu'il se préparait à rentrer au cours élémentaire, restait pour sa mère un gros bébé.

Son espiègle grande sœur se solidarisa de lui et décréta qu'elle aussi ne descendrait pas de voiture. Je secouai le genou gauche de ma femme qui grommela avant d'ouvrir les yeux.

   _ Qu'est ce qu'il y a ?

   _ Je vais bientôt m'arrêter donc si tu veux te dégourdir les jambes...

   Ces vacances dans le sud du Finistère devaient être celles de la dernière chance pour le couple que l'on formait. Après dix ans de mariage, nous ne parvenions plus à communiquer autrement qu' en élevant la voix. Ma femme me reprochait souvent de ne jamais être à la maison. Selon ses dires, j'étais partagé entre mon boulot et ma passion pour la musique sans me préoccuper d'elle et de voir les gosses grandir. Ce n'était tout de même pas ma faute si des clients peu scrupuleux me dérangeaient pendant ma pause dominicale, prenant des airs catastrophés au téléphone  après avoir trouvé notre numéro dans les pages blanches de l'annuaire. Quant à la musique, il était hors de question que je renonce à jouer de la basse. J'avais dû il y a une vingtaine d'années déjà, faire une croix sur une honorable carrière de footballeur amateur car un dimanche après-midi, mon genou droit s'était brisé sur un tacle trop appuyé d'un joueur de l'équipe adverse. La musique m'avait beaucoup aidé à l'époque à digérer cette épreuve et à retrouver un groupe d'amis avec qui je jouais dans des bars ou sur des bals car mes anciens coéquipiers du club l'A.S Rouvroy m'avaient laissé tomber dans l'anonymat en ne me donnant plus aucune nouvelle quelques semaines seulement après le tragique incident.

    _ Merci mais je ne veut pas descendre.,répondit-elle alors que je m'étais engagé sur la voie de décélération qui menait à l'aire de repos.

   Je me garai en épi près du bloc sanitaire et coupai le contact. Je fouillai dans le vide-poche à la recherche de mes cigarettes puis je sortis de voiture. J'allumai une clope et la grillai, appuyé contre la portière côté passager alors qu'un van tagué, bariolé de toutes les couleurs vint s'arrêter à côté de nous. Trois anarchistes qui revenaient d'une rave-party en descendirent. Une jeune femme coiffée d'une crête verte astiqua les piercings qu'avait le chauffeur aux coins de la bouche en les léchant avec provocation. Pendant ce temps là, le troisième du groupe se roulait un joint en secouant la tête au rythme des BPM qui faisaient trembler la fourgonnette toute entière.

   _ Putain ! Merde, fait chier !, hurla ce dernier.

   _ Qu'est ce qu'il y a Speud ?, demanda la punkette en collants troués.

   Celui qui ressemblait comme deux gouttes d'eau au gentil crétin du film Trainspotting venait de déchirer la feuille à rouler en renversant le mélange shit/tabac sur le sol.

   _ C'était notre dernière cigarette !, se désespéra t-il.

   _ Ce n'est pas grave. Le gentil Monsieur va gracieusement nous en offrir une. , répondit-elle en s'approchant de moi en mastiquant un chewing-gum avec la grâce d'un bovidé.

   Je lui tendis une Marllboro-light qu'elle saisit du bout de ses doigts vernis de noir, en me fixant dans les yeux et faisant des bulles avec la pâte au chlorophylle.   

   _ Dommage que ta pétasse et tes mioches dorment à l'intérieur, car je t'aurai bien emmenéderrière ces buissons pour te donner une petite récompense.

   Elle conclut ses propos en feignant tenir quelque-chose dans sa main, ce quelque-chose  qu'elle porta à sa bouche dans un mouvement de va et vient. Elle termina de mimer son acte en crachant dans ma direction un glaviot qui finit sa course à quelques centimètres de ma chaussure avant de se retourner en éclatant de rire. 

   J'écrasai mon mégot sur le sol en essayant de ne pas trop prêter attention à ce petit groupe trop bruyant puis, j'entrouvris la portière de ma 307 de fonction et je glissai la tête à l'intérieur.

   _ Chérie !, à mon premier appel, ma femme ne répondit pas. Chérie !

   _ Quoi ?

   _ Ferme la voiture de l'intérieur, ces zouaves ne m'inspirent pas confiance !

   _ Mais où vas-tu ?

   _ Je vais là ou les cochons vont sans le dire., plaisantai-je en tendant le cou vers elle, la bouche en cœur.

   Au lieu de me donner le baisé escompté, mon épouse tourna la tête dans l'autre direction et referma les yeux.

   _ D'accord, je verrouillerai la voiture mais ferme la portière, les gosses vont attraper la crève.

   De retour du petit coin, je m'aperçus à mon grand soulagement que le Van n'était plus là. A la place où il était stationné, les teufeurs avaient laissé une demi-douzaine de canettes de bière vides. Avant de reprendre la route, je fis quelques étirements contre un banc et une table en bois pour soulager mes jambes ankylosées. Je bus aussi une canette de Redbull en espérant que la taurine qu'elle contenait me tienne suffisamment éveillé pour que je n'eusse à ne plus m'arrêter jusqu'à ce que nous arrivâmes à destination.

   Quelques heures plus tard, la boisson énergétique ne fît plus effet déjà. Je me retrouvai au volant dans un état second,  comme devaient l'être les jeunes drogués que nous avions croisé sur l'air de repos, à ce moment précis. Mes yeux ne demandaient qu'à se fermer alors que ma mâchoire se crispait, je me retrouvai en descente comme si j'avais absorbé une de ses petites pilules qui vous font danser durant toute la nuit. Je fus pris aussi de tremblement et immédiatement, je mis cela sur le compte du Redbull dont je venais de découvrir les effets néfastes. Bien entendu, tout le monde dormait à nouveau et je n'avais personne pour me faire la conversation. Je baissé de quelques centimètres la vitre côté conducteur, espérant qu'un peu d'air frais me ferait le plus grand bien.

   _ Papa, ferme le carreau, j'ai froid !, se plaignit ma fille.

   _ Oui, tout de suite ma puce.

   Quelques instants plus tard, je constatai en scrutant dans le rétroviseur central qu'elle c'était rendormie. Je continuai de lutter, avalant les kilomètres car je voulais que nous arrivâmes à destination avant l'aurore pour que ma petite famille et moi même, nous assistâmes au lever du soleil depuis la plage. J'étais à bout de force quand nous traversâmes la mythique forêt de Brocéliande. Plus je m'enfonçai au coeur de la forêt, plus mon autoradio émettait mal jusqu'à ce que je ne puisses entendre qu'un vaste crachin brouillé. Sans musique, il m'était de plus en plus pénible de piloter. Je clignai des yeux à une fréquence de plus en plus rapprochée et plus je les fermai, plus je peinai à les rouvrir. A demi conscient, les mains toujours positionnées à dix heures dix sur le volant, mon esprit commençait à me jouer des tours. D'abord, je vis mon tableau de bord s'éteindre et s'allumer par atermoiement. Ensuite ce sont des voix que j'entendis sortir des enceintes. Plusieurs voix roques et lugubres qui murmuraient " slaughtered, slaughtered ", ce qui me fis frémir et sortir de ma torpeur dans un sursaut. Très vitre, je dus m'assoupir à nouveau. Lors de ma micro-sieste, je lâchai le volant et celui-ci se mit à tourner tout seul lorsque des virages s'annonçaient comme si j'avais activé le pilotage automatique. La calandre fendait le brouillard d'un air décidé et je n'avais rien d'autre à faire que de regarder les bornes kilométriques défiler sous mon regard. Soudain, les voyants du tableau de bord se mirent à clignoter à nouveau alors que le moteur continuait de ronronner. Au loin, une faible lueur apparut à l'horizon. Une lumière qui scintillait dans la pénombre comme un spectre et qui répondait aux appels que mes phares émettaient sans mon intervention. Elle semblait s'approcher, se faisant de plus en plus dense jusqu'à l'éblouissement.

   _ Oh mon dieu !, me dis-je terrifié en m'apercevant que la lumière provenait du van des teufeurs et qui fonçait droit sur nous.

   Je tentai de reprendre le volant pour dévier la direction que prenait ma voiture mais je ne parvins pas à le tourner comme si le neiman était bloqué. Pire, la voiture accéléra et l'accident frontal semblait inéluctable. Ma vie se déroula devant mes yeux alors que le van s'approchait dangereusement en klaxonnant.

   Il ne se trouvait plus qu'à quelques mètres quand je perdis connaissance. Je fus réveillé par les sanglots de ma femme qui me suppliait :

   _ Chérie ! chérie, je t'en prie réveil toi !

   Lorsque j'ouvris les yeux, je me vis étendu sur un sol carrelé, gisant dans une marre de sang. 

   _ Où suis-je ?, me demandai-je. A l'hôpital ?

   Ma femme se tenait accroupie et penchait la tête vers moi mais c'est de dos que je la vis. J'assistai à la scène comme si le corps qui était allongé, inerte, près de l'urinoir n'était pas le mien, mais celui de quelqu'un d'autre.

   _ Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? Mais qu'est-ce qu'il ton fait ?, hurla t'elle, me tenant dans ses bras.

  Alors je réalisai ce qui arriva : Je n'avais jamais quitté le bloc sanitaire où j'étais allé pisser. Jamais je n'avais repris le volant après ma rencontre avec les toxicos. Je me souviens maintenant que je me lavai les mains quand je relevai la tête, voyant dans le miroir derrière mon reflet, le grand Speud, le visage rageur, la bave au lèvres, soulevant un marteau, prêt à me fracasser le crâne. Celui-ci n'avait pas supporté la provocation à connotation sexuelle que m'avait faite son amie. Déjà il fallut qu'il supporta que celle avec qui il avait grandi partageant les mêmes classes de la maternelle au lycée, lui crève le coeur en se tapant son meilleur ami, cette ultime défiance alors qu'il était sous l'emprise du LSD, fût la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

   _ Ne part pas ! Je n'ai pas eu le temps de te dire au combien je t'aime. Je t'en supplie, ne part pas, je t'aime !

   Se furent les dernières paroles que j'entendis sortir de sa bouche avant que tout ne se dissipe devant mes yeux. Il était désormais temps que je me dirige vers la lumière, celle qui au bout du tunnel brille comme des feux d'automobile allumés.

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 16:20

       Il y a des rêves qui vous laissent un souvenir intarissable par leur bizarrerie, leur drôlerie ou  par leur caractère prémonitoire. D'autres restent à jamais gravés dans votre mémoire, par ce que pendant une chaude nuit d'été, vous vous êtes réveillé tout tremblant de peur, avec la chair de poule et l'envie d'appeler votre môman alors que vous avez trente ans et que cela fait un moment que vous avez coupé le cordon ombilicale.

                Aux environs de deux heures du matin, la température commençait enfin à rafraîchir dans mon 45 m2 de la rue d'Isly. La fenêtre grande ouverte, je constatai que le calme était  revenu dehors. Le ballet incessant des voitures s'était arrêté net, comme le cri des étudiants avinés qui semblaient être rentrés chez eux après qu'ils eurent fêtés l'obtention de leur diplôme. La télécommande de la télé dans une main, une bière dans l'autre, je parvenais désormais à me détendre un peu devant une émission crétine, que TF1 se complaisait toujours à diffuser en boucle. Pour être sur de passer une bonne nuit, je me décidai à cramer la dernière boulette de hasch que j'avais dans la poche. Je roulai mon joint méticuleusement, pinçant la langue entre mes lèvres, pour que sa forme devienne un cône parfait, sans faux-pli, puis j'allai chercher une autre bière dans le frigo. J'éclatai mon pétard devant des lofteurs qui manigançaient une stratégie infantile, un complot sans envergure à l'encontre d'un autre collocataire, qui pendant ce temps là boudait dans sa chambre. La combinaison du THC ,de la kro et la platitude du long monologue de Kevina cachée dans le confessionnal, eurent un effet soporifique sur ma personne sans équivoque. Mes paupières devinrent de plus en plus lourdes et mon esprit confus. Un voile s'abaissa devant mes yeux et je m'endormis. Je fus tiré de ma torpeur en sursautant, réveillé par une pub diffusée à un niveau sonore supérieure qui braillait : " Heu-reu-sement il y a findus ! ".

   _ Merde !, me dis-je en apercevant que j'avais renversé ma bière sur le canapé et troué la moquette, avec le mégot incandescent qui avait filé d'entre mes doigts pendant que je somnolai. Tans pis, je nettoierai demain.

       Le message  publicitaire était bien passé dans mon esprit puisque machinalement, comme un automate, je me levai en direction du frigo que j'ouvris. Puis je pris le dernier morceau de pizza que j'avais commandé à la Tramontana pour le diner. Je croquai un morceau dans la part d'oranaise froide en me dirigeant dans le salon pour éteindre la télé. Quand je me tins devant l'écran cathodique, celui-ci n'émettait plus. Plus aucun son ne sortait des enceintes de mon home-cinéma, mis à part un léger grésillement, à peine perceptible. Plus une seule image n'apparaissait derrière le verre épais de mon 36 cm, hormis une multitude de points blancs et de points noirs, comme lorsque votre antenne est débranchée, ce qui n'était visiblement pas le cas. Je pris la zapette qui elle aussi était tombée à terre pendant mon soubresaut, je changeai de chaîne, avec  le même résultat. J'enfournai le reste de la pizza entièrement dans ma bouche, me grattai la tête énergiquement en remplissant d'électricité statique mes cheveux en bataille qui tendaient vers le plafond, puis me parlant à moi-même  : " ça aussi on verra demain ". Je tendis le bras pour pousser l'interrupteur de la boîte à images. J'étais à deux doigts de l'éteindre quand un vent glacial entra dans la pièce et fit soulever les rideaux pendant que je frissonnai des pieds jusqu'en haut de ma colonne vertébrale. Avec le recul, je ne peut vous dire si à ce moment précis j'avais frissonné de froid comme j'en conclu sur l'instant, où si j'avais frissonné d'une angoisse naissante. Je refermai alors en priorité la fenêtre du salon puis celle de ma chambre puis je revins devant la télé qui grésillait toujours. Je me baissai, accroupi à son niveau, prêt à l'éteindre quand j'entendis comme un murmure provenant de la stéréo. Je faillit me tordre le cou, tellement j'avais tourné la tête vivement pour voir d'où provenait cette voix. Cela me semblait être une voix qui n'était ni humaine, ni artificielle comme le sont celles de nos GPS où de certains antivirus installés sur nos ordinateurs. C'était une voix qui parlait dans un langage que je ne connaissais pas, à laquelle mon oreille n' était pas entrainée.

     _ Mon pauvre vieux, voilà que ton esprit te joue des tours. En plus, tu te met à parler tout seul, il est vraiment tant que tu quittes cette ville !

 

                Cela faisait deux ans que je m'étais installé dans cette mégalopole en laissant derrière moi ma famille, mes amis, ma joie de vivre. Deux ans que j'alternais les petits boulots mal payés et les longues périodes de chômage dans laquelle j'étais, à l'heure où se déroulaient les événements que je suis en train de vous décrire. Deux ans sans aucune aventure amoureuse, deux ans à sortir seul dans les bars, à dormir dans les squares lorsque trop saoul j'étais incapable de rentrer par mes propres moyens.

                 Il y eut bien ma voisine de palier qui tenta de sympathiser avec moi. Elle m'invita un soir d'hiver à passer chez elle boire l'apéritif, pour me remercier de lui avoir prêté le jour où elle emménageait une visseuse électrique. L'outil lui facilita considérablement la tâche lorsqu'il fallut qu'elle monta seule, les meubles Ikea qu'elle venait d'acheter. Candice avait tout fait pour m'accueillir dans de bonnes dispositions. L'après-midi même, alors que je jouai à la playstation, j'entendis l'aspirateur s'activer de l'autre côté du Placoplatre  pendant plus d'une heure. Ensuite, avant que je n'augmente le volume de mon téléviseur, c'était le tintement de la vaisselle dans levier que je perçus puis l'odeur des cakes et des petits fours qui se faufilèrent sous ma porte. A 19 heures, je frappai à la sienne, les mains vides sans avoir pris la délicate précaution d'acheter une bouteille de vin ou un bouquet de fleur.

_ Une minute, une minute !, s'exclama t'elle sur un ton qui ne parvenait pas à masquer l'empressement et l'excitation qui la gagnait.

Il y eut un instant un brouhaha, accompagné de grands pas prècipités qui devaient faire danser le lustre du voisin de l'étage du dessous. Puis, la porte s'entrouvrit légèrement dans un premier temps,de façon à ce que je découvris la moitié du visage de mon hôtesse, coupé longitudinalement et que seule la mince brèche laissait entrevoir. Puis l'ouverture s'agrandit, la sculpturale blonde habillée en robe de soirée et maquillée comme si nous devions aller à l'opéra se tint alors devant moi et me tendit la joue.

_ Bonjour, fis-je la voix tremblotante sans esquisser le moindre geste.

_ Tu es ponctuel, c'est bien ! C'est une qualité que j'apprécie chez un garçon car je n'aime pas attendre. Entre donc, je t'en prie. Oh ! Mais tu as mis ton blouson pour venir jusqu'ici ! C'est mignon ça ! Tu craignais des intempéries dans le couloir ?

Sur l'instant, je me sentis rougir et sans un mot, je fis deux pas en avant et j'entrai dans l'appartement éclairé de la lumière tamisée des bougies et dans lequel de l'encens parfumé à la rose se consumait.

_ Donne-moi ta veste. Met-toi à l'aise. J'ai poussé les radiateurs à fond pour que tu n'ais pas froid. On ne peut pas dire que tu sois un bavard toi. On va mettre un peu de musique avec l'alcool, espérons que ça te décrispe un peu. Tu aimes Bjork ?

_ Oui beaucoup., a vrai dire, de l'artiste islandaise, je ne connaissais qu'une chanson à tout casser. Je n'écoutais à l'époque pas beaucoup de musique.

_ Cool, ça fait un point commun, me répondit-elle en clignant de l'œil. Qu'est-ce que tu veux boire ? Je fais très bien les cocktails, j'ai du champagne au frais, du rhum, un très bon whisky et aussi...

_ Une bière !, coupai-je sèchement.

_ Voilà un choix sobre et qui ne me ruinera pas. t'es sûr que tu veux pas autre chose ? C'est fête ce soir !

Je me trouvai bête et ne savais pas quoi choisir moi qui buvais de la Kro du soir au matin.

_ Et bien,  la même chose que toi.

_ Alors ce sera une surprise ! Assieds-toi je t'en conjure ! Dois-je tout te dire ?

Je pris le fauteuil qui était juste derrière-moi tandis que Candice s'empara des deux verres qui étaient posés sur la table-basse et prépara sur la plan de travail de sa kitchenette, une mixture dont elle cachait les ingrédients devant elle en me tournant le dos.

_ Au fait ? Je t'ai déjà dit que je travaille à l'aéroport de Lesquin ?

Voyant que j'avais la bouche cousue avec du fil d'or, elle faisait à la fois les questions et les réponses.

_ Oui, je te l'ai déjà dit. Et toi ? Tu bosses dans quoi ? En quoi es tu doué ? Dis-moi tout, je veut tout savoir !

_ Je fais un métier très très bien payé.

_ Ah oui ?  C'est quoi ?, demanda t'elle en posant sur la table, les verres décorés de sucre sur les bords et d'un petit parasol en bois d'allumette et en papier crépon.

_ Tous les mois, j'appel une boîte vocale pendant environ huit minutes et quelques jours plus tard, 800 euros me sont versés sur mon compte. Le calcul est simple à faire, je suis payé 100 euros la minute par.... les ASSEDICS ! Je compte même bientôt leur demander une prime d'ancienneté.

Ma blague ne suscita pas d'intérêt chez Candice. Pire, je perçus comme un soupçon de mépris sous son mascara. Elle s'était assise dans un fauteuil en face de moi, croisant ses interminables jambes avec élégance. Elle se déchaussa, enlevant le talon-haut de son pied qui était en suspend, puis en mettant son deuxième pied à nu elle justifia son geste.

_ Je n'en peut plus de ses talons qui me martyrisent les pieds. J'ai envie de me détendre enfin !

Je jetai un bref coup d'œil sur mes pompes et j'eus honte d'avoir pris les premières qui étaient à portée de main, en l'occurrence, ma veille paire de Air Max maculées de boue et percée au niveau du gros orteil gauche.

_ Bon, et si nous trinquions ?

Elle tendit son verre en se penchant verre moi, offrant à mon regard son décolleté qui baillait.

_ On se regarde dans les yeux, j'ai dit les yeux !

Je levai brusquement, d'une saccade la tête qui était restée bloquée plus bas.

_ Non, je plaisantai. Allé, tchin !

J'enlevai le petit parasol du verre dans lequel trempé encore un bâton de gingembre et je pris une grande rasade de rhum que je recrachai en hoquetant. Je répandis du liquide partout, sur mon t-shirt par les nasaux, mais aussi sur le sofa et sur la moquette en toussant.

_ Merde ! Je suis désolé., fis-je les yeux humides.

_ Ce n'est rien. C'est ma faute, je ne t'avais pas prévenu qu'il s'agissait d'une boisson d'homme, me toisa t'elle. Ne bouge pas, je vais chercher de quoi éponger ça.

Elle se leva, et se dirigea vers l'évier pour prendre une éponge. Pendant qu'elle me tournait le dos, je me levai à mon tour et je saisis ma veste.

_ Je crois que je ferai mieux d'y aller., balbutiai-je.

_ Mais non, c'est ridicule ! On a même pas entamé les petits fours.

_ Si si, ça ne sert à rien d'insister.

Je franchis la porte que je refermai derrière moi, me retrouvant sur le palier sans qu'elle eut le temps de répondre.

                Ce soir là, j'étais tellement déçu du déroulement des évènements que j'allai me coucher aussitôt rentré chez moi, il était à peine 21 heures.

Les jours qui suivirent, je restai cloitré dans mon appartement de peur de la croiser. Il était inévitable que je la revisse un jour et quand cela se produisit, elle me balança un " bonjour  Monsieur Lagaffe " tout sourire avec une expression douce et attendrie. Je ne pris même pas la peine de lui répondre. Ce fût la dernière fois qu'elle m'adressa la parole. Depuis, à chaque fois que nous nous retrouvâmes tous les deux dans le hall de l'immeuble, elle tournait la tête en me fuyant du regard et accélèrait le pas rageusement pour s'éloigner le plus rapidement possible de ma mire.

 

  J'entrai dans ma chambre et en me déshabillant, je renversai le cendrier qui était posé sur le sol, près de mon matelas sans sommier qui me servait de lit.

_ Et ça continu ! Voilà que tu vas dormir au milieu des cendres et des mégots qui puent le tabac froid !

Je frottai de la main le dessus de ma couette avant de me faufiler dans mon lit encore tiède de la veille où dormaient aussi des miettes de gâteaux que j'avais grignoté en lisant une bande dessinée. Je trouvai le sommeil rapidement et je fis un rêve étrange, un rêve que j'aurai dû prendre comme un avertissement sur ce qui se passerait ensuite :

                Je me tenais debout face à mes deux cousines dans une pièce qui semblait être une chambre d'hôpital. Les murs étaient peints en blanc, dans le fond se dressait un petit lavabo chromé et au centre, sur une table à roulette, reposait un corps recouvert d'un drap blanc. Je discutai avec les jumelles, tournant le dos au macchabé encore frais quand soudain, le bras du défunt inconnu se tendit en passant sous le tissu et me saisit le poigné.

                Je me redressai en sursaut et assis dans mon lit, je mis un instant avant de retrouver un peu de lucidité.

_ Tu vas déchirer ta carte de vidéoclub et cesser de regarder ces imbécilités de films d'horreur !,pensai-je.

J'avais déjà vu une scène semblable dans un Vendredi 13. Persuadés qu'ils avaient enfin terrassé Jason le mort-vivant, des flics emmenèrent le corps du meurtrier à la morgue d'un hôpital. A aucun moment ils n'avaient imaginé que le psychopathe reviendrait de l'au delà, interrompant en plein coït, dans un bain de sang,  une infirmière et un chirurgien se trouvant là au mauvais moment et qui se donnaient aux joies de l'adultère.

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              Je me rendormis rapidement sur cette réflexion et le cauchemar que je fis par la suite fût bien plus angoissant encore.

             J'avais les yeux fermés mais mes sens n'étaient pas tous au repos car j'entendis la pluie tomber et le vent se lever. ça soufflait fort dehors. Si fort, que le vent finit par s'engouffrer entre les quatre murs de ma piaule. Je pris des bourrasques en pleine face et je luttai dans mon sommeil de toutes mes forces pour ne pas être plaqué contre la cloison. J'eus beau essayé de me réveiller, je n'y parvins pas. Plus inquiétant encore, je sentis comme une présence. Quelque chose ou quelqu'un était entré, transporté par le souffle glacial qui tourbillonnait. Je compris que ce n'était pas le vent qui me paralysait mais cette chose malveillante qui s'attaquait à moi en m'interdisant de faire le moindre mouvement, le moindre geste. J'eus la ferme volonté de ne pas me laisser faire et de me battre. Je tentai d'ouvrir les yeux, de crier, de me débattre, de balancer mes poings dans le vide pour frapper cet ennemi invisible, mais rien de cela ne se produisit. Mon corps ne répondait pas aux ordres que commandait mon cerveau, c'était au dessus de ses forces.  Je luttai impuissant, pendant un bon quart d'heure avant que le calme ne revienne.

                 Quand je parvins enfin à sortir de ma léthargie je me levai et j'allumai les lumières. Je vérifiai si les fenêtres étaient bien fermées et elles l'étaient. Je regardai au travers du double vitrage, l'asphalte sur le boulevard était sec et le ciel était dégagé. La lune pleine qu'aucun nuage ne masquait, éclairait la rue mieux que les réverbères qu'un chien accompagné de son maitre arrosait dans un silence de cathédrale.

_ Bon sang ! Mais quel genre de champignon mettent-ils sur leurs pizzas !, protestai-je.

J'allai dans la salle de bain pour me rafraichir un peu car je dégoulinai de sueur. Je me passai un peu d'eau sur le visage et en relevant la tête, je vis mon reflet dans le miroir. J'étais littéralement vert de peur. Je me dis alors qu'un bon chocolat chaud me ferait le plus grand bien comme le préparait ma mère lorsque j'étais enfant et que je faisais un mauvais rêve. Sur la pointe des pieds, je palpai le haut d'une étagère pour saisir une tasse qui basculait dangereusement vers l'avant. Celle-ci finit par tomber, attirée vers le bas par l'apesanteur. J'eus le reflexe de la rattraper en plein vol, avant même qu'elle ne vint se fracasser sur le sol.

_ Vous n'êtes pas si maladroit qu'il n'y parait Monsieur LAGAFFE !, plaisantai-je pour me rassurer un petit peu.

Je remplis la tasse de lait que je fis chauffer deux minutes au micro-onde puis j'ajoutai du chocolat ainsi que du miel d'acacias car j'avais la gorge sèche et irritée.

  Les vertus sédatives du lait firent rapidement effet. Mon cœur cessa de battre la chamade. J'en profitai pour retourner me coucher et je tombai dans un sommeil profond que rien ni personne ne vint perturber à nouveau. Le lendemain, il était plus de midi quand je me réveillai. Bien que pendant mes longues périodes d'oisiveté, je me couchais régulièrement à des heures avancées de la nuit, je n'avais pas pour habitude de me lever si tard. Une fois sur mes deux jambes, je fis du café et j'allumai mon pc afin de faire une recherche sur le web sur ce qui m'était arrivé sur le coup de 3h30 du matin. Je souhaitai en avoir le cœur net. L'odeur du café éthiopien embauma mon séjour et je m'en délectai. Jamais je n'avais porté une telle attention à ses arômes qui m'envoutaient sur l'instant et je me dis que j'allai boire là, le meilleur café de toute ma courte existence.

Pour accompagner le petit noir qui était passé, j'allumai une Marlboro light.  Le goût acre de la fumée me sembla infecte et me brula la gorge. Je l'éteignis aussitôt tout en continuant mes investigations sur la toile. Je tombai sur le blog d'une personne qui traitait d'attaques nocturnes et de paralysie du sommeil. Des vidéos venaient illustrer les différents articles et je les consultai une à une :

                Certaines confortaient la thèse selon laquelle il existe des entités démoniaques capables de s'attaquer à vous pendant votre sommeil et prendre possession de votre corps et de votre esprit. La plupart des témoignages allant dans ce sens, racontaient la même histoire sordide à laquelle je me refuse de croire. Tous ou presque avaient vu le même spectre, qui prenait l'aspect d'une vieille femme tandis que la température de leur chambre se refroidissait brusquement.

                Les vidéos les plus cartésiennes, rassemblaient quand à elles, des interviews de neuropsychiatres qui expliquaient ces phénomènes tout autrement. Les apparitions n'étaient pas réelles. Elles étaient le fruit d'un délire que faisaient les pseudos possédés pendant des crises d'épilepsie nocturnes.

_ De l'épilepsie ? Impossible !, me dis-je. Si j'étais épileptique, avec les heures que je passais devant mes jeux vidéos, je me serais déjà retrouvé étendu sur la moquette en train de baver comme un chien enragé ou plutôt comme des escargots que l'on dégorge avec du gros sel.

J'en conclus que " ce n'était qu'un mauvais rêve, point à la ligne !" et je fermai ma session les paupières mi-closes, ébloui par les rayons du soleil qui transperçaient la vitre. Une bonne douche s'imposait car j'étais encore moite à cause des suées froides qui avaient dégringolé de mon front, du creux de mes reins. Sorti de sous la pluie d'eau chaude qui tombait du pommeau argenté, j'enfilai une serviette autour de la taille avant de me retrouver stupéfait devant le miroir de la salle de bain. Mon apparence avait changé. Mes yeux habituellement couleur noisette étaient d'un vert éclatant. Mes pupilles s'étaient allongées verticalement un peu comme le sont celles des reptiles, mon regard s'en trouvait métamorphosé. Je semblai aussi avoir maigri, ce qui n'était pas pour me déplaire. Mon petit ventre rond et mes poignées d'amour entretenues par la malbouffe et l'absorption régulière d'alcool avaient disparues au profit d'une magnifique plaquette de six carrés de chocolat qui avaenit la dureté du marbre. Tous mes sens étaient en effervescence. De l'autre côté de la mitoyenneté, j'entendis distinctement ma voisine en train de converser au téléphone avec sa mère.

_ Je t'en prie maman, ne commence pas ! Si, il y a bien mon voisin de palier, je le trouve mignon mais il semble que je le laisse indifférent. Hey ! C'est pas tes oignons !

Ses paroles étaient très claires aujourd'hui alors qu'autrefois, quand elle décrochait son portable, je ne percevais malgré-moi, qu'un léger murmure à peine audible.
Le blog de Candice.
Chers lecteurs,
je constate que vous êtes de plus en plus nombreux à lire ses pages et j'en suis toute heureuse même s'il n'est pas toujours évident de dévoiler sa vie en publique, bien que se soit de façon anonyme. Petite déjà, je tenais un journal intime que ma mère lisait en cachette lorsque j'étais partie à l'école. Une fois, alors que je rentrai à la maison plus tôt que prévu en raison de l'absence d'un prof, je la surpris en flagrant délit à fouiner, le nez dans mes affaires. Bien entendu, elle m'expliqua qu'elle était tombée dessus par hasard alors qu'elle voulait passer l'aspirateur sous le lit. Je ne sais pas si vos mamans sont aussi possessives, inquisitrices, castratrices que la mienne mais je finis toujours par me dire que si elle fait tout cela, c'est par ce qu'elle tient à moi.
Aujourd'hui encore, elle me prit la tête au téléphone comme tous les mercredis profitant que papa est parti jouer au golf, pour passer des coups de fil, sans préter attention aux longues minutes de communication qui s'écoulent. Comme à l'habitude, elle m'a demandé si enfin j'allais un jour lui présenter un petit-copain. J'ai l'impression d'être une sorte de " Bridget Jones", une handicapée sentimental quand elle m'accule avec ça ! La plupart des garçons que je rencontre ne m'intéressent pas. Souvent je les trouve trop prétentieux, trop surs d'eux ou trop bourrins excepté un que vous connaissez déjà par mon intermédiaire évidemment !
Bon, mon frigo et vide et je commence à avoir faim. Je file chez l'épicier et vous dit peut-être à tantôt ! Bizzz
      Je restai un bon moment à m'examiner devant la glace et à me demander : " comment cela était-il possible ? Comment avais-je pu subir autant de transformations en une nuit ? ". Même mon psychisme avait mué. Ma nouvelle apparence m'avait rendu plus confiant et je n'étais plus du tout celui que la société accable, le timide introverti qui se laisse marcher sur les pieds, le roi de la procrastination, celui qui est mal dans sa peau, le poivrot qui se prend un verre pour se donner du courage, le dépressif qui s'auto médicamente pour instant d'euphorie. Une faim nouvelle avait sommeillé et grandie en moi jusqu'à ce qu'elle se réveilla à la mi-journée en une immense fringale. Je voulais à nouveau croquer la vie à pleine dent. Je salivai à l'idée de satisfaire mes envies de chaire. La gorge sèche, la langue pâteuse tél un noceur à la gueule de bois, je désirai vider des tonneaux entiers de je ne sais quel liquide vital. Je souhaitai que l'on résolve toutes les énigmes que je me posai, même s'il me semblait dorénavant qu'il n'y eut pas une seule question que l'on eut pu formuler dans l'univers, sans que j'en connaissai d'avance la réponse. Il fallut que je sortisse du clapier dans lequel je m'étai terré depuis trop longtemps, il le fallut maintenant !
     Je posai sur mon nez aquilin la paire de Ray-ban que j'avais trouvé sur la banquette d'un TGV entre Lyon et Nîmes, puis je sortis prendre l'air. Dans la cage d'escalier, je me retrouvai devant celle qui me convoitait. Elle était accroupie, à ramasser des fruits qu'elle avait acheté chez le primeur du quartier et qui s'étaient échappés du sac en papier qu'elle portait. Elle ne m'avait visiblement pas entendu descendre les quelques marches menant jusqu'au premier palier car lorsqu'elle leva les yeux, elle fût si surprise de me voir dressé là devant elle, qu'elle se retrouva dans un brusque mouvement de recul, littéralement posée sur son postérieur. Sans dire un mot, avec un petit sourire narquois au coin des lèvres, je lui tendis la main pour l'aider à se relever.

_ Merci gentilhomme !, fit-elle encore tout émue. Vous m'avez foutu une de ces frousse ! Tout va bien ? Tu as les mains glacées.

Je ne répondis pas. Je me contentai de me baisser pour ramasser les quelques poires, quelques abricots et quelques prunes qui roulaient sur le sol.

_ Vos fruits sont gâtés, vous devriez les palper et les sentir avant de les acheter.

_ Je ne comprend pas !, s'étonna t'elle, quelque peu sonnée mais heureuse que je lui fasse à nouveau la conversation. Quand je les ai acheter, ils étaient beaux et fermes. Peut-être ce sont-ils abimés en tombant. Quelle belle journée nous avons là n'est-ce pas ?

_ Oui, surtout après la tempête que nous avons eu cette nuit.

_ La tempête ? Quelle tempête ?, me répondit-elle étonnée de ne rien avoir entendu.

_ Ce n'ai rien, passons. Ordonnai-je toujours en souriant. Passez une excellente après-midi ! Je repris ma route et refermai la porte du hall d'entrée en pensant : " Je m'occuperai d'elle plus tard..."

 

   Le blog de Candice.
   
Coucou amis blogueurs ! Me revoilou !
Déjà ?, devez-vous vous demander. En effet, je suis à peine revenue de chez momo avec mes fruits et légumes qui entre parenthèse me paraissent de moins en moins de bonne qualité, que je me retrouve devant mon écran à tapoter sur mon clavier. En fait, si je vous écris à nouveau c'est par ce que je viens de croiser mon charmant voisin. Je ramassai le contenu de mon panier qui était tombé à terre quand je fus surprise de le voir devant moi comme s'il était apparu, sorti de nulle part. Je fus si surprise que je me suis vautrée sur le cul. Comme j'ai du avoir l'air ridicule !
Quelque-chose a changé en lui. Il semble avoir tout à coup plus d'assurance. Sa sensibilité à fleur de peau ne transparait plus comme avant, cet aspect doux, fragile et sensuel qui m'attirait tant, envolé. Mais je continu toujours de le trouver craquant même s'il à l'air de ressembler un peu plus à ces gros matchos qui me débectent tellement. Je me demande ce qui a bien pu pousser un tél bouleversement chez lui. Peut-être a t-il trouvé l'amour et que ça l'a regonflé à bloc ? J'espère que non. Pourquoi ne s'est-il jamais intéressé à moi ? Je sais pourtant que je suis une fille attirante. Dans la rue, je sens les regards des hommes se poser sur moi. J'ai plutôt un joli minoi, une taille fine, des seins et des fesses bien fermes... Bon je sais, les felurs ne sont pas chères en ce moment. Il faudra tout de même que je tente de tirer ça au clair. Je reviendrai vers-vous des que j'aurai des news...
A bientôt ( je l'espère ! ).

      Par cette journée ensoleillée, à l'heure de la pause déjeuner, les terrasses des cafés étaient bondées. Les filles légèrement vêtues et soucieuses de pouvoir rentrer dans leur maillot de bain pour le rush de la deuxième quinzaine de juillet, mangeaient des salades composées, accompagnées d'un Perrier-citron. Les hommes qui avaient laissé leur veste de costume au bureau, dévoraient des sandwichs plein de mayonnaise, en les tenant du bout des doigts afin de ne pas tâcher leur chemise blanche et leur cravate en soie. Tous arrêtèrent de mastiquer et tournèrent la tête dans ma direction quand je passai devant eux.

                En m'approchant d'un square, j'entendis le gazouilli des oiseaux qui nichaient à la cime des arbres. J'ouïes aussi les cris et les rires des enfants qui jouaient à la balançoire et au tape-cul, sous la surveillance des mères qui assises sur un banc de pierre, papotaient entre elles. A l'instant même où je franchis le portail rouillé pour accéder dans le parc, les braillements infantiles et les mélodies ornithologiques cessèrent d'une traite. Cela me fis une drôle d'impression. Je pensai être d'un coup atteint de surdité, ce qui provoqua des vertiges. Le décor qui c'étaient subitement assombri, tournoyait autour de moi. Des feuilles mortes fraîchement flétries et des branches cassées, passaient dans leur rotation et repassaient devant l'axe que je formai. Dans un état de dissociation mentale, je me vis aussi me soulever et faire des tours de l'entonnoir d'une tornade, bien que mes pieds demeuraient immobiles. Dans mon hallucination; j'étais donc mon propre spectateur. Je me vis vêtu d'un costume impérial, danser la valse avec une jeune femme à la tête couronnée et au teint translucide qui ressemblait étrangement à Candice. Sans le moindre mouvement, ni le moindre effort, nous dessinâmes des cercles à l'intérieur du cylindre tourmenté en gravitant sur nous mêmes comme tourne la terre autour du soleil. Ces visions psychédéliques durèrent un moment, jusqu'à ce que les feuilles volantes retrouvèrent leur verdure avant de revenir se fixer sur les branches des arbres d'où elles étaient tombées, à la façon d'une cassette vidéo que l'on regarde en appuyant sur la touche " rewind " d'un magnétoscope.  Mon malaise ne fût pas pour autant terminé. Je me sentis mal, au point de vomir à mes pieds et d'éclabousser mes chaussures d' un liquide visqueux et verdâtre. Apeurées, les mères rappelèrent leurs enfants qu'elles saisirent par la main avant de déguerpir. Il me fallut quelques instants pour récupérer tout à fait. Je sortis un mouchoir de ma poche, et m'essuyai le contour de la bouche puis, je frottai mes pompes dans l'herbe haute afin d'en extraire les quelques taches de bile sirupeuse. Je bus à une fontaine, sous la gueule d'une étrange gargouille d'où sortait l'eau si rafraichissante et salvatrice. J'hésitai un moment entre rentrer chez moi ou faire ce que j'avais à faire. J'optai pour la deuxième solution car je me disais que j'avais déjà perdu assez de temps tout du long de ma vie, et qu'il me fallait dorénavant avancer.   Je commençai ma marche en avant en me rendant chez mon pire ennemi, celui que j'eus en commun avec beaucoup d'humains, mon banquier. Lorsque je rentrai dans l'agence, il se trouvait derrière le comptoir de l'accueil. L'employée à qui il avait pris le siège se tenait debout à ses côtés.

      _ Que puis-je faire pour vous Monsieur ?, me demanda t-il en me regardant par dessus ses lunettes qui tenaient au bout de son nez de la forme d'une fraise, et en continuant de pianoter sur son clavier.  

      Il transpirait à grosses gouttes malgré la climatisation qui tournait à plein régime. Son front perlait et sa chemise était trempée sous ses aisselles.  

      _ Alors ? Je vous écoute., s'impatienta t-il en remontant son pantalon qui tombait sous sa bedaine qu'il avait engraissé tout au long de sa carrière lors de diners d'affaires ou de simples déjeuners dans des restaurants luxueux, avec entrées, plats et desserts, le tout arrosé d'apéritifs, de vins et de digestifs " pour faire descendre " comme il se complaisait à le dire.

       _  Je voudrai que vous me prêtiez cinq mille euros.

       _ Nous allons voir si cela est possible, vous êtes monsieur ?

       _ Monsieur COJIN. Cela se prononce "Corine" mais il faut l'écrire C.O.J.I.N.

       _ Voyons, voyons., fit-il en scrutant son moniteur. Ah ! Monsieur Cojin, cela tombe bien, je souhaitai vous rencontrer. Je vais êtes franc. Pour un emprunt c'est niet ! Vous êtes à découvert comme vous l'avez toujours été depuis que vous avez ouvert un compte ici.

    _ Je veut que vous me prêtiez la somme de cinq milles euros est maintenant !, insistai-je en articulant lentement tout en le fixant droit dans ses quatre yeux.

Comme hypnotisé et à la fois blême de terreur, le conseiller financier se ravisa.

     _ Puisque vous le voulez, passez demain, tous les documents seront prêt pour une ouverture de crédit et nous pourrons vous virer cette somme sur votre compte mais par pitié, fichez-moi le camp !

   Satisfait de sa réponse, je souris à la jeune femme qui se tenait aux côtés de son supérieur et qui pressait contre elle de toutes ses forces, des dossiers classés dans des pochettes de diverses couleurs, rouge, verte et jaune. Elle esquissa un sourire pas rassuré pendant que je quittai la salle pas à pas, à reculons.  

   Qu'allai-je faire d'une telle somme ? Moi qui avait pour habitude de passer le mois avec à peine plus d'un dixième de ce que j'avais obtenu. Je décidai dans profiter et de dépenser sans compter. Je fis les boutiques et je me choisis des vêtements élégants et des chaussures qui allaient de paire avec mon nouveau physique de playboy. Je me rendis chez un coiffeur et me fis couper les cheveux sans rendez-vous malgré les conseils de Mlle " AUXMAINDARGENT ".

   _ Vous devriez attendre un peu vous savez ? Ce soir c'est pleine lune et lorsque l'on se coupe les cheveux les soirs de pleine lune, ils repoussent la nuit même de un centimètre.

   Ils repousseront bien plus que cela.

    Je rentrai dans mon petit meublé en fin d'après-midi tandis que le ciel s'assombrissait et que le tonnerre grondait au loin. J'essayai mes nouveaux apparats et regardai mon nouveau look dans un miroir. Autour de mon reflet, scintillait une lumière bleutée qui épousait le contour de mon buste à la manière d'une aura. Dans l'état d'esprit dans lequel je me trouvai à cet instant précis, je ne m'en étonnai guère. Soudain, j'entendis une porte claquer et un bruit de talon qui montait jusqu'à mon étage, c'était elle. En un éclair, je me retrouvai sur le palier. Candice ne m'avait pas entendu, elle me tournait le dos et fit  un tour de clé dans la serrure de sa porte d'entrée. Lorsque le loquet fût crocheté, je poussai la porte pour qu'elle s'ouvrit en grand, sans même la toucher. Surprise, elle fit volte-face avec une expression de terreur qui la défigurait.

   _ Ah, c'est donc toi, j'ai cru à un courant d'air., bredouilla t-elle.

    Son esprit semblait confus et avant même qu'elle ne chercha quoi dire, je m'avançai vers elle et l'embrassai à pleine bouche. Elle ne se débâtit en aucune façon.

 

    Pendant quelques mois après ce jour où tout avait basculé, Candice fût une compagne des plus douce et des plus aimante que l'on puisse trouver. Elle ne tenait jamais rigueur de mes nombreuses escapades nocturnes, trop préoccupée qu'elle était, par son état de santé qui se dégradait à vu d'œil. Parfois elle me disait qu'elle voulait que je lui tienne compagnie pendant ces affreux cauchemars qu'elle faisait incessamment. Des cauchemars similaires à celui que je fus dans la moiteur d'une nuit de juillet. Elle avait cessé de travailler car son état ne le permettait plus. Moi, je n'avais toujours pas repris une activité et bien que j'écoulai rapidement les cinq milles euros, gracieusement prêtés par ce pourceau de banquier, l'argent ne me manquerait plus jamais. Il me suffisait de faire les poches des corps raidis de mes nouveaux amis du monde de la nuit, qui pour quelques grammes de poudre blanche, auraient vendu leur âme au diable. Elle mourût avant même qu'elle eut le temps de souffler ses trente bougies, vidée de son flux vital et terrassée en à peine plus d'un trimestre. Je n'éprouvai pas le moindre chagrin quand un jour alors que je rentrai d'une de mes virée crépusculaire, je la retrouvai à l'aube, livide et inanimée. Je me contentai juste en la voyant, de m'endormir aux côtés de ce nouveau né du monde des ténèbres. Tous deux, nous serons à présent unis chaque fois que le jour se lèvera, blottis sous la protection du même linceul qui fût  témoin de nos ébats charnels d'antan.

 

 

Toile d'araignée.

Toile d'araignée.

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Published by berenger - dans belle frousse
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