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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 12:38

  Cela faisait maintenant près d'un an que le président Moubarak avait été chassé de la tête de l'Egypte par le peuple qu'il gouvernait et une certaine stabilité était revenue dans le pays des pharaons. Petit à petit, les touristes réinvestissaient les lieux. Certains profitaient des superbes spots de plongée qu'offrait la mer rouge, d'autres préféraient buller au bord de la piscine des luxueux hôtels de Sharm El Sheikh. Pour ma part, c'est au moyen d'une croisière sur le Nil que je décidai de visiter le pays.

 

         Le Steam Ship Soudan avait quitté Louxor pour Assouan depuis trois jours. Trois jours que nous naviguions en admirant depuis le pont, la végétation luxuriante nourrie par les eaux fertiles du fleuve sacré. La veille, nous avions eu droit à la divine escorte de quelques crocodiles qui à la vue du bateau,  étaient sortis de l'ombre des palmiers dattiers et nous avaient suivi le corps immergé, les yeux hors de l'eau, espérant peut -être, que quelqu'un tombât par dessus-bord.

         Le lendemain matin, quelques minutes avant que le bateau ne fît escale à Edfu,  j'étais dans ma cabine et je préparai mon sac à dos que je remplissais de bonbons, de stylos, de briquets et autres objets publicitaires. Une voix se fit entendre au micro. D'abord en  anglais puis en allemand, la jeune femme qui s'occupait des excursions, pria les personnes qui avaient réservé la visite du Temple d'Horus à descendre les premiers puis, d'attendre bien sagement sur le quai. Je fus le premier à débarquer. Dès que j'eus posé le pied sur le sol, une foule de mômes se ruèrent vers moi et me réclamèrent des cadeaux. Je distribuai des poignées de sucreries, de crayons que j'avais enfoui dans mon sac et satisfaits, les garnements retournèrent en courant, jouer à martyriser une chèvre qu'ils avaient pris pour cible en jetant des cailloux. Une vieille femme qui avait les habits en lambeaux, un foulard sur la tête s'approcha de moi en courbant l'échine et me parla dans la langue arabe que je ne comprenais pas. A la fin de son monologue, elle me tendit une amulette qu'elle me supplia de prendre.

         _ C'est une croix de Ankh., m'informa un accompagnateur qui avait suivi toute la scène. Elle est symbole d'éternité. Cette femme te l'offre car tu as su te montrer généreux avec les orphelins. Porte là autour de ton cou et son pouvoir magique te sera bénéfique dans la vie, comme après la mort.

         Bien que je ne portai aucun crédit aux croyances ésotériques de la vieille femme, je pris l'objet et pour la remercier, je me prosternai devenant pour le coup presque aussi arcbouté qu'elle, qui croulait sous le poids des années.

         Le soir, je dînai sur le bateau en compagnie d'un couple d'anglais avec qui j'avais sympathisé pendant notre escapade matinale. Je n'avais pas encore bu mon thé qui terminait le repas, que je ne me sentis pas très bien. Mon ventre gargouillait comme un siphon de lavabo que l'on vidait par ce que j'avais mangé ( et ça, je ne l'appris que trop tard ), de la salade que les commis de cuisine avaient lavé dans les eaux troubles et souillées d'excréments d'animaux du Nil. Je pris congé en m'excusant auprès de mes nouveaux amis et d'un pas pressé je traversai le couloir qui menait jusqu'à ma cabine. A mi-chemin, je croisai la demoiselle des excursions qui avec son nez aquilin, ses lèvres fines, de grands yeux noirs, ses cheveux qui l'étaient tout autant, coiffés et tirés dans un long  carré, avait la beauté de Cléopâtre.

            _ C'est une bien jolie chose que vous portez là!, me fit-elle en désignant du bout de l'index l'amulette.

            _ Oui, une vieille femme me l'a donné à Edfu.

         _ Alors vous devriez toujours la porter !, fit-elle en souriant. Écoutez Monsieur Kaninchen, je suis une de vos plus grande fan. J'ai lu toutes vos publications, même s'il n'est pas facile de les trouver ici. Heureusement, ma soeur me les ramène à chaque fois qu'elle se rend en occident.

         _ Et bien tout ceci est très flatteur, merci., balbutiai-je en rougissant, ému par tant de charme et de grâce.

         _ Mais ce n'est pas pour cela que je vous ai interpellé Monsieur Kaninchen. Je sais tout ce que l'on peut savoir sur vous et je sais que vous êtes une personne avide de sensations fortes. C'est pourquoi j'ai quelque chose a vous proposer.

         _ Qu'est-ce donc ?

         _ La plus étrange et la plus mystérieuse des excursions. Nul part ailleurs, on vous proposera une telle aventure et c'est tout abasourdi que vous en reviendrez.

         _ Et que dois-je faire pour y participer ?

         Elle fouilla quelques instants dans la poche de son pantalon et me tendit une pièce de dix piastres.

         _ Tenez ! Mettez cette pièce dans votre bouche avant de vous endormir comme s'il s'agissait d'un médicament sublingual et on viendra cette nuit vous chercher.

         _ Vous viendrez me chercher ?

         _ Pas moi, je ne m'incluais pas dans le  "on". Quelqu'un viendra.

         Cette dernière phrase mit fin à tous mes espoirs de la retrouver dans ma cabine et la déception devait se matérialiser sur mon visage. Alors, je pris la pièce avant de saluer mon interlocutrice en promettant de lui faire un résumé le lendemain de ma sortie nocturne.

        

         Assis sur ma couchette, je contemplai la pièce de monnaie que je tournai et retournai dans le creux de la main, un coup côté pile, un coup côté face.

        _ Mais pourquoi diable dois-je me la mettre sous la langue ?, me demandai-je. En voilà une idée bizarre !

        J'écoutai néanmoins les conseils de la jolie demoiselle des excursions et je mis le petit disque de bronze dans ma bouche avant de m'allonger. Pendant un bon moment, le goût métallique qui envahit mon palais, m'empêcha de trouver le sommeil mais je m'efforçai de ne pas y penser. Il était près de minuit quand je parvins enfin à m'endormir.  Cette nuit là, bien que mes yeux étaient clos et que je ne pouvais lutter pour les ouvrir, j'avais parfaitement conscience d'être sur un bateau qui avançait mais j'avais l'étrange sensation que petit à petit, la cale s'enfonçait dans les profondeurs. " Faisions-nous naufrage ? " je n'entendais ni sirène, ni cri. Tout semblait parfaitement calme malgré la dangereuse descente qu'entamait le navire vers les abysses. J'évitai de justesse un cauchemar dans le quel je serais probablement mort par noyade grâce à quelques gouttes d'eau qui me réveillèrent en tombant sur mon front. Un peu groggy, je me redressai et je cherchai en fixant le plafond d'où pouvait provenir cette fuite. L'obscurité était d'une telle opacité que je ne pus distinguer quoi que ce soit au dessus de ma tête ou à travers le hublot. Je décidai de descendre de la planche de bois qui me servait de lit à la recherche de l'interrupteur de la lampe de chevet. Je lançai mon pied dans le vide mais celui-ci au lieu d'atteindre le sol, entra en contact avec de l'eau fraîche. Je sursautai de surprise quand mon pied fût mouillé, ce qui fit tanguer mon lit de fortune. Je restai immobile un moment afin de stabiliser l'objet flottant sur lequel je me trouvai tout en essayant de me concentrer.

           _ Où suis-je ? Est-ce l'excursion dont m'avait parlé Béroukhia qui a commencé avant même que je ne m'en rende compte ?

           Mes yeux commencèrent à s'habituer à l'obscurité et je discernai maintenant les parois rocheuses qui m'entouraient et d'où l'eau s'écoulait au dessus de moi. J'étais dans une grotte. mes mains palpèrent tout autour ce qui était à ma portée et l'information qui remonta à mon cerveau me fit comprendre que je me trouvai dans une barque. Celle-ci semblait être tirée de l'avant par une longue corde sans fin. Droit devant-moi, une barrière s'approchait. Elle traversait le cours d'eau, faisant obstacle à ma progression un peu à la manière d'un poste de douane. D'ailleurs sur la berge, se dressait un étrange gardien qui devait surveiller les allés et venues d'un côté et de l'autre du poste de contrôle.

           _ Halte là !, ordonna celui armé d'une lance qui à ma grande stupeur n'avait plus de peau sur les os. Si vous souhaitez vous rendre au royaume des défunts, il vous faut une chose essentielle.

            _ Le royaume des défunts ? Mais je ne suis pas mort !

            _ Hé bien voyons ! Ils disent toujours ça quand il faut s'acquitter du droit de passage., se parla t-il à lui même. Puis, s'adressant à moi ; Quoi qu'il en soit, il est impossible de faire demi-tour que vous soyez en vie ou non. Si vous l'êtes vraiment, vous devez continuer votre chemin dans ce sens, jusqu'à ce que vous ayez fait un tour complet comme Ra, notre dieu qui chaque matin, renaît après avoir bouclé la boucle que constitue ce parcours. Ouvrez-donc la bouche que je vous prélève de votre du. Plus grand !

            Je m'exécutai et le squelette enfonça ses doigts décharnés, d'un blanc éclatant dans ma gorge jusque j'eus des hauts de coeur  puis, il en retira les dix piastres que j'avais du avaler pendant que je dormais.

            _ Voilà qui fera l'affaire. Je vous souhaite un bon voyage M. Kaninchen., dit-il en actionnant un levier qui fit lever la barrière.

            _ Mais comment connaissez-vous mon nom ?

            _ Nul n'a besoin de se présenter devant moi cher Monsieur. Accrochez-vous car vous allez sérieusement être secoué. Au revoir !

            Ces derniers mots furent à peine audibles tant la barque avait pris de la vitesse en s'éloignant du péage. J'étais maintenant dans des rapides et à genoux. Je tentai tant bien que mal de garder l'équilibre pour ne pas chavirer.  Tout près, un bruit assourdissant se faisait entendre. C'était celui d'une chute d'eau et bien que je cherchai comment y échapper, l'issue était inéluctable maintenant que j'étais à deux doigts de dégringoler en bas, dans les tourbillons. Je fis une chute vertigineuse qui dura plusieurs minutes mais juste avant de m'écraser en contre bas, je fus happé par un immense crocodile qui jaillit hors de l'eau. Comme soufflé par une terrible vague, je fus balancé à droite, à gauche, tout du long du conduit digestif du gigantesque animal. Quand je me stabilisai enfin, je semblai à nouveau être à l'intérieur d'une caverne sur une berge où l'on avait dressé un autel. Je m'approchai de la lueur des bougies qui scintillaient et une longue procession d'hommes et de femmes â tête de faucon, de scarabée, de chacal... vinrent à ma rencontre. J'étais en caleçon en train d'essorer mes habits quand l'une de ces divinités s'adressa à moi.

         _ Avez-vous fait bon voyage Monsieur Kaninchen ?

         _ Et bien la dernière partie fût un peu mouvementée, merci de vous en souciez.

         _ Mais ça ne peut-être rien en comparaison à ce qui peut vous attendre pour la suite.

         _ Vraiment ? Et que me réserve la suite ?

         _ Tout dépendra de ce que dit la balance., Répondit celui qui semblait être Osiris, désignant du doigt l'autel où se trouvait une petite balance de Roberval.

          _ Ce que dit la balance ? Je ne comprends pas.

          _ C'est bien simple, nous allons vous arracher le cœur et le déposer sur l'un des plateaux de cet instrument de mesure. Sur l'autre, nous déposerons une plume. Si votre cœur est plus léger que la plume, cela signifie qu'il est pur, alors vous irez au paradis. Sinon...

          _ Sinon quoi ? Il est hors de question que vous me mutiliez, je ne me laisserai pas faire !

          _ Vous devez vous plier au règle Monsieur Kanichen, vous n'avez pas le choix ! Gardes, attrapez-le !

          Des ombre surgirent dans mon dos, me saisirent les bras et les jambes et m'empêchèrent de bouger.

          _ Lâchez-moi, lâchez-moi, vous êtes complètements fous !

          Osiris s'approchait à petits pas de moi et lorsqu'il se tint à un mètre, il enfonça sa main dans ma poitrine qui se déchira comme du papier.

          _ Non ! Cessez ! Je vous en prie cessez.

          Toute l'assistance se félicitait de voir mon palpitant extrait de mon corps et battre dans la main d'Osiris. Ils manifestèrent leur joie en émettant des ronronnements et des miaulements.

          _ Miaou, Miaou !, firent-ils tous en cœur.

 

          Quand je me réveillai enfin pour de bon, la première chose que je vis en ouvrant les yeux fût un magnifique chat serval qui debout sur mon torse, me chatouillait le nez avec ses grandes moustaches. Il disparût complètement se volatilisant dans l'air quand il s'aperçut que j'avais repris conscience. Encore bouleversé par l'affreux cauchemar que je venais de faire, je me mis à la recherche du félin dans ma cabine. Je soulevai mon sac voir s'il était dessous, il ne l'était pas. J'ouvris les placards pour voir s'il se trouvait allongé sur mon linge, il ne l'était pas non-plus. Je m'habillai en vitesse et je partis à la recherche de ce coquin de matou sur le pont, dans le restaurant, je fouillai même les canots de sauvetage sans résultat. Quand je passai devant le bureau des excursions, Béroukhia m'interpella.

           _ Bonjour Monsieur Kanichen. Vous avez-passé une bonne nuit ?

           _ Ne m'en parlez-pas, j'ai fait un affreux cauchemar. Auriez- vous vu un chat ? Il se trouvait dans ma cabine à mon réveil et il à pris la poudre d'escampette. Je me demande où il peut bien être.

           _ Il doit probablement être repartit là où il est venu vous chercher, au royaume des morts dont il est le gardien. Vous aviez plutôt l'air de vous y plaire là bas, heureusement qu'il a pu facilement vous repérer grâce à la croix de Ankh que vous portez car vous n'étiez visiblement pas décidé à revenir. Ne vous avais-je pas dit que vous feriez là la plus étrange et la plus fantastique des excursions ?   Sphinx

           

 

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Published by berenger - dans belle frousse
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